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  • L'invité

    Jean Ziegler

    Invité : Jean Ziegler.

    Figure suisse mythique de l´engagement en faveur des droits de l´homme et contre la faim dans le monde, Jean Ziegler, vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l´homme de l´ONU publie « Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures », inspiré d´une citation du Che Guevara. Il y dénonce « l´ordre cannibale du monde » qui condamne des millions d´hommes et de femmes à mourir de faim.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Jean ZIEGLER.

    Bonjour.

    L’une des grandes voix, l’une des consciences, l'un des combattants pour les droits de l’homme, vous êtes d’ailleurs le vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Jean ZIEGLER.

    Oui.

    Et vous publiez "Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures" aux éditions de l’Aube. C’est votre nouveau livre. C’est un nouveau, j’allais dire, un plaidoyer pour un autre monde.
    (...)

    Bonjour Jean ZIEGLER.

    Bonjour.

    L’une des grandes voix, l’une des consciences, l'un des combattants pour les droits de l’homme, vous êtes d’ailleurs le vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Jean ZIEGLER.

    Oui.

    Et vous publiez "Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures" aux éditions de l’Aube. C’est votre nouveau livre. C’est un nouveau, j’allais dire, un plaidoyer pour un autre monde.

    D’abord, la phrase, le titre est du Che GUEVARA, qui est une phrase d’espérance, bien que le Che, lui, assassiné en 67 déjà, donc, il y a longtemps, et il continue à vivre. Et cette phrase, "Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures", c’est une phrase d’espérance que le Che a dite probablement dans la dernière phase de vie, qui est une phase d'échec puisqu’il a été assassiné en Bolivie, enterré comme un chien, visiblement une défaite totale, et alors que son souvenir, son espérance, la certitude qu’il avait que chaque combat valait son pesant d’or, qu’il n’y avait pas d’impuissance pour l’humanité contemporaine, que ce mur de l’oppression et qui est terrible, on vit dans un ordre cannibale absurde du monde. Je me permets de vous donner un seul exemple, toutes les 5 secondes, un enfant meurt-de-faim.

    Oui.

    Sur cette planète, un enfant en dessous de 10 ans.

    Vous vous parlez même d’assassinat.

    Oui.

    Vous employez ce mot ?

    Eh bien, meurt-de-faim. Ce sont les chiffres de l’ONU, je ne vais pas vous ennuyer avec les chiffres de l’ONU, toutes les 5 secondes, un enfant en dessous de 10 ans meurt-de-faim, et le même rapport sur l’alimentation dans le monde de la FAO (inaudible) de l’ONU dit que l’agriculture mondiale pourrait nourrir, normalement sans problème, 12 milliards d’êtres humains. Nous sommes 7,3. Donc presque le double de l’humanité si l’accès à la nourriture était distribué, était possible pour tout le monde, un pouvoir d’achat pour tout le monde. Donc il n’y a plus aucune fatalité pour ces massacres quotidiens de la faim.

    Quelle est cette fatalité Jean ZIEGLER ?

    Un enfant qui meurt-de-faim, un enfant qui meurt-de-faim est assassiné.

    Oui.

    C’est l’ordre du monde qui est frappé par une extraordinaire inégalité. Je vous donne un chiffre, les 500 plus grandes sociétés transcontinentales privées, l’année dernière, Banque Mondiale, ont contrôlé 52,8 % du produit mondial brut, c’est-à-dire de toutes les richesses produites en une année sur cette planète. Ces oligarchies très réduites en nombre, mais extrêmement puissantes, ont un pouvoir idéologique, politique, économique, financier, comme aucun pape, aucun empereur, aucun roi n’a eu sur cette planète. Et ces maîtres du monde, ces oligarchies du capital financier mondialisé échappent à tout contrôle, social, syndical, parlementaire, national ou international, savent faire beaucoup de choses, les grandes multinationales, les grandes banques contrôlent le progrès scientifique, technologique, font des progrès extraordinaires, inventent de nouvelles molécules contre les maladies, etc. , mais fonctionnent selon un seul principe, la maximalisation du profit dans le temps le plus court.

    Oui.

    Et alors ça crée une immense monopolisation de pouvoirs entre les mains d’un petit groupe, j’ai un dernier chiffre, les 85 plus riches milliardaires du monde, 85 personnes, ont autant de fortune, autant de fortune que 4,7 milliards d’êtres humains sur cette planète, c’est-à-dire la moitié la plus pauvre de l’humanité. Et l’inégalité est négativement dynamique. Les riches deviennent rapidement beaucoup plus puissants, beaucoup plus riches, et les pauvres… Il y a à Rome-là, à Rome, il y a un pape, un jésuite argentin, qui s’appelle François (inaudible) qui a publié un livre récemment où il dit : "Il y a une nouvelle catégorie d’êtres humains sur la planète maintenant, qui ne sont plus… Qui sont tout en bas, qui ne sont plus des exploités, qui ne sont plus des dominés, mais qui sont des exclus". Et il utilise ce terme, dans la bouche du pape, le terme ce sont des déchets. Ce sont des déchets. Et (Colin), l’économiste d’Oxford, dit : "Il y a 1 milliard, maintenant, de déchets, 1 milliard de personnes qui n’auront jamais de travail, jamais un habitat convenable, jamais une vie décente et un accès à des santés ou à la culture, ou une vie familiale, ils sont exclus".

    Oui.

    Totalement exclus.

    Mais alors vous dites Jean ZIEGLER ça…

    Alors, et le pape utilise ce terme déchets.

    Oui.

    Vous comprenez ? Alors je ne veux pas vivre, si ce mot, sur une planète…

    Oui, mais vous dites, quand vous dites revenons sur ce titre : “Les murs s’écroulent”.

    Oui.

    Au fond pourquoi, pourquoi ça tient quand même ? Parce que ça tient ce système.

    Vous avez tout à fait raison, ce que je viens de dire est en contradiction avec le titre de mon livre.

    Parce que depuis toujours vous vous battez contre ce système.

    Parce qu’il y a… Vous savez, il y a une double histoire si vous me permettez. Les vieux marxistes allemands (inaudible) ont dit : "Il y a d’abord la justice, effectivement vécue, empiriquement vécue, et il y a, en dessous, une eschatologie, la justice revendiquée, ce que la conscience voit comme étant juste, et veut comme étant juste, comme utopie, comme désir". Alors la justice, effectivement vécue, elle est régressive, c’est vrai, ces effroyables massacres depuis 7 ans, en Syrie, ailleurs dans le monde, les Nations unies en ruine, la faim, on vient de le dire, les… Cette misère effroyable qui affecte le tiers de l’humanité et qui semble invincible. La justice, effectivement vécue est régressive, mais la justice revendiquée par la conscience collective, elle augmente, et ces consciences collectives progressent.

    Oui.

    Progressent. et créé, a créé des mouvements sociaux multiples.

    Vous les voyez ces mouvements de résistance ?

    Ah oui, Amnesty, Greenpeace, le mouvement des femmes (Attack) contre le capital spéculatif, la Via Campesina qui réunit 120 millions, 122 millions, paysans, métayers, petits paysans, journaliers agricoles, entre le Honduras et le Bangladesh, et tous ces mouvements, ces fronts de résistance, luttent à des endroits contre cet ordre capital cannibale du monde d’une façon formidable, avec un courage. Donc, c’est un système de violence structurelle qu’il faut briser, ne pas changer des hommes en haut, en bas, c’est le système, l’ordre cannibale du monde qui vit du sang des pauvres où la richesse énorme est monopolisée et nourrie de la misère, de la faim et du sang de milliards d’êtres humains inutilement sur une planète qui déborde de richesses. Ce système doit être brisé, nous pouvons le briser démocratiquement, pacifiquement.

    Merci beaucoup, Jean ZIEGLER. Ce livre s’appelle “Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures”, ce dialogue avec Denis LAFAY publié aux éditions de l’Aube. C’était un grand plaisir, comme à chaque fois, de vous recevoir.

    Merci. Merci beaucoup.

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    00:07:58
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