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  • L'invité

    Finda Iffono

    Invitée : Finda Iffono, responsable du projet Sauvons les filles de l'excision.

    À l'occasion de la journée mondiale contre les mutilations génitales féminines, le témoignage de Finda Iffono, responsable du projet Sauvons les filles de l´excision, mené avec l´association Plan International qui lutte contre l'excision en Guinée, où plus de 97% des femmes sont encore victimes de cette pratique.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    200 millions de filles et de femmes dans le monde sont victimes de l'excision. C’est la journée mondiale contre les mutilations génitales féminines. Finda IFFONO est avec nous, vous êtes cheffe du projet "Sauvons les filles de l'excision", en Guinée. Merci beaucoup d'être là. Vous êtes avec l’ONG Plan International qui se mobilise pour cette journée, contre ceux qui frappent des millions, des dizaines, des centaines de millions de femmes, et notamment dans votre pays, la Guinée. Quel est le mess (...)

    200 millions de filles et de femmes dans le monde sont victimes de l'excision. C’est la journée mondiale contre les mutilations génitales féminines. Finda IFFONO est avec nous, vous êtes cheffe du projet "Sauvons les filles de l'excision", en Guinée. Merci beaucoup d'être là. Vous êtes avec l’ONG Plan International qui se mobilise pour cette journée, contre ceux qui frappent des millions, des dizaines, des centaines de millions de femmes, et notamment dans votre pays, la Guinée. Quel est le message que vous voulez porter aujourd’hui ?

    Eh bien,je vous remercie en cette grande journée internationale tolérance zéro aux mutilations génitales féminines. Le message que je porte, c’est un message d'accompagnement, de toute l'autorité guinéenne pour que le taux de 97 % de la Guinée baisse considérablement. Parce qu'on sait que la pratique de la mutilation génitale féminine est une violence grave aux droits de la fille.

    Oui, 97 % des filles subissent ces mutilations dans votre pays ?

    Oui, 97 %, la Guinée, parmi les pays du Moyen-Orient et de l'Afrique qui pratiquent, occupe la deuxième place. Après la Somalie, qui est bien sûr un pays instable. Parce que je me dis que si la Somalie était un pays stable, je sais, mon pays serait le premier, ce qui est vraiment très lamentable.

    Oui, vous vous battez, je le disais, avec cette organisation. Comment ce message est reçu, aujourd’hui, en Guinée ou ailleurs ?

    Je me bats avec Plan International, en Guinée, où le message, il est bien reçu, et dans certaines localités le message est rejeté. C'est très difficile parce que, comprenez que l'excision est une norme sociale et aller à l'encontre d'une norme sociale ou dire que l’excision est une mauvaise pratique pendant que des centaines d’années et depuis des décennies nos populations vivent dans ça, les femmes pratiquent, bien sûr que certaines ont été tolérantes parce qu'elles n’ont pas subi assez de conséquences, mais d'autres en sont victimes jusqu'à la fin de leur temps. Donc, c’est très difficile de faire comprendre aux communautés certaines conséquences dont vivent les femmes, que c'est lié à l'excision. Donc, nous partons dans beaucoup de communautés. C'est une lutte qui va lentement, il faut aller lentement. Il ne faut pas aller avec force. Des fois il faut diluer le message dans une communication pour ne pas directement aller dire : "Écoutez, l'excision n'est pas bonne, je suis venue pour vous le dire". Il faut diluer le message dans d'autres aspects communautaires, dans d’autres problèmes de la communauté pour pouvoir l’aborder avec une certaine cible.

    Oui, on va voir des images parce que c’est un combat, c’est un combat permanent. Il y a, comme vous, des femmes qui se mobilisent parce qu'elles ont aussi parfois subi ces mutilations, ces violences terribles et parce qu’elles ne veulent pas que leurs propres fillettes les subissent à leur tour. Écoutez par exemple ces témoignages qui nous parlent en cette journée mondiale contre l'excision.

    "Les douleurs peuvent amener des chocs terribles chez l'enfant et chez la fille, et ce sont des douleurs qui persistent pendant le cycle menstruel. La douleur est là, elle est là pendant les rapports sexuels, elle reste toujours. La douleur est là au moment de l'accouchement. Donc, c'est une pratique qui est très douloureuse. "

    Et ça, il faut le dire et le répéter, Finda.

    La pratique de l’excision est une pratique très douloureuse que ce soit le jour où on subit la pratique, que ce soit les jours à venir parce que, moi-même, j'en suis victime, je sais, le jour de mon excision, c'était un moment très douloureux ; où la maman te dit : "Écoute, vas-y, tu vas recevoir un cadeau. Tu vois, il y a des gens là-bas, des bonbons". Et là tu trouves de vieilles femmes tout en rouge qui t'attrapent. Déjà, c'est un choc, c'est une douleur. Et à la suite de ça, il y a des conséquences. Les rapports douloureux dont on parle, c’est exactement vrai. J'en ai vécu beaucoup, des tonnes, mais je ne savais pas que c’était une conséquence de l’excision parce que pour moi, tout le monde est passé par là, mes tantes, mes sœurs. Si je ne suis pas morte, c'est que ce n'est pas mauvais, voilà. Donc, c'est vraiment douloureux. Je rejoins ce témoignage, que c'est douloureux. C’est douloureux sur le moment, et c'est douloureux dans les jours lointains.

    Un jour, vous avez découvert cela, Finda, et vous vous êtes dit : "Ma nièce de 8 ans et puis ma fille de 2 ans ne subiront pas cela".

    Oui. Quand j'ai découvert, lors de l'accouchement de mon premier garçon. J'ai dit au médecin : "Mais pourquoi je suis grosse, tout ça, mais que je ne parviens pas à faire comme toutes les autres femmes". Il me dit : "Non, l’excision ne t’a pas tolérée". J'ai dit : "Ah bon ?" Donc, toutes les fois où on devait enfanter, il fallait que l'on fasse la césarienne. L'excision en est la cause parce que la voie qui devait libérer l'enfant est obstruée. Et j'ai dit : "Eh bien !" Sur le moment, ma prière était que je m'en sorte. Et quand je sortirai, je chercherai partout et travaillerai pour défendre ceci. Du coup, une nuit, il y a eu une réunion de famille sur le sujet. "Écoutes, tu as eu du boulot, mais c’est un boulot… Nous, on ne veut pas parce que c'est comme trahir la famille". J'ai dit : "Non, ce n’est pas pour trahir la famille, mais si je dois en mourir…" Ils me disent : "Écoutes, si tu le fais, tu es morte, déjà".

    Peut-être qu’il y avait des menaces.

    Voilà, il y avait des menaces. Maman avait peur parce que la grand-mère, quand elle va l'apprendre… Elle incarne des valeurs mystiques. Elle pourrait me lancer un mauvais sort pour dire : "Comment ma petite fille peut être mon adversaire ?" Donc, maman me dit : "Démissionne !" J’ai dit : "Non, si je dois en mourir, parce que je défends une cause noble, je vais mourir en paix". Et je suis allé même (pour lui dire), je lui ai dit : "MAGELLAN a dit que la Terre tourne, mais il n'est pas là aujourd'hui, mais on enseigne en géographie que la Terre tourne". Donc, je n’avais pas peur.

    Merci beaucoup pour ce témoignage, Finda IFFONO. Votre petite fille de 2 ans ?

    Ma petite fille de 2 ans, (Henriette), elle sera épargnée de l'excision. Mais pour l'épargner de l'excision, ce n’est pas moi qui prends la décision. Il faut que tout le monde décide avec moi. Et pour que tout le monde décide avec moi, il faut que je joue sur tous ces acteurs : ma maman, mon mari, mon frère, mes tantes. Et donc, du coup, de la même manière, je sensibilise dans les communautés, de la même manière, je dois commencer à sensibiliser ma famille. Donc, toutes les fois où j'ai une image, un témoignage, je récupère le témoignage, je fais une séance d'entretien avec la famille et je leur dis : "Voyons ensemble ce que j'ai vu".

    On pourra, vous pensez, Finda, vaincre ça un jour ?

    Oui, je disais que je tiens souvent des entretiens de famille avec mon mari, sur lequel je dois jouer d’abord, pour lui faire comprendre que nous devons épargner notre fille. Mais là, j’ai déjà l'aval de mon mari parce qu'il a compris, ma famille, mon frère. Je peux ne pas avoir l'envie et quitter. Mais là, ma fille va subir. Je leur ai dit : "Même si je ne suis pas là, épargnez ma fille de l’excision". Et en même temps, je dois jouer sur l'enfant, sur notre petite fille. Je lui dis, elle n'a que 2 ans, mais au fur et à mesure, je lui dirais les conséquences de l’excision.

    Merci beaucoup Finda IFFONO, cheffe du projet "Sauvons les filles de l’excision" pour cette journée mondiale contre les mutilations génitales féminines. Merci pour ce témoignage aujourd'hui.

    Merci. C’est moi qui vous remercie.

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    00:08:19
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