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  • L'invité

    Serge Lama

    Invité : Serge Lama, chanteur français.

    Serge Lama a participé au gala du XVIIe Sommet de la francophonie, qui a rendu hommage à Charles Aznavour, à Erevan, en Arménie. Il se confie sur celui qu'il considérait comme son "père de métier".

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le XVIIe Sommet de la francophonie à Erevan.


    Transcription

    Lorsque l'on tient, entre ses mains, cette richesse. Avoir vingt ans, des lendemains pleins de promesses. Quand l'amour sur nous se penche. Pour nous offrir ses nuits blanches

    Quelle émotion, Serge. Quelle émotion, ce soir. C'est une grande émotion parce que le rapport filial que j'avais avec Charles depuis le début de… J'ai connu Charles en 64. Et à partir de là, il a guidé, quelque part, ma carrière. Il a quasiment raté aucun de mes concerts. J'ai essayé de faire pareil, mais je (...)

    Lorsque l'on tient, entre ses mains, cette richesse. Avoir vingt ans, des lendemains pleins de promesses. Quand l'amour sur nous se penche. Pour nous offrir ses nuits blanches

    Quelle émotion, Serge. Quelle émotion, ce soir. C'est une grande émotion parce que le rapport filial que j'avais avec Charles depuis le début de… J'ai connu Charles en 64. Et à partir de là, il a guidé, quelque part, ma carrière. Il a quasiment raté aucun de mes concerts. J'ai essayé de faire pareil, mais je tournais tellement à partir de 70. Là, ça bouscule quand on a des dates. Je n'ai d'ailleurs pas pu faire Bercy à cause de ça. Mais, c'était mon père de métier. Mon père d'affection aussi, parce que, comme je l'ai dit tout à l'heure sur scène, j'ai pleuré comme une madeleine, comme un enfant, comme je n'ai pas pleuré, jamais. Jamais ? Même si j'étais malheureux comme les pierres. J'ai pas pleuré comme comme si j'avais été abandonné. Le surlendemain de la mort de Charles, je pleure comme si j'avais été abandonné. Et moi qui interviewais Charles souvent, à chaque fois il me parlait de vous Serge.

    Oui, je sais, ça me touche beaucoup. On me l'a dit souvent. Même dans sa famille, quand il était chez lui et qu'on lui parlait d'un chanteur, il disait des choses que je ne peux pas répéter parce que c'était trop gentil pour moi, et on avait un rapport qui n'était pas ambigu du tout. On était père et fils du métier. On aimait de la même façon notre métier. On aimait les mots de la même façon. Incroyable. Car Charles aimait plus chez lui l'auteur. Il préférait encore l'auteur que le chanteur. Oui, c'est vrai. Le chanteur véhicule les mots, mais s'il n'y a pas les mots, il n'y a rien. C'est vrai qu'en France, actuellement, les mots sont en train d'un peu disparaître. Alors nous sommes les derniers porteurs de la… Je ne sais pas si c'est la bonne nouvelle, mais en tout cas, de la langue française.

    Il disait toujours, quand on lui demandait quelle chanson que vous n'avez pas écrite, que vous auriez aimé écrire, ou  rêvé d'écrire, il disait "Une île" de Serge Lama. Oui, il disait "Une île" parce que c'est une chanson que j'ai eu le privilège qu'il chante dans une émission de télévision, avec moi. Et c'est rare, parce que Charles ne chantait que ses chansons. Et c'est vrai qu'il adorait "Une île". Et puis, il aimait globalement toutes ces chansons parce qu'on était très différents dans la façon d'écrire, mais on était deux auteurs. Et ça, pour lui c'était le summum.

    Ce qui est incroyable, c'est que quand il chante, évidemment, "La bohème", etc, c'est la pression qu'il raconte la vie, l'humanité au plus profond.

    C'est le seul chanteur qui s'adresse aux pauvres. Moi, je crois aussi être un chanteur qui s'adresse aux gens déshérités. Et on n'est pas nombreux parce qu'il y a des chanteurs élitistes. Quand on aime les textes, ils sont formidables, mais ils ne s'adressent pas aux pauvres gens. Et les pauvres gens ont besoin de chansons. Et ils ont besoin de mots qu'ils comprennent, de mots. Et Charles, qui avait un vocabulaire formidable, il

    choisissait les mots que le public pouvait comprendre. Il aimait le public comme une personne, c'était comme un lien, c'était quelqu'un, le public pour lui.

    Oui, c'est ce qui a fait qu'il a chanté jusqu'à 94 ans, parce qu'il s'est aperçu que s'il arrêtait de chanter, il mourrait. Alors, il s'est dit : "Je ne peux pas arrêter." Il a continué, parce que le public lui manquait. Le public, c'est une entité. On ne peut pas comprendre quand on n'est pas chanteur. Oui mais c'est comme une femme, on l'aime comme une femme, on l'aime. Ou comme un homme aime un homme, on aime comme l'amour. On a un amour pour le public qui est incommensurable, qui est inexprimable, indicible. Cela ne se dit pas avec des mots, cet amour-là.

    Il s'est battu pour le conquérir cet amour, ce public, qui ne voulait pas forcément de lui au début. Il a dragué le public, c'est ça ? Il a dragué le public, exactement, c'est une très belle expression. Il a été le chercher dans ses fondements. Il a été le chercher au début, à travers d'autres interprètes. Parce que, lui, il commençait à être une petite vedette, mais il ne l'était pas encore, il écrivait pour les autres. Pour Gréco, notamment, mais pour d'autres, des chanteurs qui aujourd'hui ne sont plus connus. Et puis, tout à coup, j'étais là, ce jour-là, en 1960, à l'Alhambra- Maurice Chevalier. Il était en deuxième partie, donc en vedette, on disait "vedette" à l'époque, on disait Bastar. Il était en vedette, il était la star du spectacle. Et il arrive, il chante pendant 20 minutes. C'était la première, moi j'étais au balcon. À l'époque, je n'avais pas les moyens d'être sur le parterre. Et tout d'un coup il arrive avec une veste sur le bras, la cravate défaite, les manchettes défaites, et il chante cette chanson extraordinaire.

    "Je me voyais déjà". "Je me voyais déjà" qui est une chanson que tous les gens de métier revendiquent. Montand l'avait refusée. Vous vous rendez compte que Montant est passé à côté de cette chanson ? Et heureusement pour Charles. Parce que si Montant l'avait chantée, Charles ne l'aurait pas chantée, et il aurait perdu ce qui a fait de lui… C'est une dernière image, cette chanson. C'est qu'il faisait tourner les projecteurs vers lui. Il tournait le dos au public et il s'envolait vers la lumière. Et c'est le public qui rentrait sur scène. Serge, juste avant de se quitter, lui il aurait aimé écrire "Une Île". Vous, vous auriez aimé écrire quelle chanson de Charles ? Vous savez, il a tellement de chansons extraordinaires. Mais, en 1972 quand il a créé "Comme ils disent", qui n'a pas marché tout de suite, attention. Elle n'a pas marché tout de suite. Maintenant, tout le monde dit "Comme ils disent", mais à l'époque ce n'était pas ça, c'était une autre chanson qui était… Quand j'ai entendu ça, j'ai été scotché. Et je pense que c'est celle-là que j'aurais aimé avoir écrite.

    Merci beaucoup, Serge. Merci pour ces moments merveilleux, ici, à Erevan. Il est là, peut-être ?  

    Il regarde ce qu'il se passe sur cette place. Sans doute. Il est là. J'en suis sûr qu'il est là.

    Merci, Serge.

    Merci. On ne peut garder sans cesse sa jeunesse 

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    00:08:27
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