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  • L'invité

    Charles Enderlin

    Invité : Charles Enderlin, journaliste et auteur franco-israélien.

    Quarante-cinq ans de journalisme, dont trente-cinq comme correspondant à Jérusalem, la SCAM va rendre hommage à Charles Enderlin, témoin engagé d´un monde en conflit permanent. Le journaliste réagit à l´actualité et notamment à la colère d´Israël après le vote en Pologne d´un projet de loi controversé sur la Shoah.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Charles ENDERLIN, 45 ans de journalisme. Pendant 35 ans, correspondant à Jérusalem, notamment pour Antenne 2 et TV5 Monde. C'est une vie de témoin engagé, c'est le terme qui est choisi par la Société des auteurs pour vous rendre hommage toute la semaine prochaine à Paris. "Témoin engagé", pourquoi Charles ENDERLIN ? Pour témoigner sur votre époque, pour témoigner sur votre temps ?

    Eh bien, écoutez, tout d'abord, je crois qu'être témoin dans cette partie du monde avec le con (...)

    Bonjour Charles ENDERLIN, 45 ans de journalisme. Pendant 35 ans, correspondant à Jérusalem, notamment pour Antenne 2 et TV5 Monde. C'est une vie de témoin engagé, c'est le terme qui est choisi par la Société des auteurs pour vous rendre hommage toute la semaine prochaine à Paris. "Témoin engagé", pourquoi Charles ENDERLIN ? Pour témoigner sur votre époque, pour témoigner sur votre temps ?

    Eh bien, écoutez, tout d'abord, je crois qu'être témoin dans cette partie du monde avec le conflit israélo-palestinien, avant cela, les guerres entre Israël et l'Égypte, il y a eu l'Israël Liban, l'Israël Syrie, il y a eu tellement d'événements, effectivement, on considère que vous êtes engagé à cause du langage que vous utilisez. Imaginez qu'en Israël, eh bien, on parle de territoire palestinien occupé; ça vous place tout de suite déjà dans ce que les Israéliens considèrent comme la Gauche, c'est occupé. Si vous utilisez le terme territoire disputé ou territoire administré, eh bien, ce sont les Palestiniens et la Gauche israélienne qui vous dira : "Ce n'est pas le cas".

    Donc, doit être extrêmement difficile de traiter ce sujet, ce conflit.

    Écoutez, non, je ne pense pas parce qu'il suffit simplement, dès le début, d'avoir des principes clairs dans le langage. J'ai utilisé le langage de la communauté internationale, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas.

    Oui, tout en ayant conscience que ce conflit était permanent. Vous êtes plutôt pessimiste sur l'avenir ?

    Écoutez, j'essaye d'être réaliste et je crois qu'aujourd'hui, le conflit israélo-palestinien est arrivé à un point de non-retour. Pour la première fois dans l'histoire, une administration américaine, l'administration TRUMP, et un gouvernement israélien, le gouvernement NETANYAHU, ont pu réaliser une véritable alliance pour imposer un règlement à l'Organisation de Libération de la Palestine, à l'OLP, avec Mahmoud ABBAS. C'est un grand tournant dans le conflit qui ne présage rien de bon. Cela veut dire que… On a déjà les premiers détails, il propose aux Palestiniens une espèce d'arrangement intérimaire, 38 % de la Cisjordanie pour les Palestiniens. Même SHARON proposait 40 %. Jérusalem Est, une capitale provisoire à Abou Dis, dont on avait parlé au début du conflit, c'est un quartier à l'Est de Jérusalem; eh bien, maintenant, il se trouve de l'autre côté du mur de séparation qui fait 9 mètres de haut. Donc, une impasse absolue, ABBAS est au pied du mur, visiblement ne sait pas quoi faire. Ses alliés traditionnels, les Égyptiens et les Jordaniens, lui disent : "Surtout, il ne faut pas dissoudre l'autorité autonome, cela remettrait en question les traités de paix israélo-jordanien et israélo-égyptien". Or, aussi bien le général SISSI que le roi ABDALLAH ont besoin de l'aide sécuritaire, de la coopération sécuritaire avec l'Israël, donc, ils sont bloqués. Il y a des problèmes d'argent. Ceux qui peuvent financer aujourd'hui l'autorité palestinienne, c'est l'Arabie saoudite qui veut un accord avec Donald TRUMP, donc un blocage absolu, une impasse, et les impasses, dans cette région du monde, ne mènent jamais à de bonnes choses.

    Notamment pas à la création, un jour, de 2 États, vous n'y croyez pas ? Ça, je pense que la…

    Il ne faut jamais dire jamais sur les possibilités au Proche-Orient. J'ai quand même été surpris plus d'une fois pendant ma carrière. Cela dit, 400 000 Israéliens habitant 60 % de la Cisjordanie qui est virtuellement annexée, cela veut dire qu'il est quasiment impossible de créer une Palestine indépendante aux côtés d'Israël, donc tout cela ne présage rien bon. Je suis aussi assez déçu de l'attitude de mes confrères, les grandes rédactions des chaînes françaises généralistes et d'informations. On est à un grand tournant au Proche-Orient. On va vers des choses visiblement très graves. Tenez, hier encore, un éditorial très important du quotidien Haaretz parlait de risque de guerre prochaine entre Israël et le Hezbollah au Liban, donc tout cela mériterait d'être, à mon avis, beaucoup plus couvert et analysé sur les grandes chaînes des médias en France.

    Oui, et au fond, ils se disent quoi ? Que ce conflit est interminable ? Vous ne vous êtes pas dit ça pendant 35 ans ?

    Non, parce qu'il y a eu tellement de développements au fur et à mesure et puis il faut quand même suivre… Cela dit, effectivement, mes 4, 5 dernières années de correspondant de France 2, on me prenait très peu sur le conflit israélo-palestinien, ce qui, en fait, était est dommage parce que les choses changent. Souvenez-vous, lorsqu'il y a eu les grands attentats, Charlie HEBDO et puis le Bataclan, tout à coup, le public français se dit : "Qu'est-ce qui se passe maintenant ? On nous attaque ? Il y a des attentats, mais pourquoi ils font ça ?" Alors qu'il n'y avait pas eu de préparation, pas de véritables analyses, pas d'explications profondes de ce qui se passait. Il a suffi de 2 grands attentats pour que les Français commencent à comprendre les dangers du djihadisme et de l'islam radical. Pourquoi attendre les catastrophes ?

    Vous l'avez vu ce danger grandir, pendant toutes ces années, Charles ENDERLIN ?

    Ah, oui. Ah, oui, ah oui. Une partie de certaines institutions communautaires m'ont toujours attaqué en raison de ma critique de l'occupation, mais j'ai régulièrement couvert le développement de l'islam radical, notamment à Gaza, qui a été développé et encouragé par les autorités israéliennes, par l'armée israélienne. J'ai publié un livre qui s'appelle "Le grand aveuglement : Israël l'irrésistible ascension de l'islam radical". Il faut se souvenir qu'en 1973, c'est le gouverneur de Gaza qui, avec le Cheikh YASSINE, à l'époque, on ne savait pas qu'il allait fonder le Hamas, mais il était déjà un islamiste déclaré. Eh bien, ils ont inauguré l'immeuble des Frères musulmans à Gaza, approuvé par l'administration militaire israélienne. Alors, oui, il y a également un problème fondamental pour des Européens, des Français, de comprendre la nature de ce que certains appellent la religion très forte, l'intégrisme. Oui, bon, il y a les intégristes, mais il faut les surveiller, il faut voir où ils vont, et je crois que ça, c'est très important.

    Un mot sur l'actualité : l'Israël très irrité par une loi votée par le Sénat polonais punissant de prison ceux qui diront ou accuseront la Pologne dans, finalement, la machine de la mort nazie qui était installée sur leur territoire pendant la Seconde Guerre mondiale.

    D'abord, il faut, effectivement, dire que les camps de la mort en Pologne, c'étaient des camps de la mort allemand, nazi, en territoire polonais. Près de 6 millions de Polonais sont morts durant la Seconde Guerre mondiale, assassinés d'abord par les Allemands, et en partie aussi par les Soviétiques. Maintenant, cette affaire sur la responsabilité de la nation polonaise dans des pogroms qui ont eu lieu avant la Seconde Guerre mondiale et aussi après la Seconde Guerre mondiale, extrêmement grave, oui, il y a eu cela. C'est une affaire politique, également du point de vue israélien, parce que cela embarrasse pas mal le Premier ministre Benyamin NETANYAHOU qui compte beaucoup dans les débats européens sur le soutien des dirigeants d'Europe de l'Est, que ce soit ORBÀN ou les Polonais.

    Merci beaucoup Charles ENDERLIN, "Un témoin engagé", hommage à la SCAM qui vous salue, vous le journaliste. Merci beaucoup Charles ENDERLIN.

    Merci.

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    00:07:45
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