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  • L'invité

    Pierre Moscovici

    Invité : Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Pierre MOSCOVICI.

    Bonjour.

    Vous êtes commissaire européen aux affaires économiques et financières. Vous avez été ministre de l’Économie de la première partie du quinquennat de François HOLLANDE, vous avez été d’ailleurs son directeur de campagne pendant la présidentielle et aujourd’hui vous publiez "Dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Les choses vues au cœur du pouvoir", c’est publié chez Plon. D’après une citation de GRAMSCI, vous dites en quelque s (...)

    Bonjour Pierre MOSCOVICI.

    Bonjour.

    Vous êtes commissaire européen aux affaires économiques et financières. Vous avez été ministre de l’Économie de la première partie du quinquennat de François HOLLANDE, vous avez été d’ailleurs son directeur de campagne pendant la présidentielle et aujourd’hui vous publiez "Dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Les choses vues au cœur du pouvoir", c’est publié chez Plon. D’après une citation de GRAMSCI, vous dites en quelque sorte: "On est entre 2 mondes, un monde qui n’est pas complètement mort, un autre qui n’est pas né", et de tout cela peut naître, finalement, des monstres qui seraient le fascisme, l’antisémitisme, et finalement le terrorisme. Un grand nombre de menaces ?

    Oui, si vous regardez la Planète, vous voyez que la période politique récente a été incroyable. C’est ici TRUMP, il y a le Brexit, c’est ailleurs monsieur ORBÁN et monsieur KACZYNSKI. En France, ça a pris une forme, si j’ose dire, civilisée. C’est-à-dire un jeune président pro-européen Emmanuel MACRON, ça peut être un nouvel espoir français, ça peut être aussi, à la fin, le retour du nationalisme. Et je pense qu’il faut arriver à trouver sa voie, pour un bon gouvernement, un sain gouvernement, et que nous sortions du clair-obscur, dans lequel nous sommes encore, un vieux monde qui est mort, un nouveau qui naît, mais qui est encore à construire en trouvant une forme de lumière.

    Oui.

    Et c’est un peu ce que j’essaie de faire en faisant le bilan ou l’inventaire de ce qui s’est passé, parce que quand même pour la Gauche, passer de 30 % à 6 % en 5 ans. De tous les pouvoirs…

    Oui, vous dites d’ailleurs : "C’est l’année 0 de la Gauche". Vous dites : "On doit tout reprendre à 0".

    Eh bien, c’est clair, il y a eu une forme d’accident industriel, et on ne peut pas regarder ça en pensant que rien ne s’est passé, ce serait absurde. Et il faut voir précisément quels ont été mécanismes qui ont créé cette faillite, sans pour autant tomber dans l’auto-dénigrement, parce qu’il y a eu beaucoup de choses de faites de bonnes sous François HOLLANDE, le bilan est, je pense, un bilan honorable.

    Vous dites d’ailleurs que MACRON en profite, d’ailleurs vous dites.

    Oui, ce président a été un président qui a su représenter la France à l’étranger, ça a été un président qui a su aussi incarner le pays face au terrorisme. Les résultats économiques ont commencé à être engrangés. Mais en même temps, si j’ose dire, il n’y a pas eu un récit ni une gouvernance qui aient été suffisants ou convaincants. Les Français n’ont pas bien vu ce qui se passait, là où on les emmenait, puis ils ont vu un désordre politique constant avec un gouvernement qui n’était pas cohérent et uni, avec des frondeurs, avec une parole présidentielle qui, je crois, n’a pas imprimé le récit de sa propre action.

    Oui, alors quand vous parliez des frondeurs vous citez des épisodes avec Arnaud MONTEBOURG, en particulier, qui sont incroyables. Il vient dans votre bureau, il se met les pieds sur la table, il vous dit alors : "Dans quel camp tu es ? Sinon tu n’auras qu’un strapontin, etc. ". Il dit : "C’est catastrophique, ce que fait HOLLANDE". Alors qu’il en est son ministre.

    Mais oui et ça, si vous voulez, je pense que ça ne serait pas arrivé pas aujourd’hui. C’est-à-dire que si vous avez un ministre qui se répand en ville en disant : "Le président est nul, le Premier ministre est minable, il faut remplacer tout ça, ils ne se représenteront pas et on va mettre Manuel VALLS premier ministre pour ensuite le battre parce qu’il est de Droite". Tout s’est passé comme il avait prévu, sauf que ce n’est pas lui qui a été le candidat, à la fin, mais je le regardais et je me disais : "Mais comment le président de la République peut-il supporter qu’il y ait une telle cacophonie ?" Moi-même, à Bercy, j’ai eu à souffrir d’une cohabitation, que d’ailleurs je ne reproche pas à Arnaud MONTEBOURG, simplement, quand vous avez 2 lignes, 2 incarnations, qu’on ne tranche pas, ou plutôt si on tranche.

    Vous dites vous-même d’ailleurs, vous dites que vous vous reprochez d’avoir manqué de fermeté.

    On tranche dans les faits. La ligne était la mienne. C’était une ligne pro-européenne, pro-entreprise, mais le discours, lui, n’était pas interdit. Et c’est vrai que, avec le recul, je me dis que j’étais un peu trop loyaliste que j’aurais dû faire des coups de gueule, peut-être des coups politiques, que je suis resté un peu droit dans mes bottes comme le haut fonctionnaire ou l’homme d’intérêt général que je suis à l’origine. Et j’ai beaucoup appris.

    Oui.

    Je ne dirais pas qu’aujourd’hui, je suis plus retors, mais en tout cas je suis plus cash. Et je ne me laisse pas faire.

    Oui, alors, vous aviez un ministre, qui était ministre du Budget, Jérôme CAHUZAC, vous aviez la tutelle sur lui, qui, à un moment donné, a été accusé d’avoir un compte en Suisse, qui a menti devant la représentation nationale. Est-ce que vous l’avez couvert finalement, d’une façon ou d’une autre, Jérôme CAHUZAC, dont le procès d’ailleurs a lieu là ?

    C’est une absurdité. Il y a eu une commission d’enquête qui a établi que… Et l’administration et le gouvernement avaient fait ce qui convenait. Il y a eu des dizaines et des dizaines d’explications, on ne va pas rouvrir ce procès ici, je veux le dire très clairement, cette affaire m’a fait mal, et j’ai été, non pas le complice, mais comme tout le monde, la victime du mensonge de Jérôme CAHUZAC, la victime politique. Et j’en suis sorti armé d’une résolution plus forte que jamais pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale et pour faire la transparence. Je vais vous prendre un exemple. Aujourd’hui, avec la Suisse, mais aussi avec Andorre, Liechtenstein, Saint Marin, Monaco, il y a ce qu’on appelle des échanges, des accords d’échange automatique d’informations sur les comptes bancaires, il n’a plus de secret bancaire. Je ne dis pas que c’est à cause de l’affaire CAHUZAC, mais ce qui est sûr, c’est qu’avec ces nouvelles dispositions l’affaire CAHUZAC ne serait plus possible.

    Oui, alors vous avez les accusations de Fabrice ARFI de Médiapart, là, qui vient de dire contre vous, il dit que vous avez en quelque sorte mené une enquête parallèle et secrète par rapport à la quête de la procureur qui était soumise au pouvoir adminis…

    Tout ça est examiné.

    Et que vous auriez finalement posé les mauvaises questions aux autorités suisses pour obtenir finalement de dire que Jérôme CAHUZAC n’avait pas de compte en Suisse.

    Tout ça n’a aucun sens, le procès CAHUZAC, il a lieu devant la justice. La commission d’enquête, elle a eu lieu, il y a, maintenant, près de 5 ans. Et donc arrêtons avec ça, une assertion répétée ne fait pas une vérité, elle nourrit une calomnie.

    Oui, c’est-à-dire que vous n’avez pas mené d’enquête parallèle et secrète, vous n’avez pas cherché à saboter l’enquête ?

    Rien de tout ça n’est exact, et je ne vais pas repartir dans ce qui a été, pour moi, comme pour les Français, un cauchemar.

    J’ai tourné cette page largement, je le répète, j’ai été une victime et pas un complice.

    Oui, au-delà de cela, aujourd’hui, vous êtes commissaire européen aux affaires financières, la croissance est réelle en Europe. Vous avez le sentiment que cette croissance, finalement, est utile à la réduction des inégalités, par exemple, vous qui prônez, finalement, une rénovation de la sociale démocratie ?

    C’est un des grands défis, ça fait partie des nouveaux monstres qui peuvent émerger, la montée abyssale des inégalités qui crée aussi une frustration, une impatience, une colère, parfois, qui peut déboucher sur le populisme et sur le nationalisme. C’est une bonne nouvelle que la croissance soit là, elle là en Europe, elle est là en France, elle permet de créer des centaines de milliers d’emplois, elle permet de réduire, encore lentement, le chômage, mais il faut que cette croissance soit, comme on dit, inclusive c’est-à-dire qu’elle soit ouverte à tous et qu’elle s’accompagne, en effet, d’une politique ambitieuse de réduction des inégalités. Et pour la Gauche à venir, car il y aura une Gauche. Il y aura une Gauche en Europe.

    Oui, mais Emmanuel MARCON, c’est bien la Gauche, Pierre MOSCOVICI ?

    Eh bien, écoutez, Emmanuel MACRON a fait une campagne en disant qu’il n’était ni de Droite ni de Gauche, ou et de Droite et de Gauche, il vient de la Gauche. Mais observons quand même que ce n’est pas le cas de tous ses ministres et que la politique suivie, pour le moment, ça pourrait peut-être changer, semble à certains égards pencher au centre droit. Je suis persuadé, moi, qu’il y aura besoin d’un rééquilibrage de la démocratie française.

    Oui, il y aura toujours la Gauche et la Droite ?

    Il y aura toujours la Gauche et la Droite, et il y aura toujours des pro-européens de Gauche comme de Droite. Moi je suis un pro-européen. Je suis d’accord avec Emmanuel MACRON sur tout, en réalité, sur l’Europe. Nous faisons les mêmes propositions et depuis très longtemps, je soutiens sa volonté de relancer l’Union européenne, mais je suis aussi un homme, non pas de Droite et de Gauche, ou ni de Droite ni de Gauche, je suis un homme de Gauche.

    Et je pense qu’on a besoin d’une force pro-européenne de Gauche en France, et je pense que le seul avenir possible pour ce qui s’appelle, aujourd’hui, le Parti socialiste, ce qui est la sociale démocratie, c’est bien ça, c’est totalement pro-européen, et totalement de Gauche. Mon conseil aux socialistes, c’est de ne pas laisser l’Europe à la Droite et au Centre, et de ne pas laisser la Gauche aux nationalistes, mais de rester ce que doit être une force sociale démocrate en Europe, un parti de Gauche pro-européen. Et je pense que la France, et le président de la République lui-même d’ailleurs ont besoin d’une telle force pour l’équilibre et la respiration démocratique du pays.

    Merci beaucoup, Pierre MOSCOVICI, d’avoir été notre invité. "Dans ce clair-obscur surgissent les monstres" publié chez Plon. Merci.

    Merci.

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    00:08:20
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