Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    François Lenglet

    Invité : François Lenglet, journaliste français spécialisé en économie ; il s'exprime sur l'actualité politique et lance un cri d'alarme économique. Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour François LENGLET

    Bonjour à vous

    Éditorialiste RTL, France 2 bien sûr, L'Emission politique, l'Angle éco, on vous suit aussi au journal de 20 heures qu'on diffuse sur TV5Monde. François LENGLET vous le dites aujourd'hui, très clairement, alors que la campagne électorale bat son plein pour les primaires : "tant pis, nos enfants paieront". Ça veut dire qu'on est au sommet de l'égoïsme économique en France ?

    Oui, en fait ce sont des décisions qui son (...)

    Bonjour François LENGLET

    Bonjour à vous

    Éditorialiste RTL, France 2 bien sûr, L'Emission politique, l'Angle éco, on vous suit aussi au journal de 20 heures qu'on diffuse sur TV5Monde. François LENGLET vous le dites aujourd'hui, très clairement, alors que la campagne électorale bat son plein pour les primaires : "tant pis, nos enfants paieront". Ça veut dire qu'on est au sommet de l'égoïsme économique en France ?

    Oui, en fait ce sont des décisions qui sont prises… ça ne date pas d'hier. C'est la résultante de décisions consécutives qui ont été prises sur les dernières décennies, qui ont privilégié le présent au détriment de l'avenir et qui ont obéré toute perspective de croissance durable. Et ce qui est assez frappant c'est que droite et gauche de ce point de vue se ressemblent assez parce que la plupart des politiques qu'elles ont mises en œuvre l'une et l'autre se ressemblent d'assez près.

    Oui. Ça veut dire quoi en clair ? C'est la génération des baby-boomers, c'est à dire les 30 glorieuses, qui fait payer à la nouvelle génération, au prix de la précarité finalement, ses dépenses, vous dites "avec de la monnaie de singe".

    Il y a un peu de ça. C'est vrai que cette génération elle est née juste après la guerre, disons dans les années 40/50, elle s'est développée avec des conditions macroéconomiques formidables : quand elle était jeune elle avait le plein emploi, quand elle était en âge d'acheter un appartement elle avait l'inflation, elle remboursait sans problème. Puis à partir du moment où elle a constitué un patrimoine, elle a sanctifié la monnaie et justement fait disparaitre l'inflation, ce qui a provoqué une très forte valorisation des actifs et de l'immobilier. Et puis les autres derrière : pas de boulot, pas d'immobilier, pas de perspectives. Il y a un chiffre qui est assez préoccupant et qui témoigne bien de cette asthénie de l'économie française c'est le nombre d'emplois marchands, vous savez les emplois créés par les entreprises. Au fond c'est le bon thermomètre pour juger de la vitalité d'une économie. Et on voit qu'en France sur les 15 dernières années, ce nombre d'emplois marchands n'a pas varié : 16 millions, alors que sur les 15 dernières années notre population a augmenté, évidemment. En réalité elle a augmenté de 5 millions, mais pour l'essentiel des retraités, des chômeurs et des fonctionnaires territoriaux. C'est à dire que sur les 15 dernières années on n'a pas créé 1 emploi privé et en revanche on a dû utiliser davantage la redistribution.

    Oui. Ça veut dire que c'est finalement la redistribution, c'est l'État-providence. Il a fallu financer cet État-social et vous dites aujourd'hui finalement "au prix de la dette".

    Bien sûr, on l'a fait de deux façons. En augmentant les impôts de façon très importante depuis 2012 et même avant, ça a commencé en réalité en 2011 les augmentations d'impôts avec François FILLON et Nicolas SARKOZY, et puis bien sûr avec la persistance d'un déficit élevé parce que sauf à monter les impôts à des niveaux complètement déments, on ne peut plus financer de tels transferts.

    Et donc nos enfants paieront. C'est le titre que vous publiez chez Albin Michel de ce livre un peu provoquant mais finalement on explique aujourd'hui cette vague de populisme, notamment en Europe, on explique finalement cette défiance à l'égard de la classe politique à travers ce déclassement d'une partie de la population.

    Bien sûr, c'est central. Je pense que ça explique… d'abord cette vague populiste il faut constater qu'elle est quasiment mondiale et que même des pays qui jusqu'ici en étaient protégés comme les États-Unis la voient fleurir avec l'extravagant Monsieur TRUMP qui aujourd'hui semble-t-il n'a pas de chances de l'emporter mais qui représente dans l'opinion un phénomène tout à fait spectaculaire. Ça va même jusqu'aux Philippines. Tous les pays du monde sont confrontés à ces difficultés et c'est vrai que la petite reprise qu'il y a eu après la grande crise n'a pas porté ses fruits pour l'essentiel des gens. Elle a concentré ses bénéfices pour une touche petite couche de gens : ceux qui profitent de la mondialisation, qui sont les plus agiles, les plus mobiles, les mieux formés, qui eux voient leurs opportunités de revenus s'élargir, alors que pour l'essentiel des gens ça s'est plutôt compliqué malgré des chiffres de croissance qui sont un peu meilleurs qu'auparavant.

    Alors est-ce que la solution c'est plus de libéralisme, c'est-à-dire moins de dépenses, finalement moins d'impôts, moins de contribution de l'État ? Est-ce que c'est ça la solution, François LENGLET ?

    Je ne crois pas, et de ce point de vue l'offre actuelle de la droite française me paraît un peu décalée avec à la fois les besoins de l'économie et la demande politique des citoyens. C'est à dire qu'on est plutôt dans un moment où le besoin de protection l'emporte sur le désir de liberté. Le désir de liberté ça caractérisait justement la génération des baby-boomers, celle d'avant, qui toute sa vie a demandé plus de libertés pour elle dans la société d'abord dans les années 60/70, et puis après dans l'économie en déréglementant, en abaissant les protections et en supprimant les frontières. C'est fini ça, les gens n'en veulent plus parce que finalement la disparition des frontières, des limites et des règles a eu aussi des effets un peu paniquants, notamment pour les plus vulnérables, les moins bien formés. Et du coup la demande politique revient plutôt à la protection, au protectionnisme.

    Y compris à l'extrême droite aussi derrière ce prisme.

    Bien sûr. Là pour le coup c'est souvent lié à l'immigration et à la critique de l'immigration.

    Et au rejet de l'Europe

    Et au rejet de l'Europe vous avez tout à fait raison. L'Europe est un projet, au moins dans sa version relativement récente, essentiellement libéral, parce qu'il visait justement à supprimer les frontières. Il a d'ailleurs été porté par cette génération libérale de l'après-guerre. Et aujourd'hui il nous faut réinventer une Europe plus protectrice. On voit bien qu'on tâtonne et qu'on n'y parvient pas encore. J'en reviens à la droite française, elle fait comme si tout ça n'avait pas existé et elle propose un programme qui est largement inspiré de ce qu'a fait Madame THATCHER en 79, dans les années 80 au Royaume-Uni, ou Ronald REAGAN aux États-Unis. Mais aujourd'hui, c'est intéressant de voir que la droite britannique justement, qui est toujours un peu en avance dans l'évolution des idées, est revenue à une forme de protectionnisme beaucoup plus nette, et qu'il y a beaucoup plus de différences entre Theresa MAY, l'actuel Premier ministre britannique, et Madame THATCHER, qu'entre François FILLON et Madame THATCHER. De ce point de vue, il est possible que la droite française ait un petit peu de retard sur l'évolution des idées.

    Oui. Alors au-delà, vous proposez des solutions François LENGLET. Vous dites qu'il faut se développer dans des produits à forte valeur ajoutée, dans des hautes technologies. Qu'est ce qu'il faut faire finalement ? Il ne faut pas déréglementer.

    Non, je ne pense pas. Alors probablement un peu dans certains domaines, c'est vrai que la France n'a jamais connu de période libérale forte donc il y a un certain nombre de choses qu'il faut aménager, c'est tout à fait entendu. Mais le fond du problème c'est que pendant près d'un siècle, nous avons maintenu notre croissance en dévaluant le franc. Ça nous a permis de rétablir la compétitivité quand elle était menacée. On s'est interdit ça à partir de la fin des années 80. Donc on s'est réfugié dans la dette. Et puis la dette n'est plus possible depuis la crise, depuis 2007. Aujourd'hui : ni dette, ni dévaluation.

    C'est un piège, on est enfermé là. SARKOZY, HOLLANDE se sont enfermés là-dedans.

    Absolument. L'un et l'autre sont les 2 premiers à avoir connu se régime de ni-ni : ni dette, ni dévaluation. Ils sont arrivés avec des diagnostics complètement erronés et du coup on a quand même vécu une longue période de croissance 0.

    Il y a les travailleurs détachés derrière ça, il y a la concurrence avec la Chine, on voit d'ailleurs les réticences de la Wallonie à signer les traités avec le Canada. Il y a cette menace extérieure, finalement, de dumping social en quelque sorte ?

    C'est vrai, là-dessus l'Europe est un peu déficiente. Cette affaire de travailleurs détachés en est l'illustration parfaitement claire. On voit bien qu'on est à un changement dominante idéologique, mais que l'Europe en a pris la mesure, un certain nombre de petits signes le montrent, mais pas encore au point de modifier ces textes-là. Ça va venir je crois, parce que ce sont là-aussi des choses qui tiennent à l'héritage libéral de cette période où on imaginait qu'en supprimant les frontières, tout irait bien. Il faut le temps que tout le monde prenne la mesure des effets pervers qu'elles ont créés et justement du fait qu'elles ont nourri les partis populistes et que de ce point de vue-là ça menace un peu la démocratie.

    Merci beaucoup François LENGLET. C'est un livre évènement il a fait la une du Point : "Tant pis, nos enfants paieront", publié chez Albin Michel. Merci d'avoir été notre invité.

    Merci.

    Voir plusmoins
    00:08:15
    Tous publics
    Tous publics