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  • L'invité

    Juliette Binoche

    Invitée : Juliette Binoche, actrice française.

    Juliette Binoche, qui vient de présider le jury du festival du cinéma de Berlin, est à l'affiche de « Celle que vous croyez » de Safy Nebbou, en salles le 27 février 2019, en France. Le film raconte l'histoire d'une femme qui va se retrouver piégée par le faux profil Facebook qu'elle s'est créé pour changer sa vie.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Juliette Binoche. Bonjour. C'est un plaisir de vous accueillir sur le plateau de TV5 Monde. Je me rappelle avec Claire Denis, il n'y a pas très longtemps, "Un beau soleil intérieur", c'est incroyable face à Gérard Depardieu dans une scène finale d'anthologie, ça fait plaisir. Des rôles où finalement vous bousculez  finalement les certitudes, vous allez toujours vers des prises de risque.

    Sinon pourquoi faire tout ça ? Il faut être toujours un petit peu au bord, au bord et p (...)

    Bonjour Juliette Binoche. Bonjour. C'est un plaisir de vous accueillir sur le plateau de TV5 Monde. Je me rappelle avec Claire Denis, il n'y a pas très longtemps, "Un beau soleil intérieur", c'est incroyable face à Gérard Depardieu dans une scène finale d'anthologie, ça fait plaisir. Des rôles où finalement vous bousculez  finalement les certitudes, vous allez toujours vers des prises de risque.

    Sinon pourquoi faire tout ça ? Il faut être toujours un petit peu au bord, au bord et puis faire un saut dans l'inconnu et voir ce qui se passe. Mais avant, il faut se préparer quand même un peu. Mais je trouve qu'aller vers le nouveau, c'est vraiment le sine qua non de l'artiste. Si on est trop sur une espèce de rendement déjà acquis ou de répétition, je trouve que c'est la mort. Et moi je suis pour le renouveau. Et puis se surprendre, c'est aussi ça, c'est aller vers quelque chose où on n'est pas forcément à l'aise. On va peut-être être ridicule, ce n'est pas grave mais au moins, on aura risqué. C'est beau, dans le dernier Assayas, "Doubles vies". On va voir des images. Vous êtes une comédienne et une comédienne qui rame. Enfin non, elle fait des séries télévisées, et puis non, elle va faire du théâtre au Théâtre de l'Odéon. Elle ne rame pas mais disons qu'elle aurait voulu être quand même, bon, peut-être plus films… dans le cinéma mais c'est comme ça.

    A un moment elle lui dit : "Tu pourrais rencontrer Juliette Binoche", ça c'est drôle quand même.

    Oui parce qu'elle la connaît en fait elle ne veut pas donner son numéro de téléphone, parce que d'abord c'est une façon par rapport au personnage qui me demande, c'est mon ancien amant et donc c'est une façon de lui de fermer son clapet un peu et de le rembarrer en gros. Mais oui oui, il y a des petites… c'est une comédie en fait mais avec quand même un sujet qui ce changement entre le… voilà cette question entre le livre et le ebook et le monde du numérique. Est-ce que le livre va rester ? Est-ce que c'est vrai, ces changements qui semblaient laminer totalement tout un monde de l'édition et finalement, on se rend compte qu'à la fin, ce n'est pas aussi simple que ça. On veut nous faire peur.

    Le monde du numérique. On fait une sorte de publicité pour les nouvelles choses. Mais au fond du fond, non on ne change pas comme ça. 

    Oui mais le monde du numérique, du virtuel, de Facebook, c'est "Celle que vous croyez". C'est votre prochain film de Safy Nebbou. Alors là pour le coup, vous êtes alors une femme, la cinquantaine, qui se fabrique un personnage, un avatar sur Facebook qui serait beaucoup plus jeune qu'elle et peut-être qu'il va lui arriver des choses du coup avec cette nouvelle identité-là.

    C'est-à-dire c'est une femme qui est dans une situation d'abandon puisque son mari la quitte et son amant, plus jeune, la quitte et donc elle se retrouve dans une situation insupportable comme on peut connaître le thème de l'abandon qui n'est pas facile à vivre dans la vie, et elle va prendre comme bouée de secours les réseaux sociaux, le Facebook et donc elle se crée une identité qui n'est pas la sienne mais qui va lui donner, qui va galvaniser et lui redonner envie d'aimer, envie de vivre et donc on la voit se transformer, elle a l'impression d'être en contrôle total et finalement, il y a un moment donné où cette jeunesse qui lui revient la perd un peu. Et bon je ne vous raconte pas la suite de l'aventure mais en tout cas, on rentre dans un monde et elle a 10.000 visages, finalement cette femme et moi ça m'a amusée. A la fois c'était une forme de… oui il fallait risquer de s'en faire complètement de l'état physique, de l'état interne aussi.

    Oui, c'est peut-être se vieillir aussi, de se retrouver comme ça un peu délabrée, les cheveux blancs.

    Oui m'enfin ça, on a l'habitude dans le films d'y aller mais disons que ce film-là, il permet quand même une possibilité de questionnements par rapport à qu'est-ce que c'est le désir ? Qu'est-ce que c'est l'abandon ? Comment je me raccroche ? Qui je suis ? Le regard extérieur parce que c'est vrai que notre société a le culte de la jeunesse et comment on vit ça quand on a pris la maturité et c'est toute une réflexion qui est intéressante. Je ne faisais pas semblant d'avoir 24 ans, j'avais 24 ans. Je crois qu'il nous arrive quelque chose.

    Toi, tu as rencontré quelqu'un. Je remonte tout doucement sur ton sein. Je me laissais aller jusqu'à me sentir plus Clara que Claire. C'est un monde fou. Clara, j'ai besoin de te voir. Qu'est-ce que vous cherchiez ? Vivre une autre vie ? Non pas une autre vie, la mienne, enfin. Je ne peux pas continuer à vous aider si vous ne me dites pas la vérité.

    (inaudible) parce qu'au fond, il y a la notion de masque, d'un autre personnage, d'être quelqu'un d'autre et vous, vous êtes une comédienne. Elle ne se sent pas quelqu'un d'autre. Elle sent vraiment qu'elle est ce fameux personnage Clara. C'est ça qui est intéressant, c'est qu'elle y croit. C'est comme quand un acteur joue, il y croit vraiment, oui. C'est ça, oui, c'est ça que vous voulez dire, c'est qu'au fond, vous-même vous êtes ces autres personnages, vous avez été tellement de personnages dans votre vie déjà. Qu'est-ce que ça fait au fond de passer d'un monde à l'autre ? 

    "Celle que vous croyez", c'est aussi qu'on est ce qu'on croit et ce système de foi, de croyance qu'on a, mais dès les plus jeunes années de sa vie, c'est ce qui nous forge. Alors comment démanteler ces croyances. C'est tout un travail mais on est… parfois on a une image de soi qui est fausse et essayer de retrouver la racine et de se renouveler c'est ça finalement, c'est se débarrasser de croyances passées. Et rentrer dans un film, c'est on le disait, se mettre en danger mais c'est aussi d'en sortir pas exactement la même après, lorsque vous vous dégagez d'un personnage. Je ne sais pas, moi. Pour moi, un film c'est un don de soi. Donc on se donne et à partir du moment où on s'est donné, on l'a travaillé, c'est assez spécifique à ce moment-là, quand on a donné, on est libéré et on est serein. Donc ce n'est pas l'idée de jouer quelqu'un d'autre. C'est l'idée de se servir de soi pour aller vers quelque chose qui élève quand même une partie de soi-même finalement, que permet de jouer un rôle. Et après, on revient à soi. Mais plutôt (énergé), comme on dit galvanisé mais oui, heureux. On a été dans le don qui permet d'être plus humain finalement. C'est ça que vous cherchez au fond, cette humanité-là depuis toujours ? 

    Ce n'est pas aussi conscient que ça. Je crois que ça me rend heureuse parce que c'est comme si j'avais vraiment trouvé l'endroit où je devais être et ça, je l'ai reconnu assez tôt, et certainement parce que j'étais en face de situations assez solitaires, enfant, et que jouer, ça me permettait d'être en lien avec tous les possibles, avec mon imaginaire et j'étais heureuse. Et je crois que ce bonheur- là, il ne m'a pas quittée. Même si le matin quand je me réveille et que je dis" oh là là, il va falloir aller dans telle émotion telle autre et tout" et que je me dis "J'aimerais bien changer de métier, là, parce que vraiment de vivre ça dès le matin à 7h ce n'est pas forcément facile" mais à la fin de la journée, quand ça a été traversé, et même en le traversant c'est un bonheur parce que le don de soi, il n'y a rien qui remplace ça parce que quand je dis don de soi, c'est tout simplement s'oublier à travers une expression, une partie de soi et qui va peut-être aider quelqu'un d'autre à vivre. C'est aussi simple que ça.

    Merci beaucoup. Merci beaucoup, Juliette Binoche, présidente d'honneur des Globes de cristal avec TV5 Monde cette année, on était vraiment ravi, Juliette, de vous recevoir ici, merci beaucoup. De même, merci.

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    00:08:23
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