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  • L'invité

    Abdoul Karim Sango

    Invité : Abdoul Karim Sango, ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme du Burkina Faso.

    Abdoul Karim Sango est le maître d'oeuvre politique du FESPACO à Ouagadougou. L'occasion de lui demander pourquoi le plus grand festival de cinéma panafricain est essentiel dans la période troublée que connaît le Burkina Faso.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le 26e FESPACO de Ouagadougou (Burkina Faso).


    Transcription

    Le cinéma africain, aujourd'hui et demain, pour sa 26ème édition ici à Ouagadougou, le Fespaco bat son plein au cœur de la ville, appropriée par tous les Burkinabés, qui ont fait de ce festival leur grand rendez-vous culturel. On retrouve tout de suite le ministre de la culture du Burkina Faso. Fespaco 2019, Mémoire et Avenir des cinémas africains, du 23 février au 2 mars 2019.

    Bonjour Monsieur le Ministre. 

    Bonjour Patrick.

    C'est quoi le défi d'un Fespa (...)

    Le cinéma africain, aujourd'hui et demain, pour sa 26ème édition ici à Ouagadougou, le Fespaco bat son plein au cœur de la ville, appropriée par tous les Burkinabés, qui ont fait de ce festival leur grand rendez-vous culturel. On retrouve tout de suite le ministre de la culture du Burkina Faso. Fespaco 2019, Mémoire et Avenir des cinémas africains, du 23 février au 2 mars 2019.

    Bonjour Monsieur le Ministre. 

    Bonjour Patrick.

    C'est quoi le défi d'un Fespaco réussi, 50 ans après sa création ? 

    50 ans après sa création, c'est déjà de bien rendre hommage aux pionniers de ce festival, parce que pour qu'il voie le jour, il  a fallu qu'il y ait des hommes. Ces hommes c'est d'abord des réalisateurs, mais aussi des acteurs. Mais c'est aussi surtout des hommes politiques.

    Oui. 

    Mais c'est aussi toute une population motivée autour de l'évènement. Je crois que c'est l'ensemble de ces acteurs qui devraient être suffisamment valorisés au cours de ces 50 ans.

    C'est dire : "voilà, ce Fespaco, c'est à vous." C'est un legs, c'est le legs des anciens. on vous le doit les anciens, parce que comme dit un proverbe africain : "Si l'on ne se souvient pas de là où on vient, on ne saura pas là où on veut aller". Donc en décidant de rendre hommage à ses anciens, ce n'est pas nécessairement un retour dans le passé. Mais c'est parce qu'ils le méritent amplement. Mais à la fois, ça permet à la nouvelle génération de comprendre tout le parcours qui a été accompli, toutes les embûches qui ont été relevées, afin de prendre ce legs dans toute la responsabilité que ça requiert. Parce qu'aujourd'hui les contextes ont beaucoup changé. C'est à dire ? C'est quoi le contexte aujourd'hui ? Le contexte aujourd'hui, c'est la mondialisation par exemple. Aujourd'hui, nous sommes envahis par les films qui nous viennent de puissances étrangères qui ont beaucoup plus de capacités. Et donc il faut que la jeune génération ne dorme pas sur ses lauriers, parce que très souvent lorsque l'on ne voit pas le parcours, la trajectoire, d'un événement, on a du mal à le gérer en toute responsabilité. C'est pour ça qu'il y a ce lien entre le passé et l'avenir.

    Oui c'est dire par exemple, il y a Netflix, qui est un support important pour le cinéma mondial. On pourrait imaginer une plateforme africaine demain de distribution de films. 

    En abordant la question de Netflix, vous mettez le doigt sur une réalité, c'est la question de la diffusion des films. Depuis que je suis ministre, je ne cesse de dire aux acteurs ou réalisateurs, qu'il ne sert à rien de produire des films si nous n'avons pas des mécanismes de diffusion. De ce point de vue, des mastodontes comme Netflix, en tant que ministre de la culture d'un pays africain, je ne suis pas toujours sûr que les droits des cinéastes africains pourraient être garantis suffisamment sur cette plateforme. 

    C'est à dire qu'il ne faut pas aller sur Netflix, il faut. qu'est-ce qu'il faut faire ?

    Voilà pourquoi il faut travailler à la création d'une plateforme africaine de diffusion de films africains pour des Africains, ouverte éventuellement au Monde.  Oui.

    C'est la meilleure façon d'assurer la diffusion des films africains, parce que le marché est là, il existe, mais il n'est pas organisé, il n'est pas structuré. De ce point de vue, je voudrais souligner que l'Union Européenne nous a (plu forcément) avec les (ACP) pour travailler de façon beaucoup plus efficace sur cette question de diffusion, par la voie aujourd'hui du numérique. Partout en Afrique, tout le monde a un téléphone portable aujourd'hui, et tout le monde écoute de la musique sur les téléphones portables, tout le monde regarde un film sur le téléphone portable. On gagnerait donc à aller vers la mise en place de cette plateforme.

    Cela veut dire aussi, monsieur le Ministre, des cinémas, des cinémas de plein air, des cinémas climatisés, le ciné Guimbi qui va réouvrir, ça veut dire tout ça, ça veut dire au fond, un cinéma populaire, comme on le voit à l'occasion du Fespaco avec une sorte de liesse.

    Oui c'était important de revenir à ses fondamentaux du Fespaco, parce qu'à l'origine le Fespaco a été conçu comme ça, pour être un festival populaire. Mais ces 10 dernières années, disons les 20 dernières années, depuis que les programmes (d'ajustement de structure) sont passés dans nos Etats, et que l'Etat s'est retiré de toutes ces petites salles, le cinéma a quitté les petits quartiers, les petits villages, pour aller se retrouver dans des ciné clubs, où on n'est sûr de rien. Donc c'était important, effectivement, que nous revenions à ces fondamentaux. Comme je l'ai indiqué aussi à beaucoup de partenaires, il faut reconstruire des salles du cinéma. De ce point de vue, l'expérience de Canal L'Olympia est une belle expérience, mais cette expérience interpelle les opérateurs économiques africains qui peuvent aussi, et qui doivent comprendre qu'il faut qu'ils investissent dans ce secteur. On peut imaginer un schéma où ces opérateurs reprennent la plupart des salles du cinéma pour une ville comme Ouagadougou, ou pour un pays comme le Burkina, et qu'ils le formatent, pas forcement dans les mêmes canons de qualité que ce qu'on a probablement avec Canal l'Olympia. Parce que ce n'est pas ce que le peuple demande, le peuple veut simplement un espace pour voir précisément, pour entendre des messages auxquels il croit. 

    Oui oui et puis aussi, pour entendre une voix africaine, pour que ce cinéma-là continue d'exister. J'allais presque dire, Monsieur le ministre, au fond pourquoi on a besoin du cinéma africain aujourd'hui dans le monde agité que l'on connaît, ici aussi d'ailleurs au Burkina ? 

    Oui parce que le monde… C'est parce que le monde est agité qu'on a besoin du cinéma africain, puisque d'ailleurs une caractéristique ici de la tradition africaine, c'est que c'est une tradition, beaucoup, du son, et on ajouterait de l'image aussi.  Qu'aujourd'hui pour déconstruire le discours de l'extrémisme violent,  le cinéma peut contribuer à cela. Donc le cinéma africain, doit demeurer, de notre point de vue, le cinéma engagé dans la construction d'une société démocratique, d'une société de liberté, d'une société d'égalité, d'une société de fraternité, d'une société où, finalement, les jeunes Africains apprennent à reconnaître leur histoire, apprennent à comprendre que leurs ancêtres, leurs devanciers ont réalisé de grandes choses,² apprendre à comprendre et c'est ça la réalité, que le futur du monde doit se conjuguer en Afrique. Il ne faut pas s'engager dans des aventures incertaines comme on le voit avec l'immigration. Voilà le défi des 50 prochaines années dans le cinéma Africain. 

    Oui, et le Fespaco a lieu cette année, on le disait dans un climat de sécurité renforcée, qui montre aussi cette volonté là que la culture continue d'exister. 

    Il faut présenter cette image de l'Afrique qui marche et réussir, le Fespaco comme on est en train de le faire, dans un contexte qui a été maladroitement décrit comme un contexte d'hyper insécurité. On doit comprendre que non, les Africains continuent de rêver en dépit du tout.

    Merci beaucoup, Monsieur le Ministre de la culture.  Merci à TV5. Merci beaucoup.

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    00:08:23
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