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  • L'invité

    Gaël Faye

    Invité : Gaël Faye.

    "Petit Pays", le premier roman de Gaël Faye, prix Goncourt des lycéens, vient d'être traduit en allemand. Une manière de faire entendre à la jeunesse allemande le drame du Rwanda à travers la force des mots.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    C’est émouvant Gaël de se retrouver ici à la Foire des livres de Francfort ?

    Oui, parce que c’est le monde entier qui est là, donc c’est impressionnant pour l’écrivain que je suis de ressentir le poids de la littérature mondiale comme ça.

    Oui, ça veut dire que là j’ai Petit pays, ça, c’est l’édition poche qui est arrivée et puis là on a par exemple l’édition allemande. C’est-à-dire que le livre est traduit dans combien de langues ?

    Je n’ai pas fait la co (...)

    C’est émouvant Gaël de se retrouver ici à la Foire des livres de Francfort ?

    Oui, parce que c’est le monde entier qui est là, donc c’est impressionnant pour l’écrivain que je suis de ressentir le poids de la littérature mondiale comme ça.

    Oui, ça veut dire que là j’ai Petit pays, ça, c’est l’édition poche qui est arrivée et puis là on a par exemple l’édition allemande. C’est-à-dire que le livre est traduit dans combien de langues ?

    Je n’ai pas fait la comptabilité exacte, mais on n’est pas loin de 35 langues et ce matin j’ai déjeuné avec tous les éditeurs et c’est impressionnant, on a rempli une salle.

    C’est vrai, c’est incroyable. Une salle entière ?

    Oui.

    Et alors ce livre Petit pays se traduit comment dans des langues différentes ? Pas forcément d’ailleurs Petit pays.

    Oui, par exemple dans l’édition polonaise c’est traduit par Nostalgie parce que parfois les traductions littérales ne fonctionnent pas et donc il y a des différences au niveau des titres et puis également des couvertures, c’est toujours impressionnant de voir les différences.

    Là on voit la couverture allemande complètement différente, et en même temps c’est extraordinaire parce que là on se dit "c’était vraiment une histoire universelle".

    Oui on en prend conscience ici, en tout cas pour moi je le vis comme ça parce que non seulement je rencontre les éditeurs, mais je rencontre aussi des lecteurs allemands, j’ai rencontré 2-3 lecteurs italiens, des lecteurs qui sont aussi les lecteurs-éditeurs du monde entier : chinois, japonais, slovène, roumain. C’est vrai que d’un coup cette histoire m’apparaît comme universelle.

    C’est incroyable. Et ça se lit à haute voix Petit pays. Je ne sais pas s’il y a une jeune fille derrière nous, ce sont des jeunes Allemandes qui sont là, c’est le public de cette Foire du livre de Francfort. Par exemple, tenez, peut-être lire le début du livre de Gaël en allemand, comme ça chante.

    (langue étrangère).

    Merci beaucoup. C’est beau, ça chante ou pas cette langue allemande Gaël FAYE ?

    Ça chante.

    Et la première phrase du livre de Gaël, parce qu’ici, il y a eu tout à l’heure un débat avec Dany LAFERRIÈRE et d’autres participants sur le thème "La première phase du premier livre" et la première phrase de Petit pays c’est "Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé".

    Oui, c’est une façon pour moi d’être honnête avec le lecteur, de lui dire qu’il rentre dans une histoire qui va s’écrire en même temps que le lecteur va lire l’histoire. Le narrateur va découvrir la situation de son pays, son monde en même temps que le lecteur, il n’a pas d’informations au préalable.

    Oui et ça a été vraiment la première phrase écrite du livre, dire "voilà, on commence" ?

    Non pas vraiment, elle était là, mais elle était noyée dans d’autres phrases et j’ai voulu d’abord construire cette histoire, le roman par plein de petites saynètes et ensuite les saynètes se sont imbriquées comme on écrirait des nouvelles qui ensuite trouveraient une cohérence. Et la première phrase s’est révélée en découvrant la dernière phrase parce que quand on écrit on découvre beaucoup. L’écriture se fait dans le travail, dans le mouvement et donc j’ai découvert cette dernière phrase et elle m’a renvoyée vers une de ces premières phrases qui étaient donc "Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé".

    Et cette histoire-là, je vous disais c’est une histoire universelle, c’est l’histoire de l’enfance, c’est aussi l’histoire de la découverte d’un monde terrible au Burundi évidemment et ça, ça parle à tout le monde.

    Je crois que les souvenirs d’enfance parlent à tout le monde, le narrateur dit quelque chose, il dit "on n’est pas exilés d’un pays, on est tous exilés de notre enfance". Il y a cette idée aussi que l’enfance est le monde de la sensation. Donc, il y a, je crois, une proximité qui peut tout de suite s’établir quand on a affaire à un narrateur enfant parce qu’on a ressenti cet émerveillement, cette façon de découvrir les choses et le monde.

    Oui et ces odeurs ? Et ces souvenirs d’enfance, ces villages, ces rivières et puis soudain ce mal, ce bruit sourd qui commence à s’approcher.

    Oui c’est exactement ça, c’est-à-dire que la guerre n’est jamais une explosion, elle est un mouvement qui s’intensifie et l’enfant a ceci de particulier c’est qu’il arrive à voir, à ressentir les petites choses. Comme on voit les enfants jouer avec des fourmis, cet enfant Gabriel va entendre des mots, des sous-entendus et c’est cette guerre qui est déjà en train de s’annoncer dans la manière d’être des gens avant de devenir quelque chose de réel avec le feu, le fracas et les armes.

    Oui, il représente finalement cette conscience ultime de l’humanité qui peut rester.

    Oui, pour moi il est l’humanité qui veut rester parce que Gabriel, le narrateur encore une fois, va essayer à tout prix de rester un enfant et donc de ne pas prendre parti et donc de ne pas choisir de camps. Alors que dans une guerre, on le sait bien, il faut toujours choisir un camp et il va essayer de maintenir cette humanité jusqu’au bout.

    Oui et en même temps il maintient l’histoire, il maintient le souvenir et ce livre raconte cette histoire qui touche, qui bouleverse. C’est aussi ça pour un écrivain ou un chanteur, c’est aussi ça qui compte.

    Oui, en tout cas dans le projet de ce livre l’idée principale c’était de ressusciter un monde disparu, c’était de faire parler des vies qui s’étaient vécues dans le silence, et donc j’avais conscience aussi en écrivant cette histoire entre guillemets d’être un précurseur, de mettre dans un roman des choses qui n’avaient pas encore été dites. Le Burundi des années 90 a une histoire extraordinaire très romanesque, mais malheureusement qui n’existe pas dans les romans et c’est le cas pour beaucoup de situations dans la région des Grands Lacs en Afrique. Nous avons des histoires incroyables, mais comme déjà nous sommes de tradition orale et qu’en plus nous n’intéressons pas vraiment le monde, je crois qu’aujourd’hui il est important qu’il y ait un mouvement aussi de créer des histoires dans la littérature à partir de nos vies.

    Et ce qui est incroyable c’est qu’à travers ce monde brisé, c’est l’enfance qui a été brisée au Burundi, au Rwanda et que ce livre magnifique, c’est pour ça qu’il touche autant, toute cette jeunesse comme ça qui vont le lire sur le titre Kleines Land. Comment vous dites ?

    Kleines Land.

    Petit pays.

    Oui, moi aussi je travaille mon accent.

    Merci, Gaël FAYE, merci à toutes et à tous. Merci infiniment ici à la Foire du livre de Francfort sur TV5 monde. Merci Gaël.

    Merci.

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    00:08:18
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