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  • L'invité

    Mahamat-Saleh Haroun

    Invité : Mahamat-Saleh Haroun.

    Le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Grand prix du festival de Cannes et actuel ministre de la Culture au Tchad, sort « Une saison en France » (avec Sandrine Bonnaire et Ériq Ébouaney », récit poignant sur le sort des réfugiés à Paris. Un film soutenu par TV5MONDE.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Mahamat-Saleh Haroun,

    ministre du tourisme, de la culture, de l'artisanat,

    et maintenant en plus de la Jeunesse et des Sports au Tchad,

    mais surtout immense cinéaste africain récompensé à Cannes,

    et c'est un film événement qui sort cette semaine

    "Une Saison en France" avec Eriq Ebouaney et Sandrine Bonnaire,

    un film poignant sur la situation des réfugiés, vécu dans leur quotidien en France.

    (...)

    Bonjour Mahamat-Saleh Haroun,

    ministre du tourisme, de la culture, de l'artisanat,

    et maintenant en plus de la Jeunesse et des Sports au Tchad,

    mais surtout immense cinéaste africain récompensé à Cannes,

    et c'est un film événement qui sort cette semaine

    "Une Saison en France" avec Eriq Ebouaney et Sandrine Bonnaire,

    un film poignant sur la situation des réfugiés, vécu dans leur quotidien en France.

    Absolument, oui.

    Parce que il ne me semble pas avoir vu un film dans le cinéma français récent

    parlant vraiment des réfugiés de cette manière-là.

    J'ai choisi cet angle pour son originalité, pour sa simplicité, pour sa normalité même.

    À la limite, c'est comme ça, mais je me dit qu'on devrait filmer les êtres humains.

    Et non, au quotidien, c'est-à-dire raconter comme ça la vie individuelle de ces gens,

    leur intimité, je ne l'ai pas vu à l'écran.

    Souvent c'est des clichés, souvent c'est cette partie spectaculaire

    quand ils traversent la Méditerranée,

    quand ils arpentent les sables du désert,

    quand ils marchent dans les montagnes,

    mais c'est une espèce de masse informe en fait, et qui n'a pas de visage.

    Et moi, je voulais donner un visage, une histoire, une réalité à ces gens là,

    parce que chacun est unique, et c'est ça que j'ai essayé de raconter.

    C'est une images poignantes.

    C'est Une Saison en France, Mahamat-Saleh Haroun.

    Oui, Une Saison en France, c'est le temps, la durée, de l'attente,

    de ce temps d'inertie imposé par l'administration.

    Vous déposez un recours,

    vous êtes auditionné par la Cour nationale du droit d'asile,

    et après, vous attendez à peu près l'équivalent d'une saison, c'est à dire 3 mois,

    pour avoir la réponse.

    Plongée dans ce quotidien au cinéma, extrait de la bande annonce

    Asma, tu gaspilles l'eau.

    Ça coûte cher, tu sais.

    Bon les enfants, il faut que je vous dise quelque chose.

    Ah non, on ne va pas encore changer d'appartement ?

    Si. Ça, c'est provisoire.

    Un jour, chacun aura sa grande chambre.

    Tu le jures ?

    Oui.

    Voilà, ça fera 5 euros Madame.

    Merci, au revoir.

    Qu'est-ce qu'il avait à reste planter là, il te draguait ?

    C'est bien, ça fait des clients en plus.

    Ça fait des clients en plus, mais dis donc, tu te prends pour qui, toi ?

    J'ai reçu du courrier pour toi.

    Encore ?

    Oui. Une lettre recommandée.

    M. Mahadjir est obligé de quitter le territoire français dans les 30 jours

    pour être reconduit d'office à destination du pays dont il détient la nationalité.

    Tu sais, je tiens beaucoup à toi, moi aussi.

    Il n'y a plus de place pour les gens comme nous en France. Il faut partir.

    Et où veux-tu qu'on aille là-bas ? Moi je reste ici.

    C'est ce destin incroyable.

    Ce personnage incroyable qui est Abbas,

    qui représente finalement tant de vérité,

    personnage de ces réfugiés qu'on croise dans la rue.

    Absolument, oui. Parce que tous les réfugiés…

    je me dis, tous les réfugiés qu'on croise comme ça dans la rue sont une tragédie, en fait.

    Ce sont des gens qui transportent une tragédie,

    parce que je ne pense pas que les gens se mette en branle comme ça,

    quittent leur terre natale, pour le fun.

    Ils sont arrachés de là, ils sont éjectés.

    Et Abbas revient vers cette terre, de ce lieu de mémoire qu'est la France.

    Je suppose qu'il a été peut être un étudiant,

    qu'il a quelque chose en partage avec ce pays qui est la langue qu'il transmet,

    puisqu'il est professeur de français,

    et il revient vers cet endroit en se disant que peut être que c'est l'autre patrie,

    c'est la patrie de la langue.

    Et il rencontre Carole, donc qui est elle-même issue de l'immigration polonaise,

    et qui finalement se lie, finalement leur destin,

    le destin de Abbas va finalement influencer celui de Carole.

    Oui. Tout à fait, oui.

    Parce qu'il me semble que l'histoire des hommes, des femmes, de l'humanité,

    c'est vraiment une question de rencontre,

    et à partir du moment où il y a rencontre, il y a possibilité d'une histoire possible.

    Toute rencontre donne lieu à une histoire potentielle,

    et c'est cette histoire qu'ils écrivent

    parce qu'elle se souvient que ses parents sont venus,

    qu'ils ont vécu peut être à peu près la même chose, il y a longtemps,

    et donc il y a une proximité comme ça.

    Et au-delà de l'amour qui les lie,

    je crois qu'il y a une estime ou une fraternité humaine qui naît d'abord,

    et après, il y a cet amour et ce partage de cette histoire un peu pas facile.

    Oui, oui, et puis il y a les enfants, les 2 enfants.

    C'est d'ailleurs le petit garçon qui fait la voix, qui raconte cette histoire,

    c'est la génération d'après, celle dont on ne parle jamais finalement.

    Absolument, oui. La génération d'après qui voit en fait la première génération

    se battre au quotidien pour sauver cette dignité,

    quitte à en fait être dégradé, déclassé.

    Beaucoup, je pense, j'en connais beaucoup des Africains

    qui ont accepté de faire des boulots, mais vraiment de rien du tout,

    par rapport à leur niveau pour tout simplement donner en fait un avenir à leurs enfants.

    Et ils n'ont pas eu le temps d'écrire leur histoire

    parce qu'ils se battaient pour ces enfants-là et un avenir.

    Et c'est la seconde génération, la deuxième, qui en fait, écrit l'histoire de la première.

    Oui. Ce film tourné, c'est votre premier film d'ailleurs, Mahamat-Saleh Haroun,

    tourné en France, tourné à Paris, qui raconte finalement ce destin,

    mais finalement, cette obsession de vivre,

    mais face évidemment à une administration, face à ce refus.

    J'allais dire, d'une certaine façon, face à ce processus d'effacement des individus.

    Absolument, oui. C'est terrible, mais en fait ce problème devient très central.

    Maintenant, celui des réfugiés, et tout ça.

    Mais il faut dire qu'on parle tellement des étrangers depuis plusieurs décennies

    que à un moment, il y a un imaginaire qui s'est forgé.

    Et oui, l'administration qui juge et qui étudie des dossiers,

    et non pas des êtres humains.

    Et moi, je voulais les inscrire dans une humanité,

    poser d'abord un regard humain avant de considérer que c'est juste des dossiers.

    Oui, il y a la violence des images, qu'on connaît de Calais.

    Vous, vous allez tourner à Calais, mais il n'y a plus personne,

    il y a juste les résidus finalement, de cette présence humaine.

    Absolument, oui. Et c'est cette violence en fait,

    parce que tout le monde se souvient un peu partout dans le monde

    des images de la jungle, comme on l'appelait, de Calais.

    Et il y avait du monde, et soudain il n'y a plus rien,

    donc ça a été complètement effacé, il reste tout simplement la mémoire,

    les traces qui constituent une mémoire.

    Et ce qu'on oublie, et c'est en cela que toute politique migratoire paraît injuste,

    parce qu-on ne peut pas effacer cette mémoire-là.

    Elle est là, et elle est imprimée chez certains comme chez Carole,

    qui arrive là, et qui va avoir elle-même, je me dis, un cauchemar,

    comme le début du film, c'est-à-dire Abbas un cauchemar,

    il revoit sa femme qui est décédée, qui est morte, qui a été tuée.

    Et je me dis que elle-même va trimbaler cette mémoire-là

    parce qu'elle a vécu avec des gens qu'elle a aimé,

    et qui soudain disparaissent totalement.

    C'est aussi la possibilité qu'en France,

    on puisse financer ce genre de films,

    et c'est ça aussi qu'il faut rappeler la grandeur de la France, c'est ça, c'est ce sujet.

    Même s'il est gênant, c'est quand même…

    il y a des gens qui financent pour que cette espèce de point de vue puisse exister.

    Et ça, je pense qu'il n'y a pas beaucoup de pays qui peuvent le faire.

    Merci beaucoup, merci Mahamat-Saleh Haroun.

    Une Saison en France, un film soutenu par TV5 Monde.

    On était ravis de vous recevoir aujourd'hui.

    Moi aussi, merci beaucoup. Merci.

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