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  • L'invité

    Yasmina Khadra

    Invité : Yasmina Khadra, écrivain algérien.

    Son nouveau livre, "Ce que le mirage doit à l'oasis", est une véritable ode au désert algérien et une invitation à la poésie. Il est illustré par le peintre tunisien Lassaâd Métoui.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    "Ce que le jour doit à la nuit", "l’Attentat", tant de best-sellers. Yasmina Khadra est mon invité. C'est l'un des auteurs francophones les plus lus au monde. Le voici qui nous entraîne dans un univers poétique, incroyable. C'est l'univers du désert, "Ce que le mirage doit à l’oasis". C’est qu’au fond Yasmina Khadra, "mirage" et "oasis", c'est la même chose ?

    Oui, ils sont indissociables. Et puis, ça a aussi un rapport direct avec notre vie. Ce que nous avons et ce que nous croyons (...)

    "Ce que le jour doit à la nuit", "l’Attentat", tant de best-sellers. Yasmina Khadra est mon invité. C'est l'un des auteurs francophones les plus lus au monde. Le voici qui nous entraîne dans un univers poétique, incroyable. C'est l'univers du désert, "Ce que le mirage doit à l’oasis". C’est qu’au fond Yasmina Khadra, "mirage" et "oasis", c'est la même chose ?

    Oui, ils sont indissociables. Et puis, ça a aussi un rapport direct avec notre vie. Ce que nous avons et ce que nous croyons avoir, ce que nous possédons, ce que nous croyons posséder, ce que nous sommes, ce que nous croyons être. Donc, il y a le mirage, il y a l’oasis, l’authenticité et l'illusion.

    C'est incroyable ce livre publié chez Flammarion. C'est aux sources de votre enfance, de vos parents, ou finalement de ce désert qui vous a nourri.

    C'est surtout un retour. J'avais besoin de ce retour. Je suis allé trop loin. Trop, trop loin. Il fallait que je revienne aux sources de toutes mes inspirations, là où je me suis vraiment construit. Et voilà, c'était une espèce de… de voyage initiatique à l'envers.

    C’est de Kenadsa, votre enfance dans le sud algérien. C'est le désert d'abord qui est la première image qui vous marque.

    Oui, certainement. Parce qu'au commencement, on ne comprend pas. On regarde, on constate, on observe. Et le désert s'est imposé à moi comme une espèce de prophétie. C'est resté une sorte de prophétie. Quand il y a des questions qui se posent à moi et qui me dépassent, il me suffit de me rendre dans le désert pour d'un seul coup, trouver quelques réponses.

    C'est-à-dire que quelque part, il vous nourrit, ce que je disais, c'est qu'au fond, il apporte quoi à l'homme que vous êtes ?

    L'apaisement, c'est sûr. L’apaisement, c’est aussi une façon de se réconcilier avec ses déboires, ses déconvenues, pour repartir encore plus fort et plus confiant.

    Il y a des poèmes : "Si tu étais un mirage, je boirais de tes sources. Si tu étais une énigme, je percerais ton secret. Si tu es la mer, je serais ton sel. " Et puis, il y a évidemment l'amour au fond qui est quand même le fondement de tout, Yasmina Khadra.

    C’est indispensable l'amour pour moi. Je ne sais pas haïr, mais je sais aimer. Moi, j'ai écrit ce livre surtout pour essayer de continuer de croire dans tout ce que j'ai fait. À un certain moment, on est traversé par des turbulences, on est un petit peu secoué, mais… En sortant de ce livre, je me suis retrouvé dans une sorte de plénitude. J'étais dans la quiétude la plus fantastique. Ce livre, c'est aussi une invitation à la découverte du désert algérien. Il faut impérativement…

    Et qu’est-ce qu’il y a de si fascinant parce que je crois qu’aucun désert ne se ressemblent. 

    Oui. Tous les déserts sont fascinants, mais nous avons une variété de désert en Algérie. On a le Tassili, le Hoggar. On a les erg, on a le reg. On a même aussi la hamada. Voilà, c’est un voyage à travers toute la toute la beauté et toute la sérénité de la terre.

    Il y a des œuvres qui accompagnent ce livre, ils sont signés Lassaâd Metoui qui est Tunisien. C’est son regard à travers… On voit ces peintures extraordinaires, pleine de couleurs.

    Oui, c’est l'enfant du désert, lui aussi. C’est quelqu'un… Et puis, je l'aime beaucoup, c'est quelqu'un de très pur. Il se donne en entier et il est d'une générosité extrême. Quand on s'est rencontré il y a sept ans, on a parlé d'un projet commun. Et l'année dernière, on a eu un petit temps pour faire ce travail ensemble.

    Il voit des couleurs, je le disais. Regardez, c’est incroyable ça. Il y a tout ça dans le désert ? Il y a autant de choses ? Parce qu'on dit que dans le désert, il n'y a rien, c'est le vide. Ce n'est pas vrai ?

    Oui, c’est une impression. Le désert, c'est d'abord une illusion d'optique. Aussi, il faut savoir ce qu'on veut. Le désert, c'est un livre ouvert. Vous trouvez exactement ce que vous cherchez. Si vous voulez la paix, vous trouverez la paix. Si vous voulez vous détruire, vous vous détruirez dans un désert. Il y a une magie. Il y a une prophétie. Il y a un enseignement. Il nous renvoie surtout à notre infinitude, à notre inconsistance. Voilà, il nous dit… Que nous dit le désert ? Voilà, j’y ai été une fois, des forêts inexplicables, il y avait des animaux rois, il y avait des cascades partout, des fleuves tentaculaires. Et regardez ce que je suis devenu à travers les âges. Donc, il nous renvoie aussi à notre infinitude. Et c'est là où l'on devient vraiment conscient du besoin pour nous de faire quelque chose dans notre vie.

    C'est là où, vous aussi, vous avez découvert l'amour de la littérature. Parce qu'au fond, on le voit, dans ce livre et vous le dites : "Un livre qui me manque, c'est comme une amputation." Et qu’au fond, finalement, ce désert vous ouvre vers cet imaginaire.

    C'est surtout les miens qui m'ont ouvert la littérature et les miens ont été imprégnés par le désert. Quand j'étais petit, je n'entendais pas les gens dire des choses, comment dirais-je, au roturière, il y avait toujours de la noblesse dans ce qu'il disait. Il y avait la poésie, il y avait les versets, il y avait des métaphores fantastiques. Et ça, ça se mariait parfaitement avec les mirages, avec les réverbérations lointaines, avec l'immensité, avec l’infinitude du désert.

    Vous dites : "Aucun Mirage ne saurait accoucher de l'oasis si on ne sait pas déceler la nudité du désert."

    Ah oui, parce qu'on est nous-mêmes nus. On est face à sa propre vérité. Vous savez, beaucoup de gens pensent que le désert, c'est la solitude. C'est faux. Le désert, il nous restitue à nous-mêmes. C’est-à-dire, on est avec soi, avec nos absences, avec nos fantômes, avec nos espérances, avec nos rêves, avec même nos interdits. Tout, il y a tout un monde autour de nous quand on se croit seul dans le désert.

    Quand vous dites "le désert c’est rhabiller notre âme". Le désert est nu, mais il habille votre âme.

    Oui, l'âme. Le corps, il peut porter ce qu'il veut. Mais, jamais il ne ferait de l'âme une lumière. C’est à l'âme elle-même de prouver que quelque que soit ce qu'elle porte, que ce soit des hardes ou bien de la soie, elle est toujours elle-même.

    On voit ces décors incroyables. Ce désert épure notre esprit. Ça, c'est mystique quasiment, Yasmina Khadra.

    Avant, je retournais fréquemment dans le désert, mais depuis que je suis en France, c'est très difficile pour moi. Mais, je suis quand même allé au point 64, dont je parle dans ce livre, trois fois. Et je vous assure, j’allais avec tout, chargé et saturé de colère, de déception. Et une fois, je passe toujours trois jours et trois nuits dans ce coin-là et après, je suis expulsé de toutes les toxines qui polluent mon être.

    C'est vrai.

    Ouais. Je suis… C'est comme si je renaissais à la lumière du jour.

    C'est incroyable. Comme une sève qui (inaudible) Rien qu’en préparant cette émission, j'ai du sable dans mes veines. C'est vrai, ça ?

    Oui, j'ai du sable… Et puis, j'invite aussi les gens à découvrir ce désert algérien. Il faut impérativement le découvrir. Peut-être que ça va nous assagir un petit peu.

    Il change tout le temps. Là, on voit les lumières, les formes.

    Oui, mais même les dunes sont ambulantes. Les Balkans, par exemple, ce sont des dunes qui avancent. Quelquefois, on est face à une ruine et une semaine après, il n’y a plus de ruine, c'est couvert par une colline de sable.

    "Ce que le mirage doit à l'oasis", tout finalement, non, Yasmina ?

    C’est exactement ce que nous devons aussi à nous-mêmes, par rapport à ce que nous croyons posséder.

    C'est un très beau livre poétique, illustré des œuvres de Lassaâd Metoui, publié chez Flammarion. "Le désert raconté par Yasmina Khadra" - "Ce que le mirage doit à l’oasis". C’est un livre extrêmement personnel. On était ravi, Yasmina Khadra, de vous recevoir aujourd’hui.

    Moi, doublement.

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