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  • L'invité

    Martin Winckler

    Invité : Martin Winckler, médecin et romancier français.

    Déjà auteur du best-seller "La Maladie de Sachs", adapté au cinéma, Martin Winckler sort un livre choc : "Les Brutes en blanc". Il y dénonce la pratique des actes médicaux imposés aux patients par souci de rentabilité.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    "La maladie de Sachs" s'est vendu à 600,000 exemplaires. Martin Winckler est notre invité pour son nouveau livre événement, "Les Brutes en blanc". On peut dire Martin Winckler, vous qui avez été médecin, aujourd'hui vous vivez au Canada, vous n'y allez pas de main morte avec les médecins, notamment les médecins français. Vous dites : "Ce sont de véritables brutes".

    Non, je ne dis pas que les médecins français sont des brutes. Je dis qu'il y a beaucoup beaucoup de médecins français (...)

    "La maladie de Sachs" s'est vendu à 600,000 exemplaires. Martin Winckler est notre invité pour son nouveau livre événement, "Les Brutes en blanc". On peut dire Martin Winckler, vous qui avez été médecin, aujourd'hui vous vivez au Canada, vous n'y allez pas de main morte avec les médecins, notamment les médecins français. Vous dites : "Ce sont de véritables brutes".

    Non, je ne dis pas que les médecins français sont des brutes. Je dis qu'il y a beaucoup beaucoup de médecins français qui se comportent de manière brutale et que ces médecins français ont été formés par un système, qui est lui-même un système d'enseignement et de formation brutal. Et donc bien sûr qu'il y a des médecins qui sont des brutes. Ce n'est pas les… Non mais "les brutes", c'est un mot qui est quand même très fort. D'ailleurs l'Ordre des médecins a réagi à votre livre, il dénonce une caricature.

    L'Ordre des médecins protège la profession, moi, j'essaye de parler pour les patients. Quand une patiente m'écrit juste : "J'ai ramené mon enfant, mon petit garçon de deux ans et demi, chez la pédiatre. La pédiatre lui a décalotté le prépuce brutalement, sans prévenir, sans me demander mon autorisation, en faisant mal à mon enfant, en me disant : "De toute façon, c'est comme ça qu'il faut faire" ; et en lui prescrivant de quoi le calmer et qu'ensuite, mon gamin a pleuré pendant 36 heures". Et quand elle le fait, alors que je sais que ça n'est pas nécessaire, que ça n'est pas justifié médicalement, c'est une brutalité. On peut même considérer que c'est des coups et blessures. Les obligations des médecins, c'est quoi ? C'est quand ils font quelque chose, d'abord ils demandent l'autorisation du patient. On ne fait pas quelque chose à un patient, sans lui demander son autorisation ou aux parents.

    Oui mais alors on a vu et d'ailleurs, les réseaux sociaux se sont enflammés, après la sortie de votre livre. Il y en a qui dénoncent un titre, je cite "Un titre putassier". Vous parlez donc des brutes en blanc et vous dites : "Tous les médecins sont des brutes". Non, je ne dis pas : "Tous les médecins sont des brutes". Il suffit de lire le livre pour le savoir. En plus, "Les Brutes en blanc", c'est un titre qui est un titre polysémique, puisqu'il fait référence aux "Hommes en Blanc" d'André Soubiran. Et André Soubiran a écrit plusieurs livres, dans lesquels il décrit des médecins dont certains étaient des brutes. Et deuxièmement, c'est "de but en blanc", c'est un jeu de mots sur "de but en blanc". Alors le titre les choque. Le problème, c'est que quand on voit un livre, il faut peut-être s'intéresser au contenu, pas simplement au titre. Et le titre a beau être un titre extrêmement brutal et c'est volontaire… Un peu provocateur aussi. Non, il n'est pas provocateur. Il est brutal volontairement, pour expliquer exactement ce que je ressens et ce que je ressens après 25 ans de pratique et 30 ans de réflexion sur la médecine. Oui. Donc vous, vous dites : "Dans les écoles de médecine, on apprend à être insensible. On se fiche, finalement, des malades". Je pense qu'il y a beaucoup de médecins, qui sont formés par des professionnels de santé qui sont leurs maîtres ; qui effectivement, sont formés, non pas dans l'empathie avec le patient, mais dans une sorte d'attitude, qui consiste d'abord à penser que les médecins sont supérieurs aux patients et en particulier, qu'ils sont supérieurs sur le plan moral. C'est-à-dire qu'ils peuvent dire au patient ce qui est bon pour eux et leur imposer un mode de vie, sans se préoccuper de leurs conditions de vie, sans discuter avec eux. Oui. En particulier envers les femmes là, vous en parlez, notamment les consultations en gynécologie.

    Voilà, moi j'ai pratiqué la santé des femmes pendant très longtemps. Et quand j'entends des femmes venir me dire des choses aussi simples que : "On ne m'a pas expliqué toutes les méthodes de contraception, donc je n'ai pas pu choisir". "On m'a interdit de porter un stérilet, alors que c'était ça que je voulais et que je pouvais le faire". Ou bien encore : "On m'a fait la réflexion à 35 ans : "Mais enfin Madame, vous n'avez pas d'enfants, il serait temps d'en faire" ! " de quoi je me mêle ? De quoi je me mêle ?

    Oui, vous dites : "Ils sont sexistes, ces médecins-là".

    Ah le sexisme vous savez, "Le Quotidien du médecin", qui n'est pas spécialement ni un de mes partenaires, ni un de mes fans, "Le Quotidien du médecin" vient de faire deux articles successifs, dans lesquels il y a une enquête qui a montré que 30% des médecins femmes, font l'objet de harcèlement sexuel, de la part de leurs collègues. Alors, si la profession médicale est sexiste avec ses propres membres, on peut penser qu'elle est sexiste avec les patients aussi. Oui. Non mais là, vous décrivez des comportements à la limite du viol. Il y a des exemples et vous en citez. Absolument. Mais vous ne pouvez pas mettre tous les médecins dans cette catégorie-là.

    Mais je ne mets pas tous les médecins, justement. Ce que je dis, c'est que les comportements de cet ordre-là devraient être dénoncés. Ce qui pose problème… "On ne dénonce pas un médecin qui oblige une femme à se mettre nue, qui tourne autour",  vous décrivez cette situation-là. Absolument. Et le problème si vous voulez, c'est que quand on est dans une profession qui est une profession qui fonctionne comme une confrérie, si vous voulez, on est pris dans un conflit d'intérêts qui est le suivant : ou bien ma loyauté va au patient, c'est-à-dire aux gens que je soigne, ou bien ma loyauté va à mes confrères. Dans le code de déontologie français, les devoirs envers les patients viennent avant les devoirs envers les confrères. Et en toute bonne logique, tout médecin doit d'abord se positionner aux côtés des patients. S'il observe de la part d'un médecin quel qu'il soit, que ce soit un supérieur hiérarchique, que ce soit un confrère, que ce soit quelqu'un qui travaille ailleurs, s'il observe une maltraitance manifeste, et il y en a, sans rien dire… C'est le cas ? Ils ne disent rien les médecins ? Eh bien, la plupart du temps…d'ailleurs vous savez, pas mal de gens qui interrogeaient des médecins sur mon livre… Moi, chaque fois que je rencontre quelqu'un, j'entends une histoire de maltraitance médicale, même quand je parle avec des médecins. En ce moment j'ai une amie, dont le conjoint est en train d'être traité pour une maladie extrêmement grave et il se trouve que cette amie est médecin. Et elle me raconte le traitement qu'on fait subir à son mari, dans l'équipe médicale qui s'occupe de lui, et elle dit : "Mais je suis horrifiée ! Je suis horrifiée, parce qu'il n'y a pas moyen de discuter. Il y a pas moyen de discuter, il n'y a pas moyen d'être rassuré, il n'y a pas moyen d'être écouté". Et tout ça, ce sont des gens extrêmement réputés, qui ont pignon sur rue. Oui. C'est-à-dire on prend les malades pour des cobayes. Vous dites : "Par exemple, on prend les malades pour des cobayes". Eh bien dans une culture, si vous voulez, dans laquelle on pense effectivement que par exemple, dès qu'un patient rentre en CHU, il doit se soumettre au fait qu'il y a des étudiants et se faire examiner par des étudiants, ça veut dire qu'on traite les patients comme des cobayes. Or, le fait d'être dans un CHU, n'oblige nullement un patient à se laisser examiner par un étudiant, s'il ne veut pas. On devrait toujours lui demander l'autorisation et s'il ne veut pas, il devrait pouvoir dire non ; et on devrait lui dire : "Eh bien écoutez, ce n'est pas un étudiant qui va vous examiner". Oui.

    Il y a des pays dans lesquels, pour pouvoir aider les étudiants à se former, je prends l'exemple du Canada, parce que c'est celui que je connais…

    Oui. Ça se passe mieux au Canada ? Il n'y a pas ces comportements-là au Canada, vous qui vivez au Canada ?

    Ça fait beaucoup plus longtemps, -il y a toujours des comportements comme ça un peu partout-, mais ça fait beaucoup plus longtemps qu'au Canada et dans les pays anglo-saxons, on s'est rendu compte du problème et on essaie d'y remédier. Donc forcément, comme ça fait environ 30 ou 40 ans qu'ils y réfléchissent et qu'ils essayent de modifier leur enseignement, maintenant, on voit des médecins qui n'ont plus du tout la même attitude. En France, on ne veut même pas aborder le sujet.

    C'est-à-dire qu'on voit, votre livre fait scandale ! Vous citez 30% donc d'épisiotomies en France, contre seulement 1% en Suède. Ça veut dire quoi ? Qu'en fait, pour les accouchements, les médecins ne s'embêtent pas, ils préfèrent…oui

    Ah ça, la France est une sorte de championne en Europe, de l'autoritarisme des obstétriciens sur les femmes. Dans de très nombreux pays, on ne culpabilise pas et on ne diabolise pas les femmes qui veulent accoucher à domicile, seules ou avec une sage-femme, en France si. Dans la plupart des pays, on a tendance à réduire l'interventionnisme médical. Le Collège américain des Gynécologues-Obstétriciens, est même allé jusqu'à dire, jusqu'à faire une déclaration auprès de ses obstétriciens, en disant : "Quelle que soit la situation d'un accouchement, il est inacceptable qu'un gynécologue-obstétricien décide contre la volonté d'une patiente, quelle que soit la situation, quelle que soit la perception qu'il a de l'état du fœtus. C'est à la mère de choisir, d'accepter la procédure ou pas". 

    Ça, c'est des comportements de brutes, pour reprendre le titre de votre livre ? Eh bien quand on ne donne pas le choix à quelqu'un et qu'on lui impose une décision qui concerne sa vie, oui, c'est un comportement de brute. Moi, je ne vois pas d'autre définition.

    Merci. Merci Martin Winckler. "Les Brutes en blanc", Martin Winckler votre livre, "Pourquoi y a-t-il tant de médecins maltraitants" ? est publié chez Flammarion. Merci beaucoup, Martin Winckler, d'avoir été notre invité. Merci à vous.

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