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  • L'invité

    Kery James

    Invité : Kery James, rappeur franco-haïtien.

    Kery James est à l'affiche du Théâtre du Rond-Point, dans sa propre pièce. "À vif" est une joute verbale choc sur la responsabilité de la France face au sort des banlieues.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Il remplit l'Olympia, le Zénith, Bercy. C'est un poète humaniste, un rappeur que l'on aime. Bonjour Kery JAMES !

    Bonjour !

    "A vif", c'est une pièce incroyable au Théâtre du Rond-Point en ce moment, qui triomphe tous les soirs, et dans laquelle on entend parler de la République, on entend parler de l'égalité des chances, on entend parler de la banlieue. Finalement, c'est un moment de vérité.

    Exactement ! Une pièce assez radicale, mais qui, paradoxalement, (...)

    Il remplit l'Olympia, le Zénith, Bercy. C'est un poète humaniste, un rappeur que l'on aime. Bonjour Kery JAMES !

    Bonjour !

    "A vif", c'est une pièce incroyable au Théâtre du Rond-Point en ce moment, qui triomphe tous les soirs, et dans laquelle on entend parler de la République, on entend parler de l'égalité des chances, on entend parler de la banlieue. Finalement, c'est un moment de vérité.

    Exactement ! Une pièce assez radicale, mais qui, paradoxalement, rassemble les gens, puisque ce sont deux opinions qui s'affrontent, deux visions différentes qui s'affrontent, et j'ai le sentiment que les gens ont besoin en fait d'un espace de dialogue qu'on leur a un peu confisqué, et qu'ils se retrouvent en ce moment-là, et ça leur permet de vider des choses. Enfin, ils entendent dire d'autres choses, des choses qu'ils ont envie de dire, qu'ils pensent, qu'ils croient, qu'ils ressentent, et je pense que c'est pour ça aussi que les gens aiment cette pièce.

    Oui, c'est formidable, "à vif" avec un comédien, Yannik LANDREIN face à vous. Regardez. Extrait.

    Pourquoi il me demande ça à moi ? Pourquoi pas à lui ? Ou à elle ? Ou à lui ? Parce que je suis noir et que je viens de la banlieue. Donc pour lui, je peux me procurer de la cocaïne, des ecstasys, des armes de guerre en claquant des doigts.

    Ecoute, je suis vraiment désolé si je t'ai vexé, mais là tu vas un petit peu loin. J'aurais pu demander ça à n'importe lequel d'entre eux.

    Mais tu n'as pas demandé à n'importe lequel d'entre eux.

    Non ! Je n'ai pas demandé à n'importe lequel, parce qu’eux je les connais et que je sais qu'ils n'ont rien. Mais je t'aurais posé la même question si t'étais blanc et que tu venais de Neuilly. Non mais tu veux que je te dise ? Le problème c'est que vous êtes tous parano et mal dans votre peau.

    Ah ! Ça y est on y est. "Vous". C'est qui "vous" ?

    "Vous" c'est vous, qui pensez déjà dès le départ que tous les gens sont racistes, que personne ne vous aime, et qu'ils sont pleins de préjugés à votre sujet. Mais tu veux que je te dise ? C'est vous qui êtes pleins de préjugés.

    Ouais, j'avoue. J'avoue que j'avais plein de préjugés, sur toi, et qu'avant de te connaître, je te prenais pour un fils de bourgeois frimeur, prétentieux, arrogant, opportuniste.

    Est-ce que ces deux France là pourraient se retrouver, Kery JAMES ?

    Ben elles se retrouvent tous les soirs déjà au Théâtre du Rond-Point, et il y a vraiment des gens qui viennent d'horizons différents. On a des abonnés du Rond-Point, et on a des gens qui viennent de la banlieue. Parmi ces gens-là, il y a des gens qui sont habitués au théâtre, et il y a des gens qui viennent au théâtre pour la première fois. Chaque soir, il y a quelqu'un qui me dit : "C'est la première fois que je viens au théâtre, en tout cas de mon plein gré. " parce que des fois, on les a forcés à venir au théâtre quand ils étaient jeunes à l'école, et c'est ça qui est intéressant. Et je me rends compte chaque soir que les gens ont beaucoup plus de points en commun que ce qu'on veut nous laisser croire, et que quand on enlève les intermédiaires malintentionnés …

    Oui. C'est à dire les intermédiaires, c'est quoi ? C'est les politiciens ? C'est certains médias ?

    Certains médias et certains politiciens. Lorsqu'on enlève ces intermédiaires-là et que les gens se parlent directement, ils ont beaucoup plus de points en commun que de choses qui les séparent.

    Oui. Le point en commun, est-ce que ce serait ça, la république ? Parce qu'on voit ce tableau de DELACROIX.

    En tout cas, le point en commun, c'est l'envie qu'il y ait une véritable égalité des opportunités, c'est l'envie du vivre ensemble. Je pense que les gens se replient sur eux-mêmes, pas par choix à l'origine, voilà.

    Oui, et il y a dans la pièce, "Lettre à la république".

    Ce texte incroyable. Incroyable.

    D'une force inouïe.

    Oui oui. Et la plus belle chose que j'ai entendue sur ce texte, "lettre à la république", parce qu'il y a des gens qui viennent au Théâtre du Rond-Point, et qui ne connaissent pas ma carrière, et qui ne connaissent pas mon oeuvre, et il y a quelqu'un qui a cru que c'était un texte de Victor HUGO. Et pourtant, c'est un texte qui a fait quand même polémique quand je l'ai écrit, parce que c'est une lettre acerbe, c'est assez direct.

    Oui contre la France, contre le colonialisme, la responsabilité de la France vis-à-vis des immigrés.

    Pas contre la France, je dirais même que c'est pour la France, mais contre la politique coloniale et post-coloniale qu'on menées les dirigeants français, et c'est brut, c'est radical.

    "On ne s'intègre pas dans le rejet, on ne s'intègre pas dans les ghettos".

    Ça c'est un message encore pour aujourd'hui.

    C'est encore valable aujourd'hui, malheureusement.

    Oui. C'est un message finalement contre cette France du Front National, cette France du racisme.

    Alors c'est un message pour tous ceux qui pour des raisons qui sont des raisons en réalité politiciennes, pensent qu'il est presque préférable de diviser les Français.

    Oui. Croyez-vous que Kery que cette France-là peut se réconcilier, ou que c'est la même France, la seule France ?

    Franchement, je pense que tous les soirs, on le prouve au Théâtre du Rond-Point, mais il y a une chose que nous apprend ce spectacle et le succès du spectacle, c'est qu'en fait, pour que les Français se réunissent, pour qu'il n'y ait qu'une seule France, il faut qu'on se dise les choses clairement. Et c'est ce que font ces deux avocats sur scène, ils se disent les choses, et le fait de parler permet la réconciliation.

    Oui, et se dire aussi, ce sont les derniers mots,

    "est-ce que les Français ont les dirigeants qu'ils méritent. "

    Ça, c'est quand même un coup de poing.

    Oui, alors peut-être ce sera la suite de "A vif" avec une nouvelle question après,

    "L'Etat est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues ?"

    on aura "Est-ce que les Français ont les dirigeants qu'ils méritent ?".

    Peut-être. En tout cas, c'est la dernière phrase du spectacle,

    parce qu'en fait, nous on ne répond jamais à cette question,

    finalement "L'Etat est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues ?"

    et on laisse les gens réfléchir.

    On pousse des portes vers la réflexion,

    et les gens se font eux-mêmes leur opinion.

    Et la plus belle phrase que j'ai entendue sur ce spectacle,

    c'est une dame d'une soixantaine d'années qui nous a dit :

    "Vous ne nous avez pas apporté de réponse à la question posée,

    mais vous nous avez permis de nous poser des questions

    sur les réponses toutes faites qu'on nous donne. "

    Et je pense que ça résume bien le spectacle.

    C'est magnifique. ACES, Apprendre, Comprendre, Entreprendre et Servir.

    C'est cette association que vous défendez Kery JAMES,

    pour aider justement dans le concret ces gosses de banlieue.

    Pour aider ceux qui veulent écrire, pour aider ceux qui voudraient faire du théâtre.

    Oui bien-sûr. On fait du soutien scolaire, on fait des ateliers d'écriture

    et principalement aujourd'hui, on fait du financement d'études supérieures,

    c'est-à-dire qu'on accorde des bourses à des jeunes

    qui sont issus d'une situation sociale difficile, précaire,

    pour poursuivre leurs études supérieures.

    Oui. C'est un message d'espoir finalement.

    Oui bien-sûr. Bien-sûr.

    Je le disais, vous êtes un poète humaniste au fond, c'est ça ?

    Ben, j'espère et c'est ce que je tente d'être,

    mais le fait d'être humaniste, parfois m'oblige à dire des choses de manière crue et radicale.

    Comme de dire que les mots sont des instruments de combat.

    Bien-sûr, bien-sûr. Une fois, je suis rentré dans une boulangerie,

    et il y a un homme qui m'a dit, et il l'a dit en arabe, :

    "Celui qui connaît la langue d'un peuple, ne craint pas la nuisance de ce peuple. "

    Voilà. Je pense que ça résume bien la force des mots. Voilà.

    Merci beaucoup Kery James.

    C'est un événement et un triomphe tous les soirs.

    Ça s'appelle "A vif" au Théâtre du Rond-Point.

    Merci beaucoup d'avoir été avec nous.

    Merci de m'avoir reçu.

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