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  • L'invité

    Hubert Reeves

    Invité : Hubert Reeves.

    Le célèbre astrophysicien nous invite à une réflexion fascinante sur le temps et le cosmos. À l´aube de sa propre destinée, il s´est assis sur le banc du temps qui passe pour nous raconter les secrets de la vie.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Hubert Reeves, astrophysicien, bien sûr, président d'honneur de l'association Humanité et Biodiversité de la nouvelle Agence française pour la biodiversité. Merci d’être notre invité. C'est un livre étonnant que vous publiez au Seuil. Vous êtes assis sur le banc du temps qui passe et vous méditez, vous méditer sur la vie, sur le monde, sur l'univers comme un enfant qui regarde le ciel.

    Oui c'est une sorte de jeu en fait c'est-à-dire de laisser monter des images et puis ensu (...)

    Bonjour Hubert Reeves, astrophysicien, bien sûr, président d'honneur de l'association Humanité et Biodiversité de la nouvelle Agence française pour la biodiversité. Merci d’être notre invité. C'est un livre étonnant que vous publiez au Seuil. Vous êtes assis sur le banc du temps qui passe et vous méditez, vous méditer sur la vie, sur le monde, sur l'univers comme un enfant qui regarde le ciel.

    Oui c'est une sorte de jeu en fait c'est-à-dire de laisser monter des images et puis ensuite de se dire, de se concentrer, surtout qu'est-ce que ça me dit au travers de mon passé à moi ou à travers à la fois personnelle et professionnelle. Qu'est-ce que tel mot me suggère. Donc c'était le but, c'est le jeu que j'ai accepté, je me suis donné de jouer, ça a donné tous ces quelques 150 notes différentes.

    On peut comprendre comme ça, on peut lire quelques mots et puis il y a des citations littéraires, il y a un regard je me disais d'enfants finalement.

    C'est mais oui, merci je suis content que vous ayez réagi comme ça. C'était un peu ça que je planifiais effectivement.

    Vous interrogez la puissance de la pérennité, la force de la vie.

    Oui et en même temps le néant. Qu'est-ce que ça vous suggère ? L'idée néant, l'idée de la mort, l'idée de plein de choses qui vous passent par l’idée, par la tête et sur lesquelles vous essayez de vous accrocher et de vous affronter ou de vous confronter comme on veut.

    Vous dites, par exemple : "Y a-t-il une intelligence de la nature ?"  

    Voilà, j'ai depuis que je suis petit, la conviction intime, mais au niveau d'un préjugé pas d'une vérité, de préjugé, j'ai la conviction intime que la nature, la nature comme on dit la nature ; la nature avec des guillemets, c'est quelque chose qui est possédée par une intelligence éblouissante et j'ai toujours eu cette idée que c'était beaucoup plus intelligent que moi-même. Ça me dépassait de partout et ça m'a donné cette idée que ce serait bien de prendre comme métier de passer sa vie à essayer de scruter cette intelligence, d'essayer de comprendre ce qui se passe dans la réalité, la matière d'énergie. Tout ça c'était un peu les oiseaux, le ciel, les étoiles et tout. C'était un peu pour moi ce qui me paraissait… je me souviens que le mot c'était une bonne vie. Une bonne vie c'est de faire de la science et d'essayer de comprendre.

    Ouais, puisque après c'est que vous vous êtes dit très tôt : "Finalement, l'univers c'est ma famille". Vous dites : "Les étoiles sont mes grands-mères."  

    Voilà, exactement, ça c'est le message de la science contemporaine. Les étoiles, nous venons, nous sommes des poussières d'étoiles. Les étoiles sont les lieux où nos corps ont formé, où se sont formés les atomes qui allaient former notre corps. Quand vous regardez les étoiles, vous avez l'impression que c'est tellement loin derrière. Vous ne savez pas si c'est loin ou c'est près. C'est là, c'est ce point lumineux. Vous n'avez absolument pas l'idée que vous avez cette relation, que c'est là que se sont formées les atomes que vous touchez quand vous touchez votre corps et ça c'est une bonne nouvelle. Je trouvais intéressant de dire aux gens, voilà une bonne nouvelle pour vous, vous n'êtes pas étrangers à ce monde dans lequel vous êtes nés. Vous en faites partie, ce que vous êtes vous-même à commencer là. Votre histoire commence avec des galaxies, des collisions d'étoiles, tous ces phénomènes. C'est ça qui est le sens que je donne à la phrase "nous sommes chez nous dans l'univers". Nous sommes partie intégrante de cette très longue histoire qui dure depuis maintenant nous le savons, depuis 14 milliards d'années et dans laquelle cette matière s'est organisée sous l'effet des forces de la nature, a donné naissance à toutes les structures, les atomes les molécules, les cellules vivantes, tout ça, ça fait partie… nous sommes partie prenante de cet univers.

    Vous dites, par exemple : "Quand j'arrose mes fleurs, assis sur mon banc, je fais partie de cet univers-là."  

    Je fais partie et je deviens actif dans le sens que je vais me mettre dans cette évolution puisque en arrosant les plantes, je vais leur permettre de vivre donc je suis actif dans cette histoire de l'univers.

    Ouais, il y a beaucoup de poésie, vous dites aussi : quand je lève ma main ou bras, j'agis sur les atomes qui composent mon corps. Mais un jour, ces atomes-là vont me quitter.

    Exactement, ça c'est notre sort à tous. Un jour nous disparaissons c'est-à-dire que nos atomes retournent, sont recyclés, peut-être font des fleurs, peut-être font des… n'importe quoi. Mais, tout sur l'univers c'est du recyclage continu d'atomes qui passent dans vous, qui sont peut-être passés dans un dinosaure il y a quelques 100 millions d'années et donc c'est ça, c'est de réaliser ce qui se passe dans l'univers…

    Et il y a une force de vie, vous citez Yasmina Reza : "L'important, c'est d'agiter la vie, on a tout le temps d'être mort." 

    Ça, évidemment on peut se dire ça. Moi, je dis ça si à un moment donné j'ai tendance à déprimer, je me dis : "Non, je reste en vie, je veux rester en vie pendant que ça dure." Ça ne durera pas un jour.

    Oui. Vous faites une lettre à un enfant à naître. Vous lui dites : "Tu vas vivre", et je vous cite, "une merveilleuse et tragique expérience."  

    Tragique expérience, oui. Dans la vie, il y a des bonnes choses mais il y a aussi de l'horreur. On le sait, il y a des camps de concentration, il y a des Bataclan, il y a des histoires horribles, impensables mais il faut savoir que ça existe et surtout qu'il faut refuser d'en faire partie. Ça c'est un message qui est très important pour les enfants. Dans ta vie tu vas peut-être rencontrer de l'horreur, n'en fais pas partie, fais tout pour ne n'avoir rien à voir avec tout cela, pour ne pas s'y associer en tout cas, de n'être jamais associé à l'horreur.

    Oui. Vous dites : "L'au-delà de moi-même, je le rencontre non pas dans les textes religieux ou philosophiques, mais dans la musique." Vous dites : "Les salles de concert sont mes églises." C'est ça, votre croyance ?

    Vous m'avez dit que vous êtes pareil, vous sentez aussi cela, que c'est la musique qui vous fait sentir ce qui est sacré dans la réalité. C'est le moment où vous passez, où vous prenez conscience du fait que vous… que ça vous dépasse et que vous fondez. J'aime bien ce mot fondre ; quand la musique vous fait fondre, tout d'un coup vous êtes obnubilés. Et la musique à cet avantage d'être universelle, elle ne dépend pas de la langue, elle est quelque chose qui appartient à tous les hommes. C'est comme un moyen d'unifier les relations humaines, nous les unifions par le fait que nous aimons tous Beethoven.

    Oui. Mais est-ce que et vous vous posez la question, est-ce que la beauté peut sauver le monde ?

    Ça justement, seulement on peut se poser la question mais moi j'en doute. Je vois que ce n'est pas aussi simple. C'est ce que pensait… enfin Dostoïevski se posait la question dans "L'Idiot". Moi, je pense que la beauté peut aider les gens à avoir des sentiments plus humains disons mais sauvera-t-elle le monde et est-ce que le monde sera sauvé ? Tout ça c'est une mythologie que…

    Vous, vous êtes clair. Vous dites Hubert Reeves : "Il faut se méfier des grands principes." Vous dites même : "L'intelligence est un cadeau empoisonné."  

    "Pourrait être un cadeau empoisonné si elle nous amène à nous détruire." L'intelligence, nous avons montré que nous sommes capables de vivre avec notre énorme puissance. Les humains, nous avons une puissance fantastique et cette puissance est tellement grande que à bien des reprises elle a failli nous éliminer, quand ? Pendant la Guerre Froide. Vous voyez bien, à plusieurs reprises maintenant ça ressort. Combien de fois nous sommes passés à deux doigts d'avoir une guerre nucléaire qui aurait pu exterminer ? Et qu'est-ce qu'il se passe à ce moment-là ? Il se passe que notre intelligence qui est le grand cadeau de la nature, qui nous aide à vivre, tout d'un coup montre son visage menaçant si nous ne pouvons pas contrôler notre comportement, nous disparaitrons et nous disparaîtrons avec des choses qui viennent de notre intelligence.

    Merci beaucoup. Ce livre est publié au Seuil. Merci beaucoup d'avoir été notre invité.

    Merci de m'avoir invité.

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    00:08:19
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