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  • L'invité

    Mounira Jamjoon

    Invitée : Mounira Jamjoon, cofondatrice et présidente de Emkan Education.

    Mounira Jamjoon fait partie de la délégation saoudienne présente au Women Forum de Paris. À la tête d'une société de conseil en éducation, elle se bat pour l'émancipation des femmes en Arabie saoudite.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Mounira Jamjoom. Vous êtes PDG, co-fondatrice d'une société de conseil en éducation, docteur en éducation à l'Université d'Oxford. Et vous êtes à Paris, avec d'autres femmes d'Arabie saoudite, pour participer au Women Forum, qui a lieu aux côtés de Marlène Schiappa, la ministre française de l'Égalité homme-femme. Vous représentez ce pays, l'Arabie saoudite, où on a vu récemment des femmes prendre le volant, conduire, ce qui n'était pas permis. Ça veut dire que les choses sont en train d (...)

    Bonjour, Mounira Jamjoom. Vous êtes PDG, co-fondatrice d'une société de conseil en éducation, docteur en éducation à l'Université d'Oxford. Et vous êtes à Paris, avec d'autres femmes d'Arabie saoudite, pour participer au Women Forum, qui a lieu aux côtés de Marlène Schiappa, la ministre française de l'Égalité homme-femme. Vous représentez ce pays, l'Arabie saoudite, où on a vu récemment des femmes prendre le volant, conduire, ce qui n'était pas permis. Ça veut dire que les choses sont en train de changer dans votre pays ?

    Bien sûr, les choses sont en train de changer. Ça a tout le temps changé, mais peut-être que les médias n'ont pas vu ça. L'Arabie saoudite est un pays qui est en train de changer, libéré, modernisé. On travaille beaucoup pour l'émancipation de la femme saoudienne. Conduire une voiture, c'est seulement une étape, il y a encore beaucoup à faire.

    Par exemple, qu'est-ce qu'il faudrait encore faire pour les femmes aujourd'hui, en Arabie saoudite ? Il y a beaucoup de choses qui changent maintenant. Par exemple l'entrée des femmes dans le marché, c'est très important pour l'Arabie saoudite, pour diversifier l'économie de l'Arabie saoudite, c'est une priorité maintenant. Il y a encore des choses par exemple dans la loi, qui ont changé aussi, et qui changent, et ça prend du temps. Mais, par exemple, le droit de la femme pour voyager sans son mari, par exemple. Sans un tutorat, on dit. C'est-à-dire qu'il fallait jusqu'ici l'autorisation du mari pour qu'une femme voyage. Oui. Oui. Le concept du tutorat change, mais ça change doucement. Je peux dire que ce qu'il se passe en Arabie saoudite est un assouplissement. On entend très bien quelles sont les demandes de la société de l'Arabie saoudite, c'est une sociétés très diverse. Il y a plus de 13 régions en Arabie saoudite. Alors, il y a beaucoup d'histoires, il faut respecter aussi la société.  On respecte ce qu'on pourrait appeler des traditions, mais vous dites : "Les choses changent sous la pression de cette société", et aussi par la volonté peut-être de ce gouvernement qui souhaite que les femmes prennent… Par exemple, dans le projet qui est actuellement celui-là, passer à 23-28% de la participation des femmes à la population active. C'est faisable, ça ?

    Je pense que c'est faisable, oui, parce que maintenant, on n'a pas plus le choix, il faut qu'on le fasse. L'Arabie saoudite, vraiment, le gouvernement travaille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, c'est vraiment ça maintenant. Parce qu'on n'a pas plus le choix, il faut changer. Il faut une Arabie saoudite qui ne dépende pas du pétrole. Parce que le pétrole, évidemment, vaut de moins en moins cher. Bien sûr. Il faut une Arabie saoudite avec sa richesse, sa jeunesse, ses femmes, et ses talents, ses talents locaux, c'est très important. C'est pour ça qu'on dit toujours : "L'éducation est très importante", l'éducation de la jeunesse, des femmes et des garçons, comment ils travaillent, comment ils vont avoir de la compassion pour le monde, pour comprendre le monde, comment ils vont avoir aussi la "perseverance", comme on dit en anglais, pour travailler pour l'Arabie saoudite. La persévérance pour le pays.

    Oui, la persévérance, merci.

    Vous dites ça effectivement, c'est la volonté de cette nouvelle Arabie saoudite. Vous dites qu'on n'a pas le choix. Pourquoi ce pays a besoin, au-delà des impératifs économiques, d'un changement de société ? Parce que c'est le bon moment maintenant. La société est prête, le gouvernement et le roi héritier veulent pousser les choses. Il veut changer l'image, pas toujours bonne, de l'Arabie saoudite, on va dire. Oui. Si tu lis la première phrase de Vision 2030, elle dit : "L'Arabie saoudite, on veut être le cœur du monde arabe et musulman". Et ça, c'est une image très importante. Quand tu dis "le cœur", ça veut dire que tu dois être fort, tu dois être droit, tu dois être humain, tu dois donner des choses bien pour le monde.

    Alors, il y a malgré tout la religion qui reste importante. Le port de l'abaya noire, reste quand même obligatoire pour toutes les femmes, en Arabie saoudite. Je ne peux pas dire que c'est obligatoire, mais c'est le costume national et c'est un choix aussi pour la femme de porter son abaya. C'est un choix.

    "On a le choix", c'est ça que vous dites aujourd'hui, vraiment ? On met toujours l'abaya, parce qu'on est fières de l'abaya, de la mettre, on est fières, on est saoudiennes. Quand on est en Arabie saoudite, on met l'abaya, parce qu'on est des femmes saoudiennes fières. Et tu as le choix de le mettre quand tu veux. Vous avez fait des études, vous connaissez bien la France. Quand on est saoudienne, on vient en France, on sent cette différence, cette incompréhension parfois ? Vous sentez parfois, qu'on comprend mal votre pays ?

    Je pense qu'il y a beaucoup de pays qui comprennent mal mon pays. Et je pense, je sens que ça change maintenant. Et je sens aussi que la rhétorique en France change aussi. C'est très important que les gens entendent des histoires différentes. Parce qu'aussi la France, c'est différent et il y a beaucoup d'histoires en France. Et c'est la même chose. Je pense que ça change et c'est très important de parler dans les médias de ton pays, de tes rêves. Je suis une femme saoudienne, j'ai des rêves. Et je pense que toutes les femmes du monde ont des rêves et c'est très important qu'on discute de ça. Le wahhabisme restera important ? C'est-à-dire la religion restera quand même le cœur de la société saoudienne ? Je pense que ça aussi change. Il y a beaucoup de voix maintenant et beaucoup "d'interpretations", -c'est plus facile de le dire en anglais-, de l'islam et du Coran. Et je pense que c'est très important de trouver une interprétation qui est progressive et ça change tout le temps. 

    C'est ça que vous dites, en fait. Vous quittez votre pays, vous revenez, vous voyez du changement, vous me disiez ça, en préparant cette émission.

    J'ai vu un changement en dix jours, ça a beaucoup changé, on était très heureuses, vraiment, pas seulement pour conduire, mais par la manière dont les gens parlent de la femme saoudienne, ça a changé, je le sens. C'est-à-dire, vous sentez quoi dans la population ? Je sens qu'il y a un respect, je sens qu'ils sont fiers de la femme saoudienne. Ce n'était pas facile, mais ils étaient très fiers de la femme et c'est très important pour nous.

    Merci beaucoup pour ce témoignage, Mounira Jamjoom. Présente à Paris pour participer au Women Forum 2017. Merci infiniment d'avoir été avec nous. Merci à vous, merci.

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    00:07:35
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