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  • L'invité

    Gao Xingjian

    Invité : Gao Xingjian, écrivain.

    L´écrivain français d´origine chinoise Gao Xingjian, prix Nobel de littérature en 2000, est l´invité exceptionnel de Patrick Simonin à l´occasion de la sortie d´un ouvrage qui retrace son parcours de création.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Prix Nobel de littérature, Gao Xingjian, c'est un honneur de vous recevoir sur ce plateau. Vous êtes une des grandes consciences artistiques du monde aujourd'hui. "L'art d'un homme libre" est publié aux éditions du Seuil, c'est un livre surprenant et étonnant. J'allais presque dire que c'est un appel au monde et à la liberté de création.

    C'est possible si on en est conscient, parce qu'on est coincé toujours par toutes sortes d'idéologies. Tous les séismes du XXème siècle, on est bl (...)

    Prix Nobel de littérature, Gao Xingjian, c'est un honneur de vous recevoir sur ce plateau. Vous êtes une des grandes consciences artistiques du monde aujourd'hui. "L'art d'un homme libre" est publié aux éditions du Seuil, c'est un livre surprenant et étonnant. J'allais presque dire que c'est un appel au monde et à la liberté de création.

    C'est possible si on en est conscient, parce qu'on est coincé toujours par toutes sortes d'idéologies. Tous les séismes du XXème siècle, on est bloqué. Aussi, ça, c'est mass médias, la politique, les modes, l'ordre du marché, ça, c'est partout. Mais où est la vraie connaissance, face à ce monde réel, face à cette existence souvent difficile et humaine? C'est la vraie littérature et l'art doit affronter ça.

    Quand vous dites : "Il faut une liberté totale de créations artistiques", pourquoi vous dites ça ? Parce que vous dites : "Aujourd'hui, il y a une vraie menace", qu'est-ce qui menace la création dans le monde ?

    Parce qu'on est coincé dans toutes ces idéologies du XXème siècle. Mais le temps passe, ça ne va plus, toutes ces idéologies figées, ça devient ou bien un engagement politique, mais ce n'est pas politique en général, c'est toujours un engagement à une tendance de gauche, de droite, à un parti politique.

    Même si les idéologies n'existent plus aujourd'hui réellement?

    Je pense qu'il faut en sortir parce que ces idéologies, c'est un phénomène tout à fait particulier du XXème siècle. Avant, il n'y avait pas d'idéologie dans l'histoire humaine. Il y a ces grandes œuvres littéraires, à l'époque de la Renaissance, il n'y a pas eu de "-isme".

    Tous ces mots en "-isme" contre lesquels vous vous…

    Ca veut dire qu'on est obligé de canaliser, d'être coincé dans une réception prédéfinie. Souvent derrière, il y a un intérêt politique ou bien économique très défini par tel ou tel intérêt. Mais, la vraie pensée non, ça c'est l'existence humaine, c'est inexplicable avec ces théories-là. Il faut vraiment affronter, l'artiste lui-même doit apporter, montrer leurs vraies connaissances basées sur leur propre expérience.

    Quand vous dites ça, Gao Xingjian, ça veut dire que finalement l'artiste est condamné à être seul pour être libre?

    Voilà, je pense d'abord que cette solitude est nécessaire pour la vraie pensée, sinon on est emporté par le chaos, ou bien par la mass-médias, par les courants politiques, par toutes ces modes-là. Bon, on a perdu sa vraie indépendance de pensée, mais il faut revenir calmement avec une lucidité et même avec un regard assez froid pour observer vraiment les vrais problèmes dans cette société, y compris soi-même parce que les individus, eux-mêmes aussi, à l'intérieur, c'est chaotique, cette nature humaine tellement complexe. Dans ce cas-là, il faut aussi un regard lucide pour observer à la fois la société et en même temps soi-même. Sinon on est aussi emporté par des impulsions, la folie, tous ces troubles intérieurs. C'est pourquoi à nos jours, si je lance cet appel-là, ça veut dire que les artistes doivent maintenant prendre du recul avec cette lucidité, avec un troisième œil pour observer le monde et contre soi-même, où se trouve sa place dans cette société-là ? Dans ce cas-là, on peut avoir un témoignage bien, assez réel, qui correspond aux vraies difficultés existentielles.

    Ce livre s'appelle, l'Art d'un homme libre, vous êtes libre, Gao Xingjian, vous l'avez toujours été, vous avez quitté la Chine là où vous ne pouviez plus finalement exprimer cette liberté. Vous êtes devenu un dissident en France?

    J'étais censuré en Chine jusqu'à aujourd'hui ! Ça, c'est une vie déjà passée. Après, j'ai eu une autre espérance en Occident. Quand je suis venu à Paris, en Occident, il y a toutes sortes de courants aussi. Par exemple la création, l'art contemporain, l'art conceptuel qui est aussi très, très lié aux lois du marché, toutes ces modes-là. A ce moment-là, je montre mes tableaux au (inaudible) de Paris. C'est déjà passé!

    Ce n'est jamais fini parce que vous continuer de peindre, d'écrire des pièces de théâtre, vous êtes traduit dans 40 langues dans le monde, vous faites des conférences dans le monde entier.

    Au moins 40 langues, je ne sais pas combien exactement. Pour la langue arabe seulement même, on dit qu'il y a 3 versions, j'en ai déjà 3 versions différentes, des traductions, sans parler des autres langues.

    Un des vos successeurs au prix Nobel de littérature, c'est Bob Dylan. Ça vous a plu que Bob Dylan ait le prix Nobel ?

    Oui, pourquoi pas ! Parce que la chanson, avant, c'était les poètes qui chantaient, maintenant c'est le chanteur. Le poète ne chante pas directement. Mais lui, il écrit ses poèmes et chante, pourquoi pas. C'est un chanteur, surtout un chanteur de rock, parce qu'il face affronte la réalité, l'actualité. Si on dépasse la mode simplement un divertissement, un produit culturel, si on touche à fond la nature humaine, pourquoi pas un chanteur de rock !

    Et Bob Dylan, il chantait : "Les temps changent". Vous y croyez? Vous êtes optimiste quand même ? Le monde pourra aller mieux, Gao ?

    Ca, je ne sais pas. Je ne crois pas à l'utopie. Certains philosophes ont dit : "On va recréer l'utopie", mais les utopies qu'on a vécues, ça devient des cauchemars. (inaudible), c'était une grande utopie et finalement sa réalisation, c'est terrible, quelle calamité humaine, créée par les êtres humains. A mon avis, et d'ailleurs, les artistes, les écrivains ne créent pas des utopies, ils affrontent la réalité et ils la montrent. D'abord, ils laissent un témoignage de cette existence humaine et après, il a apporté sa connaissance du monde et aussi des êtres humains, de la nature humaine. Si les grands auteurs grecs, Shakespeare, Molière ne périssent pas parce que leurs œuvres sont universel, c'est ce qui porte cette connaissance.

    Merci beaucoup, Gao Xingjian. Evidemment, l'Art d'un homme libre publié au Seuil. C'est un grand bonheur de vous retrouver aujourd'hui ici, merci beaucoup !

    Merci de cette rencontre!

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    00:08:24
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