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  • L'invité

    Rudy Demotte

    Invité : Rudy Demotte, ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Présentation : Patrick Simonin ; depuis le XVIe Sommet de la Francophonie à Antananarivo (Madagascar).


    Transcription

    Bonjour Rudy DEMOTTE.

    Bonjour.

    Ministre-Président de la fédération Wallonie-Bruxelles, ici au 16e sommet d’Antananarivo à Madagascar, Sommet de la francophonie. Vous avez cité Gilles VIGNEAULT dans votre discours d'introduction en disant : "La francophonie c’est le paysage intérieur, un pays sans frontières". C'est vraiment ça aujourd’hui la francophonie ?

    Oui et invisible dit-il parce qu’il y a effectivement ce côté un peu transcendant du français. C’es (...)

    Bonjour Rudy DEMOTTE.

    Bonjour.

    Ministre-Président de la fédération Wallonie-Bruxelles, ici au 16e sommet d’Antananarivo à Madagascar, Sommet de la francophonie. Vous avez cité Gilles VIGNEAULT dans votre discours d'introduction en disant : "La francophonie c’est le paysage intérieur, un pays sans frontières". C'est vraiment ça aujourd’hui la francophonie ?

    Oui et invisible dit-il parce qu’il y a effectivement ce côté un peu transcendant du français. C’est une langue qui se réfère à des valeurs, mais en même temps elle n’est plus assez assertive sur le plan de son positionnement politique. Et un sommet comme celui-ci en est peut-être aussi un peu la démonstration.

    Oui, ça veut dire quoi parce que vous avez dressé aussi un état du monde, la mondialisation avec ses effets, la radicalisation, les attentats terroristes qui ont frappé notamment la Belgique. Ça, c’est aussi la responsabilité de la francophonie de se mobiliser ?

    On attendait à un moment donné que la globalisation, la mondialisation produisent une espèce de corollaire humaniste. Et puis on voit que c'est tout le contraire, que malgré nos espoirs et les entreprises, on détruit aujourd'hui les cadres, qu’on appelle un peu pompeusement, multilatéraux, c'est-à-dire quand plusieurs États se mettent ensemble à discuter, on se replie sur soi, on trouve des prurits de racisme, de xénophobie, d'homophobie et tout ça, dans un contexte où on on a parfois le sentiment que la francophonie qui s’exprime est inaudible.

    Oui, vous avez eu une phrase, vous avez dit : "La francophonie, pour être respectée et entendue, doit être irréprochable en son sein et intransigeante sur ces valeurs". Vous vous adressiez à qui ? Devant tous ces chefs d'État.

    Alors, je pourrais répondre de manière sibylline à tout ceux qui devaient effectivement à un moment donné sentir une contradiction entre leurs pratiques et ce qu'ils souhaitent maintenant. Plus clairement, j'ai à plusieurs reprises, comme d'autres, mis en exergue ma profonde inquiétude sur les dérives qu'on observait dans certains pays. J'ai cité le Burundi, où on voit que les droits humains sont quand même drôlement secoués aujourd’hui. On a des inquiétudes aussi sur le processus électoral en République Démocratique du Congo, on a vu qu'on avait reporté les échéances, maintenant on a changé de Premier ministre. Mais, est-ce que pour autant, les garanties démocratiques requises sont là ? Il y a aussi cette logique de la francophonie de s’élargir continuellement, et donc de donner un peu le sentiment qu’on est dans l’Union européenne à un moment. C’est-à-dire, en s’élargissant, on ne touche plus à la profondeur, on est sur l'écume.

    Vous parlez d’élargissement, on parle de la demande de l’Arabie Saoudite d’entrer dans la francophonie, vous êtes pour ?

    Alors, il y a déjà eu, lors du précédent sommet, lors d’un précédent sommet, des vagues d'élargissement, parfois avec des pays dont les valeurs n’étaient pas synchros avec celles de la francophonie. Et aujourd’hui, on a l’impression que parce qu'on aurait commis des péchés originels, on doit continuer à vivre la même logique. Alors, aujourd’hui clairement, il y a une demande qui était formulée par l'Arabie Saoudite. Le dossier, dans les réunions interministérielles, constitutif de cette demande est incomplet.

    Ça vous arrange que le dossier soit incomplet.

    Ce que j'espère, c'est qu’effectivement on pourra aller jusqu'au bout, c'est-à-dire aller examiner en Arabie Saoudite avec une délégation conduite par la secrétaire générale, si le droit des femmes, l’égalité des genres, la liberté d'expression, la reconnaissance aussi des libres choix sexuels.

    Vous citez le cas d'un blogueur condamné à 1000 coups de fouet pour lequel le Canada souhaite mobiliser ici, à l’occasion de ce sommet de la francophonie, pour demander sa libération, ça ce n’est pas un exemple positif.

    Un seul exemple ne suffit pas non plus. Alors, si demain on trouvait effectivement la bonne raison de dire oui parce que… Un cas particulier, qui est choquant, un blogueur condamné à 1000 coups de fouet était libéré ou qu’on diminue sa peine en disant : "Plus 1000 coups de fouet, mais 150". Quel est le prix de la démocratie ?

    Ça ne suffira pas à accepter l’entrée de l'Arabie Saoudite ?

    Est-ce qu'aujourd’hui on peut raisonnablement, quand on parle des droits de la femme qui sont quand même un point de repère essentiel dans nos valeurs et que l'on a des doutes sur la manière dont ils sont (inaudible). Et quand je dis des doutes, je suis très poli. Donc, il y a effectivement des contacts, non seulement de terrain, des engagements, des actes qui ne sont pas encore au rendez-vous.

    Oui, on avait entendu le premier Canadien parler du droit des lesbiennes et des homosexuels. Ça c’est aussi quelque chose qui devrait être partagé par tous les États de la francophonie ?

    Bien sûr. Aujourd’hui la question de l'orientation sexuelle… Alors, on parle de l’égalité des genres, c’est une chose, mais ensuite on se comporte, tant qu’on est respectueux de l'autre, comme l’on veut dans la vie. Qu'il y ait des bisexuels, qu'il y ait des femmes et des hommes qui choisissent d’avoir des relations sexuelles avec des gens de leur propre sexe, c’est une chose qui ne regarde pas les États.

    Oui, on voit bien que de nombreux États de la Francophonie condamnent l'homosexualité aujourd’hui, ils font partie de cet espace francophone.

    Eh bien, c’est un hiatus qui est pour moi, un hiatus qui doit demain être transgressé. C'est-à-dire, revenir aux valeurs qui sont celles fondatrices, que la langue française a portées dans le siècle des Lumières. Cette liberté a fait depuis le début la gloire de l’usage du français, pas comme langue, mais comme véhicule de valeurs. Alors, si ce n’est plus que de la grammaire, de la conjugaison, de la belle littérature, cette assemblée ne correspondra certainement pas à ce que nous en attendons.

    Oui, mais une francophonie économique pour un développement partagé, puisque c'est le thème de ce sommet, tourné vers la jeunesse parce que sinon cette jeunesse va aller nourrir l’extrémisme et le radicalisme, que vous connaissez bien en Belgique, vous dites ça, oui.

    Oui, ça c'est l'aspect d’intégration qui nous paraît essentiel parce que les premiers exclus de cette globalisation dont on parlait tout à l’heure, ce sont des franges de la population qui sont précisément porteuses d’avenir. Dès lors qu’on dit dans l'œuf de l’espoir de la jeunesse la seule réponse c'est de l’enterrer ou de le casser en 1000 morceaux, ce n’est certainement pas ça qui va aider à la répression au sens positif du terme, pas une répression violente, mais de ces courants radicaux qui sont en fait des appels à l'aide, et c’est du désespoir.

    Oui, et vous comptez, ou on compte sur qui à la francophonie, pour se protéger ou protéger l’Occident des vagues de réfugiés que toute, finalement, cette pauvreté engendre.

    Moi je pense qu’il ne faut pas voir les choses sous l’angle de "prenons des mesures pour que le radicalisme n’éclose pas parce qu'on craint de voir venir des migrants". Ce serait d'ailleurs tellement utilitaire que ça en serait indigne comme ceux qui disent "on fait de la coopération de développement pour ne pas avoir des pauvres arriver chez nous". Maintenant, on n'est pas là pour se substituer à l’ensemble des problèmes du monde. Mais la francophonie doit non seulement tenir un discours, ça je pense que tout le monde… Enfin, une grande partie des membres sont prêts à le tenir, mais aussi avoir des actions concrètes sur le terrain. Quand on parle de développement économique, c'est "que fait aujourd'hui la Belgique francophone, que fait la France en Afrique du Nord pour éviter par exemple qu'au lendemain du printemps arabe, ceux qui ont été les plus courageux, je pense notamment à certaines postures tunisiennes, soient soutenus".

    On ne fait pas assez vous diriez monsieur le président ? Vous diriez qu’on ne fait pas assez ? Finalement ?

    Certainement pas.

    On n'a pas assez soutenu ces révolutions dans le monde arabe ?

    Par les mots, oui, on était extrêmement généreux dans les mots. Mais dans les faits, insuffisamment de programmes, (inaudible), de journalistes, de soutien au processus juridique et constitutionnel, au redéploiement économique.

    Oui, merci beaucoup monsieur le Ministre-Président de la fédération Wallonie-Bruxelles. Ici, pour ce sommet, vous dites ? Au pied du mur, en gros.

    Oui, il est temps en tout cas de comprendre qu’on est dans un carrefour et ce carrefour si on ne le franchit pas, va devenir une impasse.

    Merci beaucoup, Rudy DEMOTTE, d’avoir été notre invité sur TV5 Monde, ici, à Madagascar.

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    00:08:26
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