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  • L'invité

    Mohamed Sifaoui

    Invité : Mohamed Sifaoui, journaliste, spécialiste du terrorisme islamique, auteur de "Une seule voie : l'insoumission".

    Alors que le président Macron a annoncé mardi un nouveau plan de déradicalisation et qu'une nouvelle planque à explosif a été découverte, de nombreux djihadistes pourraient revenir en France après les défaites de Daech en Syrie. Le journaliste Mohamed Sifaoui publie un livre où il appelle à l'insoumission face à ces menaces : "Une seule voie : l'insoumission".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Mohamed SIFAOUI, vous êtes historien, journaliste (du livre) " Une seule voie l'insoumission", vous êtes l'un des spécialistes de l'islam politique, de la radicalisation et du terrorisme, merci d'être avec nous. Emmanuel MACRON, le président de la République annonçait des nouveaux centres de déradicalisation en France, un nouveau plan après un autre, mais cette fois vous y croyez ?

    Non, pas du tout, parce que d'abord le terme déradicalisation est un terme qui n'est pas du t (...)

    Bonjour Mohamed SIFAOUI, vous êtes historien, journaliste (du livre) " Une seule voie l'insoumission", vous êtes l'un des spécialistes de l'islam politique, de la radicalisation et du terrorisme, merci d'être avec nous. Emmanuel MACRON, le président de la République annonçait des nouveaux centres de déradicalisation en France, un nouveau plan après un autre, mais cette fois vous y croyez ?

    Non, pas du tout, parce que d'abord le terme déradicalisation est un terme qui n'est pas du tout adapté à la réalité. J'aurais préféré qu'on prenne le taureau par les cornes et qu'on fasse une vraie politique de la ville par exemple, et qu'on fasse, en même temps, une vraie politique de prévention à la radicalisation, parce que la radicalisation en fait, c'est l'adhésion à un projet totalitaire extrémiste, c'est un cheminement de l'aboutissement d'un cheminement personnel. Donc, il faut que "la personne" se déradicalise presque d'elle-même en faisant le chemin inverse. Il est très difficile d'aller prêcher une bonne parole uniquement face à quelqu'un qui est déjà obnubilé par une doctrine extrémiste.

    Là, il s'agit d'ouvrir notamment des centres qui accueilleraient, non plus seulement des volontaires, mais des personnes mises en examen pour des faits liés à la radicalisation mais qui ne sont pas incarcérées.

    Oui, enfin je leur souhaite bonne chance. Moi, je n'ai jamais voulu rentrer dans ces débats, dans ces logiques je dirai d'approximative, ce petit bricolage pour… Je vais vous dire pourquoi. Le sujet du terrorisme islamiste est un sujet sérieux, ça coûte la vie à des gens, ça blesse d'autres personnes, ça traumatise d'autres enfants. Et si vous voulez le prendre avec autant de légèreté, croire qu'en allant puiser ici et là des petites bricoles, des gens qui s'autoproclament plus ou moins sachant, etc. , sans vraiment produire une véritable politique de fond, qui intègre une lutte idéologique nécessaire contre les promoteurs de l'islam politique, je dirai : "Bon, c'est de la com" comme dans d'autres pays aussi, on a fait exactement la même chose, c'est de la com et on voit les résultats, très souvent.

    Oui, alors.

    Donc, moi je ne veux pas jeter la pierre. Si ça part d'une bonne intention, je leur souhaite bon courage, mais voilà, on fera le bilan au bout de quelque temps.

    Mais Mohamed SIFAOUI, il y a tous ceux qui, face aux défaites de Daesh en Syrie, aujourd'hui, on voit finalement que l'armée syrienne reprend le dessus. Combien de Français partis faire le djihad vont revenir sur le sol français et constituent-ils cette menace ?

    Qu'il y ait 200, 300, 400, voire 500 qui reviennent, c'est un vrai sujet qu'il faut traiter, c'est un sujet de sécurité nationale. Mais, moi je ne suis pas policier, je ne suis pas non plus magistrat. Les lois existent. Les lois antiterroristes existent et le dispositif, l'arsenal existe. Donc, l’État peut très bien se prémunir avec ce qui existe. Les services de renseignement font généralement très bien leur travail, si tant est qu'on leur donne les moyens. La question qu'il faut poser aujourd'hui est une question politique de fond. Quel projet de société voulons-nous défendre afin que notre jeunesse soit mise à l'abri des tentations obscurantistes et extrémistes ? C'est ça le vrai défi. Quand vous avez en France ou ailleurs, en Belgique ou dans d'autres pays européens, de véritables ghettos ethnoreligieux qui sont livrés littéralement aux recruteurs islamistes, où la puissance publique s'est totalement retirée, où il y a un lien social qui est rompu, où vous avez parfois des enfants qui sont déscolarisés et qui sont mis dans des écoles prétendument religieuses et qui sont en fait des écoles qui sont gérées par les Frères musulmans ou par d'autres groupuscules salafistes, comment voulez-vous après construire des centres de déradicalisation et dire qu'on veuille vous prendre au sérieux ? Ce n'est pas sérieux, parce que tout simplement la politique de fond, celle qui donnera des résultats dans 10 ans, pas celle qui donnera des résultats au bout, ou qui ne donnera même pas de résultats, au bout d'un mandat, mais vraiment une politique de fond, c'est comment mener une politique de la ville afin de réaliser plus de mixité, de métissage social, ethnique et religieux, afin justement de ne pas faciliter la tâche aux recruteurs, aux endoctrineurs et leur permettre finalement d'avoir sur un plateau une communauté donnée qu'on va travailler au corps, au quotidien et chez qui on va transmettre, je dirai à doses homéopathiques pas, d'ailleurs cet islam rigoriste, intégriste qui peut parfois, sur certains aspects, être violent.

    Oui, Mohamed SIFAOUI, je parle du livre publié chez Plon : "Une seule voie l'insoumission", c'est le titre et d'ailleurs, on peut dire aussi que… vous dites dans ce livre que la France aujourd'hui, et je vous cite : "est soumise à la haine". Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

    C'est-à-dire que nous sommes, malheureusement, presque contraints parfois, et on l'a vu lors des dernières élections, d'être, je dirai des gens comme nous qui sont porteurs d'un message républicain, qui sont porteurs d'un message, qui croit dans la démocratie et dans le corpus démocratique, quasiment piégés dans un débat qui s'installe, un antagonisme entre un extrémisme religieux et un extrémisme politique qui est incarné très souvent par soit l'extrême gauche, soit l'extrême droite, et qui s'exprime de différentes manières. Donc, il y a eu des haines et des violences qui se manifestent de plus en plus dans nos sociétés, qui sont les résultats justement de la création de ces antagonismes, où les gens se sentent presque obligés de (inaudible) leur discours pour exister. Donc, moi je dis qu'il faut, au contraire, mettre en place des dispositifs, à même de réenchanter la République, des principes comme la laïcité, le féminisme, le vivre ensemble, l'antiracisme, la démocratie en définitif, et tout ce corpus-là…

    Vous dites dans ce livre, vous dites finalement par exemple laïque, vous dites "on les traite de laïka", vous dénoncez ce que vous appelez les islamo-gauchistes, vous dénoncez un certain nombre d'intellectuels que vous qualifiez d'idiots utiles de l'islamisme.

    Oui, ce n'est pas nouveau. Nous savons que l'islamisme a pu prospérer en France et dans plusieurs pays européens grâce à des agents toxiques qui ont fait ou mené des politiques ou mené je dirai une logique, enfin d'avoir développé des discours qui ont facilité la tâche à ces islamistes.

    C'est-à-dire, vous parlez de qui plus précisément ?

    Je ne vais pas citer des noms.

    Je veux dire, quel discours ?

    Je pense par exemple pour être très précis, puisque je vous parlais des ghettos ethnoreligieux, je parle de certains maires qui ont mené une politique clientéliste et qui ont fait en sorte à faciliter la tâche à certaines associations islamistes. Et on a vu le résultat que ce soit en Seine-Saint-Denis ou que ce soit en Belgique, à Molenbeek, qu'est-ce que ça a donné ce type de, je dirai de politique, je parle de certains intellectuels qui ont préféré la lâcheté et la démission d'éclair à une mobilisation contre un totalitarisme. Alors, ces gens, qui se réclament très souvent, c'est pour ça qu'on les appelle les islamo-gauchistes, des gens qui se réclament très souvent de la gauche, qui finalement trahissent les valeurs essentielles de la gauche que sont le féminisme, la laïcité, l'égalité, etc. , et qui vont, tout en fustigeant par exemple les intégristes catholiques, vont s'accommoder des intégristes musulmans. Et ça, c'est, pour moi, une véritable anomalie, parce que ce sont des gens, généralement, qui développent plus d'énergies à fustiger ou à critiquer ou à faire de moi un intellectuel ou un journaliste controversé.

    Oui, parce qu'on vous attaque, vous le dites vous-même d'ailleurs, on vous qualifie toujours de journaliste controversé, vous êtes menacé de mort. C'est dit dans ce livre.

    Oui, mais c'est ce que je vous disais, c'est-à-dire que ces gens-là, je dirai ont plus de courage à fustiger des personnes comme moi à aller se mobiliser contre des islamistes, c'est-à-dire contre les vrais barbus. Vous voyez moi, c'est juste une barbe à la mode, de circonstance.

    On vous a accusé de tout, on vous a accusé d'être un espion, quand vous étiez en Algérie.

    J'ai eu droit quasiment, y compris d'ailleurs, à l'accusation d'être un meurtrier. Les gens qui ont l'habitude de surfer sur Internet le savent. Donc, on a tout fait. En vérité, ces accusations visaient une seule chose et continuent de viser une seule chose, c'est d'essayer de délégitimer la modeste parole, qui est la mienne. Et ce qui m'a caractérisé, les gens qui me lisent et qui m'écoutent depuis des années, finalement, c'est pour ça que je dis "les chiens aboient et la caravane passe", c'est la constance. C'est-à-dire que depuis je pense, depuis le temps que vous m'invitez gentiment à m'exprimer devant vous dans cette émission. Vous avez vu, je n'ai jamais bougé d'un iota mon discours, ç'a toujours été le même.

    Merci Mohamed SIFAOUI, ça s'appelle "Une seule voie l'insoumission", pour prolonger donc le débat, publié chez Plon. Merci d'avoir été avec nous.

    Merci à vous.

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