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  • L'invité

    Beate Klarsfeld, Serge Klarsfeld

    Invités : Beate Klarsfeld, Serge Klarsfeld, respectivement militante germano-israélienne et historien franco-israélien.

    Militants infatigables, les époux Klarsfeld font l'objet d'une exposition au Mémorial de la Shoah : "Beate et Serge Klarsfeld, les combats de la mémoire (1968-1978)".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Un couple exceptionnel pour une visite exceptionnelle, Beate Klarsfeld et Serge Klarsfeld sont mes invités aujourd'hui sur TV5 Monde, Les Combats de la mémoire, une grande exposition à Paris au Mémorial de la Shoah qui rend hommage à votre combat, au combat de votre vie,  celui pour la justice, celui pour la vérité, celui pour le peuple juif. Ça faisait cinquante ans, Beate Klarsfeld vous gifliez le Chancelier Allemand qui avait été un des propagandistes nazis et cet acte fondateur allait tout d (...)

    Un couple exceptionnel pour une visite exceptionnelle, Beate Klarsfeld et Serge Klarsfeld sont mes invités aujourd'hui sur TV5 Monde, Les Combats de la mémoire, une grande exposition à Paris au Mémorial de la Shoah qui rend hommage à votre combat, au combat de votre vie,  celui pour la justice, celui pour la vérité, celui pour le peuple juif. Ça faisait cinquante ans, Beate Klarsfeld vous gifliez le Chancelier Allemand qui avait été un des propagandistes nazis et cet acte fondateur allait tout déterminer. C'était quelque chose qui était symbolique d'abord. C'était la gifle de la jeunesse allemande, de la génération nazie, donc la fille gifle le père nazi. Ça a déclenché beaucoup de choses bien entendu, mais ce n'était pas facile pour en arriver là parce que quand il a été élu en 1966, à l'époque, c'était quand même un chef de gouvernement allemand propagandiste nazi. Ça n'intéressait personne, ni les parlementaires, ni les politiques, même la jeunesse était assez douce parce qu'il y en avait partout, des nazis. Il fallait beaucoup d'action pour arriver à la gifle, la gifle finalement qui a été bien organisée. J'ai réussi, surtout que je m'étais engagée pour Willy Brandt. J'ai réussi qu'un ancien nazi soit chargé par le résistant Willy Brandt pour lequel j'ai fait campagne. Extraordinaire. Serge Klarsfeld, cet acte-là, vous vous en souvenez comme si c'était hier ? Bien entendu, je l'ai appris par la radio. Je savais que Beate risquait sa vie parce qu'elle pouvait être abattue par les gardes du corps. C'était l'année où Martin Luther King et Robert Kennedy ont été battus. Jje savais qu'elle risquait sa vie, qu'elle risquait sa liberté, et en même temps, elle risquait de réussir. Elle a réussi. C'était effectivement pour nous aussi, un acte fondateur parce qu'à partir de là, Beate a dû continuer sa campagne pendant plus d'un an pour arriver au résultat, c'est-à-dire que Willy Brandt remplace Kurt Kiesinger. Tout cela avait commencé sur un quai de métro pour tous les deux, Porte Saint-Cloud. Elle venait du côté Boulogne et moi, je venais du côté Paris. On s'est rencontré… Le 11 mais 1960, c'est un coup de foudre qui vous unit, vous qui étiez né en Roumanie, qui avez perdu votre père à Auschwitz, vous qui êtes née à Berlin, tous les deux unis dans ce destin pour la vérité finalement.. Mon père était dans l'armée française volontaire, dans les volontaires étrangers. Le père de Beate était dans la Wehrmacht, l'armée allemande. Ça montre que le passé n'était pas inéluctable. C'est une sorte de victoire sur le nazisme aussi. Lorsque vous le rencontrez, il vous raconte tout ce qu'il a vécu. Je lui ai donné mon numéro de téléphone quand on s'est séparé dans le métro. Il m'a téléphoné parce que je n'y pensais peut-être pas. Il m'a dragué mais il ne va pas téléphoner. Il a téléphoné dans la famille où j'étais fille au pair, un premier rendez-vous et en effet, Serge m'a raconté l'histoire de sa famille. Vous vous êtes dit quoi à ce moment-là, Beate Klarsfeld ? J'avais commencé à venir en France. J'étais née à Berlin dans une ville de ruines. Je voyais ce qu'étaient les suites de la Deuxième Guerre mondiale. On ne savait pas. L'école ne parlait pas trop de la Shoah, ni des atrocités de la Deuxième Guerre mondiale, mais j'étais un peu préparé en tant qu'Allemande qui venait de Berlin. Quand j'ai entendu l'histoire de Serge, je me suis dit qu'en tant qu'Allemande, j'ai un engagement, pas coupable parce que je suis née en 39, mais quand même historique et moral. Plus tard, j'ai pu réaliser ce que je me suis préparé à faire plus tard. Vous vous dites à ce moment-là, Serge Klarsfeld, je vais retourner aux racines de mon père, me rendre à Auschwitz, savoir où mon père Arnaud est mort, lui qui avait sacrifié sa vie pour vous sauver en vous cachant dans un placard avec votre mère. Je me suis rendu à Auschwitz à une époque où personne n'y allait. Je me suis retrouvé à Birkenau tout seul parce que les visiteurs allaient à Auschwitz 1, le camp mère, le camp métropole on peut dire. A Birkenau ,  le camp des juifs, il n'y avait personne. J'ai compris que j'aurais dû normalement mourir à cet endroit et je me suis, j'appartiens à une catégorie exceptionnelle de Juifs, ceux qui ont vécu la Shoah et ceux qui ont vu la résurrection d'un Etat juif. Il faut combiner les deux. Il faut défendre à la fois être dans le présent et dans la mémoire juive, défendre la sécurité et l'existence d'Israël. En 1967, tous les deux, on a eu l'occasion, en même temps, de nous engager parce que pratiquement en même temps, il y a eu la guerre des Six Jours. Je suis parti avec un ami. Nous sommes partis volontaires. On a pris l'avion. On a acheté nos billets et on est arrivé 48 heures après en Israël. Je suis allé avec l'armée israélienne jusqu'à Kuneitra en Syrie. Beate, c'était l'année où elle menait campagne et où elle a été révoquée, quelques semaines après mon voyage en Israël, de l'Office franco-allemand pour la jeunesse. Elle a commencé une véritable campagne. Le combat contre cela, ça passe par exemple par le fait qu'on a interdit la publication d'œuvres de Céline et pour lequel vous vous êtes engagé, Serge Klarsfeld. Je viens de passer deux, trois semaines à mobiliser contre quelque chose qui paraissait peut-être à beaucoup normal. Les institutions ne réagissent pas immédiatement. Il faut des combattants pour mobiliser et pour barrer la route à ce qui paraît normal, à d'autres qui parlent de la liberté d'expression alors que l'antisémitisme, ce n'est pas une opinion, c'est un délit. Il y a une loi en France, et heureusement, contre la diffusion de textes d'incitation à la haine raciale. On dit un passé qui s'oublie, on est condamné à le revivre. Je n'espère pas. On ne saura pas la fin de l'histoire, on va disparaître.  On ne sait pas ce qui va arriver. C'est imprévisible. L'histoire de l'humanité, ce sont des hauts et des bas. Chaque génération a des défis à affronter. Merci à tous les deux d'avoir été invités et rappeler tout ce parcours incroyable et cette exposition jusqu'à la fin du mois d'avril, jusqu'au 29 avril au Mémorial de la Shoah à Paris, Beate et Serge Klarsfeld. Merci infiniment à tous les deux. Merci à vous. 

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    00:07:21
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