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  • L'invité

    Raoul Peck

    Invité : Raoul Peck, réalisateur et producteur haïtien.

    Après "I am not your Negro", le réalisateur haïtien présente son nouveau film, "Le Jeune Karl Marx".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Un film événement, "Le jeune Karl Marx", bonjour Raoul PECK, merci d'être avec nous. Je dis un film événement parce que jamais on n’avait vu au cinéma "Le jeune Karl Marx", celui qui finalement a révolutionné la planète et là vous le montrer. Il a quoi ? Il a 24 ans, quelque chose comme ça ? Avec sa femme Jenny, il arrive à Paris, il fait l'amour, il aime la vie et il va changer le monde.

    Voilà, c'est l’histoire de trois jeunes. Donc, Karl MARX, Jenny MARX et Friedrich ENGELS que l (...)

    Un film événement, "Le jeune Karl Marx", bonjour Raoul PECK, merci d'être avec nous. Je dis un film événement parce que jamais on n’avait vu au cinéma "Le jeune Karl Marx", celui qui finalement a révolutionné la planète et là vous le montrer. Il a quoi ? Il a 24 ans, quelque chose comme ça ? Avec sa femme Jenny, il arrive à Paris, il fait l'amour, il aime la vie et il va changer le monde.

    Voilà, c'est l’histoire de trois jeunes. Donc, Karl MARX, Jenny MARX et Friedrich ENGELS que le couple rencontre à Paris. On est en 1843-44 et ces trois-là décident de ne plus se quitter et décident tout simplement de changer le monde. Et ils partent dans une aventure incroyable, jeunes, et ils ont en face d'eux les plus grandes têtes du mouvement pas encore ouvrier, puisque ce sont les artisans qui ont le vent en poupe, mais des gens comme PROUDHON, des gens comme (inaudible) qui était la star de l’époque. Et ils vont décider de critiquer tout ce qui existait, créer une nouvelle théorie et ensuite, rentrer dans la praxis même de leur théorie ; et donc, ils ont fait les deux toujours en même temps. Et d'une manière totale, c'est-à-dire corps et âme ; ce sont des enfants qui viennent plutôt de familles riches, mais qui s’engagent totalement pour leurs idéaux, donc qui vivent dans la misère à ce moment-là, qui n'ont pas trop d'argent, qui n’arrivent pas à gagner leur vie normalement ; mais ceci n'arrête pas leur engagement à aucun moment.

    C’est "Le jeune Karl Marx", Raoul PECK.

    ► "Le jeune Karl Marx (2017)"

    C’est incroyable, ce souffle romanesque, je dirais presque, Raoul PECK. August DIEHL, Stefan KONARSKE qui joue, qui interprète et puis on a vu Olivier GOURMET aussi qui est là, qui joue PROUDHON. C'est un souffle romanesque finalement qui va emporter le monde à travers le destin de ces jeunes hommes et de ces jeunes femmes ?

    Oui. L'idée, c’était de de faire un film pour un public plus large, pour un public jeune pour comprendre cette histoire parce que ce n’est pas une histoire du passé, c’est une histoire d'aujourd’hui, parce que Karl Marx a travaillé sur la société capitaliste à partir du développement de la révolution industrielle et nous sommes encore en plein dans cette société capitaliste avec des excès encore plus grands aujourd’hui, mais toutes les grandes normes, toutes les formes de production, le salariat, par exemple, la place de la marchandise ; quand on voit ce que veut dire la marchandise dans nos vies. MARX a une phrase que je trouve très percutante là-dessus quand il dit que dans notre société, même les relations humaines deviennent des rapports de marchandises. Une phrase comme ça tombe en plein dans ce qu’on vit aujourd'hui.

    C’est incroyable la modernité parce que je disais, on voit là des photos, on voit Karl MARX, Friedrich ENGELS, on les voyait à l’instant ces photos, qui sont vieilles ! Parce qu’on a l’habitude de voir un Karl MARX barbu, chevelu, vous nous montrez un Karl MARX tout jeune.

    Oui, ils ont la vingtaine, ils ont 23, 24, 26 ans et ils sont remplis de vigueur, d'engagements et surtout aussi de révolte. Jenny disait : "Il n'y a pas de de bonheur sans révolte", alors qu'elle vient d’une famille noble, quitte sa famille, les von WESTPHALEN, pour partir à Paris avec son mari, son jeune mari qui n’a pas un sou et elle sera fidèle à cette alliance jusqu'à la fin de sa vie avec les hauts et les bas. C'est quelque chose quand même de phénoménal parce qu'elle n’est pas n'importe qui, sa famille, son demi-frère va devenir ministre de l’Intérieur de la Prusse. Donc, ce ne sont pas des inconnus, pourtant elle fait ce sacrifice parce qu'elle croit dans ces idées.

    On va revoir des images, de cette bande annonce, dans ce film est étonnant, événement qui était présenté à Berlin. Quand on dit il y a une modernité dans cet engagement-là, finalement dans cette jeunesse, on le va dire sans révéler le film. À un moment on entend même Bob Dylan qui chante dans votre dans votre film, on pense finalement à aujourd'hui ?

    C’était ça l'idée, de faire comprendre que nous sommes dans la même histoire qui commence avec le début de cette révolution industrielle et qui va envahir le monde entier, la planète entière. Aujourd'hui, il n'y a aucun morceau de territoire de cette planète qui ne soit pas envahi et par la marchandise et par la course au profit, la course aveugle au point de détruire la planète elle-même. Tous ces phénomènes sont liés. Donc quand on arrive à la fin du film, à relier ça avec l’histoire contemporaine dans laquelle nous sommes aujourd'hui, c’est pour montrer justement les liens de tout ça. On a des images à un moment donné de MANDELA, de MOBUTU, de TATCHER, de REAGAN, de Che Guevara, d'ALLENDE, des crises et des deux Guerres Mondiales, etc. Donc, c'est la même histoire qu'on peut retracer à travers l’évolution du capital sur l’ensemble de la planète.

    Il n’est pas comptable de ce que va être finalement le communisme après lui, le stalinisme, les crimes qui sont commis en son nom ?

    Absolument. Moi, je dis toujours probablement ces trois jeunes auraient été les premiers exécutés dans les révolutions de type communistes. Quand MARX dit très jeune que "l'émancipation de tous passe par l’émancipation de chacun", ce n’est pas le communiste qui a été érigé dans ces pays, c’est exactement le contraire ; c'est la suppression de l’individu et c'est un soi-disant État bureaucratique qui dirige tout. Ça n'a absolument rien à voir avec les analyses de MARX sur la société capitaliste.

    Vous aviez réalisé il y a peu de temps "I Am Not Your Negro", un film, un grand film documentaire sur finalement le racisme aux États-Unis, l'esclavagisme. Vous vous dites, finalement, entre "Le jeune Karl Marx" et ce film, c’est finalement un pendant, c’est deux choses très parallèles ?

    Absolument parallèle, d’autant que pour moi, ces deux films, c’était un retour à mes propres fondamentaux. C’est-à-dire BALDWIN d’ailleurs, il dépasse le racisme des États-Unis, c'est par rapport à ce qui se passe dans l’ensemble du monde, par rapport à l’attitude de cette, je dirais, de cette société occidentale qui a quand même dominé le monde pendant plusieurs siècles et qui refuse de voir les autres. Regardez comment on traite les migrants, par exemple, alors que ça fait partie d'un problème beaucoup plus large que ça. Donc BALDWIN d'une part, c’était ma jeunesse. J'ai rencontré l’œuvre de BALDWIN très tôt et Karl MARX de même. J'ai commencé à étudier Karl MARX et le capital dans un contexte universitaire à Berlin. Donc ces deux pôles, si vous voulez, de ma pensée, m’ont structuré. Et je m’en sers encore aujourd'hui dans mon engagement, dans ma vie de tous les jours et bien évidemment dans mon travail.

    Merci beaucoup, Raoul PECK. "Le jeune Karl Marx", magnifique, merci d’avoir été notre invité !

    Merci.

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    00:08:26
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