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  • L'invité

    Philippe Croizon, Suzana Sabino

    Invités : Philippe Croizon, Suzana Sabino.

    Philippe Croizon, l'ancien ouvrier devenu athlète après avoir été amputé des quatre membres suite à un accident, témoigne pour tous les handicapés de la difficulté de vivre et d'aimer. Il raconte dans un livre poignant, « Ma vie pour deux » (Arthaud), écrit avec sa compagne Suzana Sabino, comment l'amour peut permettre de surmonter le regard des autres même si le bonheur reste un combat.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Quelle belle histoire d'amour, Ma vie pour deux. Dans l'ombre du héros, il y avait une femme. Elle s'appelle Suzana Sabino et elle est avec Philippe Croizon. Vous êtes, Philippe, celui que tout le monde admire. Vous avez traversé la Manche, traversé les océans,  relié les continents à la nage, et pourtant, vous êtes quadri-amputé. On connaît votre histoire. De ça, vous en avez fait une force, et surtout, ça ne vous a pas empêchés de retrouver l'amour. Vous le racontez dans ce livre. Pourquoi vou (...)

    Quelle belle histoire d'amour, Ma vie pour deux. Dans l'ombre du héros, il y avait une femme. Elle s'appelle Suzana Sabino et elle est avec Philippe Croizon. Vous êtes, Philippe, celui que tout le monde admire. Vous avez traversé la Manche, traversé les océans,  relié les continents à la nage, et pourtant, vous êtes quadri-amputé. On connaît votre histoire. De ça, vous en avez fait une force, et surtout, ça ne vous a pas empêchés de retrouver l'amour. Vous le racontez dans ce livre. Pourquoi vous aviez envie de témoigner de ça ? C'est surtout Suzana. C'est le livre de Suzana, Ma vie pour deux. Un jour, elle m'a dit, il faut que j'écrive mon livre. Il faut que j'exprime ce que j'ai en moi. C'est un exutoire pour elle. Je pense qu'elle pourra le dire bien mieux que moi. Elle a écrit ce livre. C'est vrai qu'elle me faisait lire les pages au fur et à mesure. Elle m'envoyait des trucs. Elle me disait : "Tu veux vraiment que je laisse ça, parce que c'est vraiment ce que j'ai ressenti". Je lui ai dit oui, parce que c'est vraiment la vérité. On a envoyé le livre à l'éditeur et éditeur m'a dit : "Mais, tu es vraiment sûr. Tu veux vraiment laisser ça ?". Je dis oui. Il m'a dit : "Dans ces cas-là, il faut que tu réagisse". C'est pour ça qu'il y a ma réaction dans le livre. Il y a les deux. Il y en a un qui parle, l'autre qui répond. C'est un dialogue savoureux. C'est un dialogue amoureux. Je me tourne vers vous évidemment, Suzana. D'abord, la rencontre avec Philippe. Ça se passe sur internet. Ça se passe sur internet, la façon la plus moderne aujourd'hui. Il avait mis une photo avec un grand sourire qui lui traversait le visage et un petit message en me disant : "Il faisait du vent et mes cheveux se sont envolés". Je lui ai répondu avec une réponse aussi stupide : "Si le vent a soufflé vers moi,  je te ramènerai tes cheveux". Et c'est parti de là, en rigolant. Douze ans de vie commune. Philippe l'avait racontée dans un précédent livre. Lorsque la solitude était là, lorsque sa femme l'a quitté après qu'il se soit retrouvé lourdement handicapé, Philippe s'est tourné vers des réseaux sociaux pour trouver l'âme soeur. C'était très difficile de se présenter tel qu'on est. 

    Il faut dire que j'avais peur. Qui allait accepter un mec comme moi, qui n'a pas de bras et pas de jambes ? J'avais envie d'être aimé et de me sentir aimé à nouveau. J'ai tenté ma chance sur un site de rencontres. J'ai rencontré Suzana. Franchement, le schéma corporel, ça ne lui a pas fait trop peur. Il faut dire que le deuxième message que je lui avais envoyé faisait un kilomètre de long. Je lui expliquais l'accident, les amputations, les machins et tout ça. Si elle résiste à ça, c'est bon, et elle a résisté. Je me suis accrochée. Je ne cherchais pas vraiment le partenaire avec qui vivre la fin de ma vie. Je cherchais plus des amis. Je me suis dit, pourquoi pas une personne handicapée. Quand j'ai commencé à connaître Philippe, j'ai vu qu'il avait une espèce de force en lui qui m'attirait. Son humour aussi, on rigolait beaucoup ensemble. Il a la même philosophie que moi.

    C'est beau parce que Philippe l'avait raconté aussi dans un autre livre. Au début, lorsqu'il se présentait, il ne disait pas forcément qu'il avait ce handicap. Il nouait une relation avec quelqu'un par internet. Lorsque vous disiez voilà comment je suis, la communication s'arrêtait.

    C'était fini. Il y a toujours cette barrière du mot handicap, comment je vais faire avec cette personne. On ne réfléchit plus parce que ce mot handicap nous colle à la peau. J'ai eu la chance après, de rencontrer Suzana qui a accepté mon handicap, qui a accepté de vivre avec moi, mais elle n'imaginait pas ce qu'elle allait vivre. Elle n'imaginait pas que ça allait est aussi difficile de vivre avec une personne handicapée. Le livre, c'est vraiment ça. Ce n'est pas un livre pour m'égratigner, mais c'est un livre de réalité. On dit vraiment les vraies choses.

    Parce qu'elle est à la fois amoureuse, à la fois votre chérie, comme vous dites dans le livre, et en même temps, elle s'occupe aussi de vous. Elle est une aidante. C'est ça.

    Je suis l'aidante de Philippe, comme 11 millions en France qui sont invisibles. J'aide Philippe, au jour le jour, dans ses gestes au quotidien. On doit s'occuper de la personne handicapée et on oublie de s'occuper de soi parce qu'on s'oublie dans le rôle d'aidant, souvent. On doit vraiment faire la part des choses. On doit accorder du temps pour la personne handicapée et accorder du temps pour soi, ce qu'on oublie de faire. Finalement, on finit par tomber malade et avoir des gros problèmes de santé parce qu'on ne s'écoute pas.

    Il y a le regard des autres aussi. On le voit dans ce livre. Vous êtes amoureuse et vous allez présenter Philippe à votre famille, comment ça se passe ? Comment est le regard des autres ?

    Dans la famille, ça s'est très bien passé. Ils ont accepté Philippe tout de suite parce qu'il est jovial. Il est drôle. Il fait passer son handicap facilement. Il n'y a pas eu de réticence à aller vers Philippe.

    C'est facile d'aimer quand même et c'est un droit d'aimer. C'est facile. C'est un droit. L'amour efface toutes les barrières. Avec l'amour, on peut déplacer des montagnes. Par contre, là où j'ai eu de la chance quand j'ai rencontré Suzana, c'est que Suzana est remplie d'abnégation, remplie de don de soi. On peut vivre et on vit comme ça. On s'aime. Complètement. On n'est pas pareil mais on s'aime. Il y a un passage dans le livre qui m'a particulièrement perturbé. Après les cinq continents, elle m'a dit : "Je ne sais plus qui je suis. Je t'ai tout donné, mais je ne sais plus qui je suis. Je me suis perdue dans tes aventures". Et elle m'a dit : "Je vais partir". Elle est partie de Fatima, parce qu'elle est d'origine portugaise, et elle a marché jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle. Elle n'était pas sportive non plus. Elle n'a jamais fait de sport de sa vie. Elle a marché pendant trois semaines avec son sac à dos. Elle a pleuré. Elle est rentrée à la maison. Elle m'a dit : "Maintenant, je me suis retrouvée. Je sais qui je suis, mais ne me demande plus rien. Mène des aventures. Je veux jouer avec toi, je t'aime, mais il faut qu'on se calme. Il faut qu'on retrouve une vie de couple". Tout ça, c'est dans le livre. C'est un moment de partage pour comprendre le travail des aidants. Comme elle l'a dit, 11 millions de personnes n'existent pas dans notre société. 11 millions de personnes sacrifient leur existence pour aider leurs proches, leurs enfants, leurs grands-parents, leurs parents, qui malheureusement quittent parfois leur travail. Quand ils arrivent à la retraite, malheureusement, ils n'ont pas de point. Ils n'ont rien et ils vivent sous le seuil de pauvreté. C'est une catastrophe. C'est un coup de gueule que Suzana a voulu pousser dans le livre. Elle pousse un coup de gueule aussi. Elle interpelle les pouvoirs publics. Elle interpelle Madame Macron. On a dit que le handicap serait la grande priorité du quinquennat. Au fond, on voudrait que ça aille plus vite que ça.  Exactement. On aimerait bien que ça aille plus vite parce qu'on est dans un besoin urgent. Pour le moment, on n'a pas de réponse.

    Le plus important pour les aidants, c'est qu'ils soient reconnus déjà. Juste une reconnaissance, un statut des aidants, qu'ils existent dans notre société, qu'ils ne soient pas invisibles. L'Etat est très heureux d'avoir des aidants. C'est une économie extraordinaire. Ce sont des millions d'euros d'économisés, mais pas vraiment, parce que derrière, ce sont des personnes fatiguées. La Sécurité sociale doit aider ces gens-là. Leur taux de vie est beaucoup moins que la vie normale. L'aidant est beaucoup plus fatigué. Il réfléchit pour deux. Il vit pour deux, d'où Ma vie pour deux. C'est le titre de ce livre. Vous avez envie de vous dire des choses. On va aller jusqu'au bout. Vous avez envie de dire quoi. Le truc qu'on a envie de se dire le plus fort, c'est de dire qu'on s'aime. Qu'on s'aime et que grâce à notre rencontre, on a pu vivre des moments merveilleux, des rencontres qu'on n'imagine pas faire un jour dans sa vie. C'est que du bonus. Il y a à la fois la difficulté d'être une aidante et le bonheur qu'on a eu de relier les cinq continents. On a vu les Papous, les Inuits. On a vécu des aventures humaines extraordinaires.  Mais avant d'être une aidante, c'est une amoureuse. D'où la difficulté, aimer, être maman et être aidante en même temps. C'est très bien expliqué dans le livre. C'est un très, très beau témoignage. Sous-titré, dans l'ombre du héros, il y a une femme. Elle est dans votre ombre un peu, Philippe. Elle est dans mon ombre encore là ? Je vais me décaler. Merci beaucoup. On était vraiment ravi. Ce livre est publié chez Artaud. Il s'appelle Ma vie pour deux. C'est un message d'espoir, d'amour de vie qui vous ressemble. Merci beaucoup.  Merci.

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