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  • L'invité

    Dr Mukwege, Thierry Michel

    Invités : Dr Mukwege, Thierry Michel ; le gynécologue congolais et le réalisateur belge sont à Paris à l'occasion de la projection du film "L'homme qui répare les femmes".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Une personnalité exceptionnelle, le Docteur MUKWEGE, mon invité, "L'homme qui répare les femmes", le titre du film de Thierry MICHEL, qui est à ses côtés, réalisateur belge. Merci à tous les deux d’être nos invités, le film sort en DVD, présentation à Paris, tout à l'heure. Docteur MUKWEGE, vous, qui sauvez ces femmes violées dans ces horribles conflits à l’est du Congo. Cette situation continue aujourd'hui ?

    Malheureusement je crois que la situation, compte tenu à ce qu'on constat (...)

    Une personnalité exceptionnelle, le Docteur MUKWEGE, mon invité, "L'homme qui répare les femmes", le titre du film de Thierry MICHEL, qui est à ses côtés, réalisateur belge. Merci à tous les deux d’être nos invités, le film sort en DVD, présentation à Paris, tout à l'heure. Docteur MUKWEGE, vous, qui sauvez ces femmes violées dans ces horribles conflits à l’est du Congo. Cette situation continue aujourd'hui ?

    Malheureusement je crois que la situation, compte tenu à ce qu'on constate, c’est que la tendance est plutôt le viol des petits enfants, même des bébés. Et ça, ça nous inquiète beaucoup, car au début c'était des viols qui se commettaient dans les zones de conflits. Aujourd’hui, on le voit de plus en plus dans des cités où il n’y a pas de conflits, et ça, c’est une véritable métastase du mal dans la société. Et là, il faut vraiment d’autres mesures pour lutter contre ces fléaux.

    Vous avez obtenu entre autres le prix Sakharov pour votre action exceptionnelle, il est fascinant le Docteur MUKWEGE, Thierry MICHEL. Ce film, je le disais, c’est 15 prix internationaux, pour raconter ce combat au quotidien, et ce combat continue.

    Oui, c’est le combat du courage, de la conviction, de l’honneur. Je pense que le docteur fait honneur à son peuple, dont il est aujourd’hui le porte-voix, un peuple à la voix étouffée. Et je l'admire beaucoup, pour moi, c'est vraiment le Martin LUTHER KING de l'Afrique d’aujourd’hui, qui ose affronter toutes ces dictatures, démocratures, enfin, tous ces systèmes où les chefs d'État se sont investis d'un pouvoir qu’ils peuvent garder à vie. Voilà. Le président KABILA, il est là depuis 16 ans, il arrive à ne pas aller aux élections qui devaient avoir lieu, il installe tout d’un coup une nouvelle phase qui est totalement anticonstitutionnelle. On sent bien que son désir c'est de rester président à vie. Et il est coopté par ses pairs africains parce que l'Union africaine aujourd’hui est devenue un syndicat des chefs d’État qui ne veulent pas respecter les règles démocratiques.

    On regarde un extrait, à nouveau, de "L’homme qui répare les femmes".

    ► "L'homme qui répare les femmes"

    On voit Hillary CLINTON qui vous salue Docteur MUKWEGE. Elle sera peut-être la prochaine présidente des États-Unis, elle peut changer les choses ?

    Je crois qu’elle est très engagée pour la cause des femmes. Elle est, en fait, le Secrétaire d'État américain, qui a pu visiter le Kivu pour encourager les femmes congolaises. Nous attendons de voir ce qui va se passer, mais j'espère qu'elle va continuer à défendre cette cause.

    Qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut faire plier le pouvoir politique ?

    Aujourd’hui, je crois qu’il faut d'abord considérer que la guerre qui se passe en République démocratique du Congo n'est pas une guerre ethnique, ce n’est pas une guerre de fanatique religieux, ce n’est pas une guerre entre des États officiellement. Mais c'est une guerre économique et je crois qu'aujourd’hui nous savons tous que ce qui rend cette guerre interminable, c’est la présence du coltan en République Démocratique du Congo, qui a 80 % du coltan mondial. Et dans ce coltan, il y a le métal qu’on appelle le tantale. Aujourd’hui, on ne peut pas s’en passer dans la fabrication des téléphones mobiles, des laptops, de tous les gadgets électroniques.

    Si on voulait faire cesser ce scandale, ce serait possible ou pas ?

    C’est possible puisque je crois que… Aujourd’hui par exemple, l’Union européenne vient d’adopter une loi, le 5 juin, le Conseil, la Commission et le Parlement se sont mis d'accord sur certains principes qui doivent permettre à ce que la chaîne d'approvisionnement puisse être contrôlée. Et je crois que ça, c'est une étape importante dans la lutte contre cette guerre qui s'est faite sur le corps des femmes juste pour avoir ce métal.

    Aujourd’hui, la situation politique, vous avez décrit il y a quelques instants Thierry MICHEL, va rendre encore le sort de ces femmes encore plus compliqué ?

    Non, parce que d’une certaine manière, les femmes aujourd'hui ont passé un cap. Elles ont vécu une tragédie invraisemblable, immonde dans leur corps. On ne peut pas imaginer ce que s’est parce que c'est plus que du viol. Mais, elles ont aujourd’hui cette capacité de se regrouper collectivement, d’avoir une pensée, d’avoir une chaîne de solidarité, tout ça évidemment, on va dire que le Docteur en est un des acteurs clé. Mais, il y a ces mouvements dans les villages, des femmes qui veulent changer la situation, changer ce rapport. Donc, j'ai beaucoup d’espoirs. Quand je vois le Docteur, quand je vois ces femmes, j’ai beaucoup d’espoirs. Et vous demandez comment tarir cette source? Eh bien, il faut tarir les réseaux mafieux, sachant que le minerai passe clandestinement, ce minerai illégal, ce minerai du sang passe par le Rwanda tout simplement, qui devient la première place mondiale de transition du coltan blanchi. Donc, c'est très facile de tarir la source.

    Oui, la situation politique, vous en parliez il y a quelques instants Thierry MICHEL ; c'est quoi ? C’est finalement un pays, encore une fois, pris en otage ?

    Non, mais c’est un cancer généralisé. Aujourd'hui, la prédation et la corruption sont beaucoup plus fortes que la répression. Même si encore aujourd’hui, ce matin, des jeunes du mouvement Lucha ont été arrêtés à Goma, des jeunes pacifistes qui veulent simplement le changement, qui pensent à leur futur. Donc, il faut un changement de mentalité, il faut un changement d’énergie, de créativité. Ce pays est englué dans la mauvaise gouvernance de manière extrême depuis 25 ans. Il y a 25 ans, j’ai fait mon premier film au Congo, il s'appelait : "Le cycle du serpent". C’était le venin de la fin d’une dictature. Je revis "Le cycle du serpent", mais ce n’est plus MOBUTU, c’est KABILA aujourd’hui, c'est désastreux.

    Docteur MUKWEGE, vous publiez : "Plaidoyer pour la vie" aux éditions de L'Archipel. C’est votre parcours, vous n’avez jamais douté, vous n’avez jamais eu peur malgré les menaces de mort contre vous, de vous battre pour sauver ces femmes.

    C'est un combat que nous pensons juste et c'est un combat pour notre liberté, un combat pour la justice au Congo, un combat pour la paix au Congo, la dignité perdue du peuple congolais. Et je crois que, malgré les menaces, nous pensons que c’est un combat juste, et mérite d'être continué.

    Vous voyez des femmes revenir, parfois plusieurs fois, avoir été violées et violées à nouveau.

    C’est ça qui nous a poussés d'ailleurs d'abandonner… Mon temps aujourd’hui, 25 % de mon temps, je l'utilise pour le plaidoyer et je crois 75 %, je l'utilise pour soigner des femmes. Du fait que je les voyais revenir, je me suis rendu compte que la solution n'était au bloc opératoire, il fallait sortir pour dénoncer et essayer d'alerter la communauté internationale.

    Oui, ce film est un événement, il sort, vous le voyez, en DVD. Thierry MICHEL, c’est aussi une victoire finalement que ce film soit là, qu’il ait pu être diffusé à Kinshasa après avoir longtemps été interdit ?

    Exactement, là c'est vraiment… À un moment donné, le rapport de forces internationales qui fait que quand même, l’action du Docteur, au-delà du film, l'action du Docteur ne peut plus être totalement censuré au Congo. Parce qu'elle était censurée.

    Docteur, merci infiniment d'être là. Vous avez été cité plusieurs fois pour le prix Nobel de la paix. C’est cette paix qui vous mène ?

    En fait, les femmes congolaises, lorsque je pose la question de savoir : "Qu'est-ce qu'elles voudraient qu’on fasse pour elles ?", à l’unanimité, les femmes congolaises disent : "Nous voulons la paix. Le reste, nous pouvons le faire seules". Et je crois qu’elles ont raison.

    Merci beaucoup Docteur MUKWEGE d’avoir été notre invité, et Thierry MICHEL. "L’homme qui répare les femmes", le film qui continue sa carrière exceptionnelle. Merci à tous les deux.

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    00:08:25
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