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  • L'invité

    Dr Denis Mukwege

    Invité : Denis Mukwege.

    Le docteur Denis Mukwege, « L'homme qui répare les femmes » violées au Congo, Prix Sakharov 2014, achève une tournée en France où il est venu chercher des soutiens pour forcer Joseph Kabila à quitter le pouvoir en République démocratique du Congo, alors que son mandat s'est achevé en décembre 2016, et organiser des élections libres.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour docteur Denis MUKWEGE, vous êtes connu dans le monde entier depuis le film de Thierry MICHEL, vous êtes connu comme l'homme qui répare les femmes, les femmes violées dans votre pays en RDC, République démocratique du Congo, vous terminez une visite en France, vous êtes venu ici, alerté sur la situation politique de votre pays et en quelque sorte lancer un appel.

    En effet, j'étais invité au Forum positif par Monsieur Jacques ATTALI, et nous avions beaucoup apprécié cet échan (...)

    Bonjour docteur Denis MUKWEGE, vous êtes connu dans le monde entier depuis le film de Thierry MICHEL, vous êtes connu comme l'homme qui répare les femmes, les femmes violées dans votre pays en RDC, République démocratique du Congo, vous terminez une visite en France, vous êtes venu ici, alerté sur la situation politique de votre pays et en quelque sorte lancer un appel.

    En effet, j'étais invité au Forum positif par Monsieur Jacques ATTALI, et nous avions beaucoup apprécié cet échange au niveau du forum et ma diaspora m'a invité effectivement, et m'a exprimé toute sa frustration par rapport à la situation qui se passe en République démocratique du Congo.

    Oui, c'est une situation depuis le 19 décembre 2016, la fin du mandat de Joseph KABILA, celui-ci se maintient au pouvoir sans annonce d'élection.

    Absolument, je crois que nous vivons une situation tout à fait particulière, puisque nous avons une constitution que nous avions votée par référendum en 2006, et normalement en 2006, on devrait avoir des élections à 3 niveaux, donc au niveau local, au niveau provincial, et au niveau national. En 2006, ces élections, n'ont eu qu'au niveau provincial et au niveau national. En 2011 malheureusement, même le niveau provincial a été annulé, donc on n'a pas eu des élections au niveau provincial, et en 2016, il n'y a pas eu d'élection au niveau national et donc voyez que c'est une évolution qui date de 10 ans malheureusement, qui nous conduit dans une situation tout simplement de dictature.

    Oui, vous qualifiez cette situation aujourd'hui de dictature ?

    De toute façon, si la base, si le souverain primaire ne peut pas s'exprimer, et que depuis 2010, on ne peut pas nous dire exactement pourquoi il ne peut pas s'exprimer donc progressivement, notre constitution est en train d'être mise entre parenthèses, et c'est extrêmement dangereux pour une démocratie.

    Vous dites quoi aujourd'hui à Joseph KABILA ?

    Bien, je crois que le message c'est que le contrat qu'il avait signé avec le peuple congolais, cette constitution devrait être respectée. Et aujourd'hui, la chose qui peut sauver la République démocratique du Congo, c'est retourné à l'ordre constitutionnel.

    Quand vous dites : Pour sauver la République démocratique du Congo, vous voulez dire par là qu'aujourd'hui la République est menacée ?

    Elle est menacée puisque, à partir du moment où nous sommes dans une situation où la constitution n'est pas respectée, toutes les institutions qui aujourd'hui gèrent la République démocratique du Congo sont illégales, il y a des conflits qui étaient à l'est, mais qui sont en train de de se déplacer vers l'ouest, nous sommes très inquiets d'une crise humanitaire grave qui peut survenir en République démocratique du Congo, et je crois que la prévention serait quand même de pouvoir remettre les choses en ordre et commencer par l'ordre constitutionnel.

    Oui, vous dites, si Joseph KABILA ne quitte pas le pouvoir, c'est le chaos qui menace votre pays ?

    Mais le chaos est déjà là, je crois que lorsque nous sommes le pays qui compte le plus grand nombre des réfugiés, il ne faut pas chercher les mots, le chaos est déjà là puisque, aujourd'hui, nous sommes parmi les pays les plus pauvres de la planète, alors que nous avons des ressources qui pouvaient nous permettre d'être parmi les nations le plus riches ; et aujourd'hui, quand vous voyez la vie de notre population dans les grandes villes à Kinshasa, et dans d'autres provinces, c'est chaotique. Il faut absolument se rendre à l'évidence que la situation de la population congolaise va très, très mal ; et la seule façon, c'est écouter, avoir des dirigeants que le peuple peut se choisir et créer une certaine redevabilité puisque, monsieur le journaliste, ça aussi c'est un grand problème lorsque l'on est dirigé par des institutions qui sont illégales, qui n'ont pas de comptes à rendre, le résultat c'est qu'il gère le pays dans une façon tout à fait… Comme si c'était un état patrimonial, donc qui appartient à un peu petit groupe et qui utilise les ressources du pays à leur grès et ça…

    Vous dites qu'il détourne ces ressources comme l'ont dit deux ONG, la corruption, le chef de l'état serait coupable de cette corruption ?

    Pouvez-vous vous imaginer un pays de 80 millions d'habitants avec un budget de 4 milliards ? Qu'est-ce qu'on peut faire avec 4 milliards pour 80 millions d'habitants? Est-ce qu'il n'y a pas moyen de maximiser les ressources ? Est-ce que ce sont les ressources qui manquent ? Je pense que dans cette situation-là, il va de soi que la population est dans une situation critique. Dans les 6 mois passés, les fonctionnaires ont perdu jusqu'à 40 % de leur pouvoir d'achat.

    Oui, monsieur MUKWEGE, qui'est-ce qui ferait que Joseph KABILA pourrait quitter le pouvoir provoquer des élections, ce qu'il ne semble pas décider à faire. Qu'est-ce qu'il pourrait le contraindre à ça ?

    Mais respecter le contrat. Je crois que la constitution, c'est un contrat qui est signé entre le peuple et le dirigeant. Et je crois qu'un homme d'État, c'est un homme qui respecte sa parole, et respecter sa parole, c'est lorsqu'on arrive à la fin de son mandat, de pouvoir tout simplement laisser le peuple se choisir d'autres dirigeants.

    Vous avez dit ça à Paris, vous avez eu des interlocuteurs auprès de la communauté internationale , auprès des autorités françaises pour leur donner ce message ?

    Ce message est clair, nous essayons de le dire partout où nous passons, puisqu'il faut absolument éviter que le Congo retombe dans la situation où il se trouvait en 2000, et je crois qu'aujourd'hui c'est là où nous sommes.

    Oui,

    Une nouvelle crise avec un État qui est déliquescent, c'est une crainte absolue que nous puissions entre dans une crise humanitaire.

    Vous avez eu le sentiment docteur MUKWEGE, que l'État français était de votre côté ?

    Je crois que nous comptons beaucoup sur l'État français pour 2 raisons, d'abord puisque nous sommes un pays francophone, derrière le plus grand pays francophone, deuxièmement, la France est un pays de la liberté, et qu'il est membre aussi du Conseil de sécurité, et de ce fait, nous pensons que la France peut jouer un rôle très important dans la crise congolaise, essayer de trouver une solution qui nous évite des pertes de vies humaines.

    Qu'est-ce que vous pourriez faire docteur MUKWEGE, au cas où cette situation se présente ?Transition, vous pourriez être cet homme de la transition pour votre pays ?

    Je crois que discuter de la transition alors qu'il n'y a pas vacances je crois que c'est être dans l'utopie et je pense que l'utopie, ça peut nous amener à faire perdurer la situation, il faut être réaliste, la première chose, il faut d'abord qu'il y ait vacances, qu'il y ait, qu'on rétablisse l'ordre constitutionnel…

    Vous ne sauriez pas apprendre à gérer vos responsabilités ?

    Et je pense que s'il y a vacances, et si en fait, on rétabli l'ordre constitutionnel, la chose qu'il faut faire, il faut organiser les élections, et nous, nous exigeons que les élections soient organisées comme on nous a promis à la fin de cette année 2017.

    Vous devriez vous présenter.

    Je ne suis pas candidat.

    Merci docteur Denis MUKWEGE, d'avoir été aujourd'hui, notre invité pour témoigner sur TV5Monde

    Je vous en prie.

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    00:08:26
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