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  • L'invité

    Angélique Kidjo

    Invitée : Angélique Kidjo, chanteuse béninoise.

    La star africaine raconte pour la première fois son parcours dans un livre émouvant "La voix est le miroir de l'âme". Le récit fascinant d'une artiste engagée pour la paix.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Angélique KIDJO, Grammy Awards, et puis le triomphe international, ambassadrice de bonne volonté de l'UNICEF. "La voix est le miroir de l'âme", c'est le titre du livre qui raconte votre parcours incroyable, Angélique. Vous avez eu envie de partager, finalement, tout cela.

    Oui, j'ai eu envie de partager un peu de ma vie parce que mon père est décédé en 2008. Et, ça a été pour moi le déclencheur de ce livre, parce que je n'acceptais pas son départ, parce que pour moi c'était trop tôt (...)

    Angélique KIDJO, Grammy Awards, et puis le triomphe international, ambassadrice de bonne volonté de l'UNICEF. "La voix est le miroir de l'âme", c'est le titre du livre qui raconte votre parcours incroyable, Angélique. Vous avez eu envie de partager, finalement, tout cela.

    Oui, j'ai eu envie de partager un peu de ma vie parce que mon père est décédé en 2008. Et, ça a été pour moi le déclencheur de ce livre, parce que je n'acceptais pas son départ, parce que pour moi c'était trop tôt. Je pensais avoir encore une vingtaine d'années avec mon papa et la mort nous a tous pris par surprise. Je suis revenue en parlant tout le temps de mon père et on m'a dit : "Mets-toi devant une caméra et parles-lui, même s'il n'est plus là parles-lui comme s'il était là devant toi".

    Et il vous a dit d'ailleurs, dans le livre, vous le dites qu'il vous a dit : "Je ne mourrai pas, ce n'est que mon corps qui va partir, je serai là. Tu m'appelles et je viendrai".

    Même s'il le dit c'est toujours difficile, l'absence est là. L'absence physique est toujours là. Mais, c'est vrai que je le sens tout le temps avec moi, pas seulement moi, mes frères aussi. Et à des moments donnés, dans des endroits, on était au mariage de ma nièce, on se regardait à un moment donné avec mon frère, et il a dit : "Tu penses à qui là ?" ; "papa" on a dit tous les 2 ensemble, parce qu'il est toujours là avec nous. Donc, j'ai parlé à mon père à travers tout cet enregistrement et c'est ça qui a commencé, qui a été la base de l'écriture de ce livre, parce que notre père nous a permis d'aller à l'école tous autant que nous étions, mes frères et sœurs et moi, parce qu'il croit profondément que l'éducation est la seule richesse qu'il pouvait nous donner pour que nous puissions prendre des décisions pour nos vies plus tard et être des adultes responsables.

    Et c'est grâce à lui qu'on a Angélique KIDJO, écoutez : "Eva" avec Asha.

    (Chanson).

    Finalement, les chansons racontent aussi votre vie Angélique KIDJO.

    Absolument. "Eva" c'est une chanson qui est écrite avec Asha où je parle de la violence faite aux femmes et la façon dont on répond à l'appel des femmes. Est-ce que dans notre société nous avons suffisamment de structures pour les femmes battues ? les femmes qui sont… pas seulement physiquement que les femmes sont violées dans leur droit, aussi il y a les mots qui font mal, il y a la torture psychologique. Est-ce que nous avons dans notre société suffisamment d'endroit où elles peuvent se reconstruire, pour continuer ? Et quand elles demandent l'aide, est-ce que nous sommes là, avec une main qui aide ? Moi, je demande dans cette chanson, que toutes les femmes du monde on s'assemble, qu'on soit là pour les unes et les autres parce qu'on a besoin des unes et des autres.

    On voit dans le clip des pochettes de disques qui nous ramènent à votre début Angélique. Vous parlez de votre papa toute petite un jour. D'ailleurs, je crois que là c'est votre maman qui vous pousse sur le Palais des congrès sur la scène au Palais des congrès de Cotonou pour chanter.

    Pour chanter (langue étrangère) et ça a commencé comme ça, c'était, j'ai trouvé ça au départ, j'étais morte de trouille, j'étais morte de peur. J'avais l'impression que tout mon squelette était en train de faire une danse en privé , il y a mon corps, sans que je puisse la contrôler. Et en fait, à partir de cet instant-là je suis revenue, je suis sortie de la scène en me disant : "Mmh, on se sent bien là-haut et ça fait du bien, je vais recommencer".

    Comme une drogue.

    C'est comme une drogue et je suis accro au micro.

    C'est ça. Alors vous êtes, on vous surnomme pattes de moustique ? Vous êtes un peu le clown de la famille.

    Oui, j'ai toujours un complexe par rapport à mes jambes. Tout le monde dit que j'ai de belles jambes. Je dis : "Non, je n'ai pas de belles jambes, j'ai des pattes de moustique".

    Oui. Et ce qui est incroyable c'est qu'un jour vous écoutez un disque d'Aretha FRANKLIN et ça déclenche tout.

    Ah oui. Pour la première fois je vois une femme noire sur un album et ça a été, j'ai dit : "Quoi ? Les femmes noires peuvent être sur les albums aussi ? Mais je ne comprends toujours pas dans quelle langue elle parle". Et quelques années plus tard, Myriam arrive. Et là, la conscience d'être une femme noire africaine, ayant une carrière, a résonné en moi. Je me suis dit : "Si Myriam elle a une carrière internationale, moi aussi je peux un jour rêver d'en avoir un".

    Oui et un jour vous allez chanter après Aretha FRANKLIN…

    Et avec Myriam MAKEBA.

    … Et avec Myriam MAKEBA, à l'Olympia. Ce sont des moments incroyables, parce que : "Patapata" et tout ça, ça a été aussi la conscience de l'apartheid.

    Absolument. Myriam MAKEBA a été la première artiste sud-africaine à demander le boycott de l'Afrique du Sud, en 1963, à l'Assemblée Générale des Nations unies. c'est vrai que quand on chante après Aretha FRANKLIN, il faut avoir le courage de le faire et surtout après qu'elle a levé la salle, toute une salle, à Radio City Hall. Alicia Keys et moi aussi, on regardait ça, on dit : "Dis donc, mais là maintenant il va falloir assurer". Elle nous passe le bâton et il ne faut pas le laisser tomber, on va chicoter la salle et on l'a fait.

    Vous chantez : "Le jour viendra".

    Et là, (inaudible) et en plus c'est une chanson que j'ai écrite quand j'ai découvert l'existence de l'apartheid. Et pour moi, à 15 ans, ça a transformé ma vie parce que je ne pensais pas que, encore à ce moment-là, il y avait des Noirs qui étaient sous domination des Blancs sud-africains, et j'ai eu peur. En fait, c'est la peur qui a déclenché ma colère parce que j'ai eu peur, en me disant : "Je suis noire et si je suis dans le monde, sans savoir, que je peux être aussi victime de l'apartheid ou du racisme, alors que mon père et ma mère passaient leur temps à nous dire que l'être humain n'était pas une couleur , et que c'était au-delà de la couleur qu'il fallait aller pour pouvoir rencontrer d'autres êtres humains, comprendre d'autres cultures". Et là je me suis dit : "En fin de compte ils sont en train de me mentir, je peux sortir d'ici et devenir victime de quelqu'un d'autre". Et, ça a été la première chanson engagée que j'ai écrite où je rêvais d'un monde, (inaudible) veut dire : le jour viendra, où dans cette chanson je rêvais d'un monde meilleur, d'un monde où il n'y aurait plus d'opprimés ni d'oppresseurs. Ma première mouture était très violente et mon père m'a dit : "Non, non, non, non, non, la musique n'a rien avoir avec la violence. Je peux comprendre que tu sois en colère, que tu aies peur, mais toi en tant qu'artiste, c'est toi qui détiens la clé des portes fermées, c'est toi qui ouvres, qui crées des ponts pour que les cultures se rencontrent, que les êtres humains puissent se rencontrer pour régler les problèmes. Va réécrire ta chanson ou sinon tu ne chanteras plus jamais". Et de ce jour-là, c'est resté avec moi. Danc tout ce que je peux dire à travers mes chansons, ce n'est jamais de la violence, ce n'est jamais de la confrontation, ce n'est jamais pour donner des leçons de morale, c'est toujours pour que les gens écoutent et que chacun prenne ses décisions et prenne ses responsabilités.

    Il y a toujours un moment très important dans vos concerts, Angélique KIDJO, c'est quand vous faites monter le public sur scène à la fin.

    Ah, j'adore.

    Et vous voulez danser avec eux.

    Ah, j'adore,

    Çà, ça vous représente bien.

    Ah j'adore ça ! J'adore le partage parce que quand j'ai commencé à monter sur scène, il y avait une phrase que ma mère disait et cette phrase il m'a fallu des années pour la comprendre. Elle disait toujours : "Quand vous arrivez sur scène, avant de monter sur scène, vous allez mettre votre égo, le surplus d'égo, dans la poubelle. Et quand vous montez sur la scène, vous devez être nu spirituellement". Et c'est vrai. En étant nu spirituellement qu'est-ce qu'on fait ? On donne tout ce qu'on a, il n'y a plus d'ombre et le public rentre dans cette lumière et vous donne aussi plein d'amour. Et l'amour que je reçois tous les jours fait que je peux faire des kilomètres, même si je suis décalée, j'ai le décalage horaire qui me fatigue. Rien qu'à l'idée de monter sur scène, j'ai déjà plein d'énergie. Rien que d'y penser, je suis déjà heureuse. Donc pour moi, c'est ça l'art : il faut donner, il faut être dans la générosité. Quand on monte sur scène, ce n'est pas par rapport à votre nombril que vous êtes là, votre tenue c'est bien de bien s'habiller mais c'est secondaire. Quand on est là, il faut être dans la vérité du moment, il faut être là à donner. Si tu ne peux pas donner, il faut chanter dans une salle de bains et se taire.

    Merci beaucoup Angélique KIDJO. "La voix est le miroir de l'âme" les mémoires d'une diva engagée publié chez Fayard. Merci beaucoup Angélique.

    Merci beaucoup aussi (inaudible)

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    00:08:21
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