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  • L'invité

    Alain Mabanckou

    Invité : Alain Mabanckou.

    L'écrivain franco-congolais est l'un des invités du pavillon français à la Foire du livre de Francfort où il défend les valeurs de la francophonie et de la démocratie en Afrique.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis la Foire du livre de Francfort.

    Transcription

    -Alain MABANCKOU, à la Foire du livre de Francfort. Sapé comme jamais Alain.

    -On essaie quand même, il faut garder le moral sur tous les côtés.

    -Parce qu’on rencontre ici les lecteurs et ce sont des lecteurs qui ne parlent parfois pas du tout français.

    -Oui. Les lecteurs ne parlent pas du tout français, mais au fond, la langue importe peu. Ce qui compte, c’est l’émotion qu’on va dégager. Qu’on pense par exemple aux chansons qu’on écoute en anglais, en al (...)

    -Alain MABANCKOU, à la Foire du livre de Francfort. Sapé comme jamais Alain.

    -On essaie quand même, il faut garder le moral sur tous les côtés.

    -Parce qu’on rencontre ici les lecteurs et ce sont des lecteurs qui ne parlent parfois pas du tout français.

    -Oui. Les lecteurs ne parlent pas du tout français, mais au fond, la langue importe peu. Ce qui compte, c’est l’émotion qu’on va dégager. Qu’on pense par exemple aux chansons qu’on écoute en anglais, en allemand, on ne comprend rien, mais on ressent qu’il y a quelque chose qui se passe à l’intérieur. Peut-être que la littérature aussi, la vraie, c’est celle qui atteint cette excellence ou peut-être les signes ne veulent plus rien dire, mais c’est l’émotion qui émerge.

    -Oui. Il y a un moment de joie j’imagine pour Alain, c’est quand on lit Die Lichter von Pointe-Noire, je ne sais pas si je le dis bien, mais c’est la traduction qui vient de sortir en allemand de Lumières de Pointe-Noire.

    -Oui, la traduction de Lumières de Pointe Noire me fait très plaisir parce que c’est quand même ma ville de Pointe-Noire que j’exporte, que je fais découvrir aux Allemands. Il y a peut-être des Allemands qui n’ont jamais entendu parler de Pointe-Noire. C’est ça aussi être responsable d’une ville. Quand j’écris un livre en français Lumières de Pointe-Noire, toute la France a lu, toute la Belgique, tout le monde francophone a lu les livres. Mais il faut conquérir les espaces, il était traduit en anglais également, mais là en allemand, ça me donne encore beaucoup plus de plaisir.

    -On arrive à faire respirer cette langue française, la francophonie à travers aussi des traductions. Par exemple, voici Black Moses ; Petit Piment.

    -Black Moses, c’est la traduction en anglais de Petit Piment. Mais je suis vraiment, sincèrement très frappé de voir que venant d’un petit pays de 342 000 kilomètres carrés, traversé par l’Équateur, et que dans ce petit pays nous soyons des écrivains qui écrivons la réalité de notre pays, l’imaginaire de notre pays et pouvoir démultiplier ça dans d’autres langues, ça, c’est extraordinaire, c’est le passeport même de l’imaginaire.

    -Oui, ça me revient à poser cette question finalement, Alain MABANCKOU : c’est quoi la francophonie ? Parce qu’ici on parle de la francophonie, on est au Pavillon de la France et en même temps il y a toute la francophonie ici.

    -Oui. Je pense qu’il faut considérer la francophonie comme une famille, une famille nombreuse. Les autres disent "vous êtes trop nombreux", mais la francophonie ne doit pas exclure la France. C’est pour cela que j’ai apostrophé dans les couloirs, Emmanuel MACRON, le président…

    -Quand il est venu inaugurer ici… Vous lui avez parlé directement.

    -J’étais invité, je veux dire que j’étais invité, il y avait Emmanuel MACRON, il y avait Angela MERKEL, donc j’étais assis ; Emmanuel MACRON a parlé pendant plus de 40 minutes, mais ce qui m’a gêné, c’est ce qu’il a dit dès le départ en disant : "L’Allemagne accueille la France et la francophonie. " Ça veut dire que dans l’esprit du président français, la France n’est pas dans la francophonie et que la francophonie c’est la cohorte des anciennes colonies, c’est les petits pays des anciennes colonies qui sont là ; et ça, ça m’a fait réfléchir, que l’idéal serait de repenser la francophonie et d’éviter que même au sommet de l’État, qu’on puisse avoir des définitions très coloniales de la francophonie.

    -Comment il a réagi le président de la République quand vous lui avez dit ça ?

    -On était censés se saluer simplement, il s’est arrêté. Il a cherché à me convaincre, "Écoutez Monsieur MABANCKOU, j’ai parlé de la francophonie, mais ici il s’agissait de parler de l’amitié franco-allemande. " J’ai dit : "Attendez ! Quand vous lisez les poèmes de Léopold Sédar SENGHOR dans Chants d’ombre, il parle de quoi ? Il parle de l’Allemagne. SENGHOR a été captif pendant la guerre, il parle aussi de la France à l’intérieur. La prière à cette Europe qui avait les mains blanches, cette neige qui était là, c’était Léopold Sédar SENGHOR. " Et après, il a dit : "Bon, eh bien écoutez on va essayer…", j’ai dit : "Mais non monsieur le président, une autre chose dans votre discours pendant 40 minutes. "

    -Oui. (inaudible) il a fait là, c’est du GOETHE ici.

    -Oui. Je n’ai entendu aucun nom d’un écrivain francophone. Alors qu’on nous a cité GOETHE, on a cité Gérard DE NERVAL, on a cité Paul RICOEUR, bref, les références classiques d’une certaine littérature occidentale, blanche, masculine et érigée comme les modèles que nous sommes censés suivre comme des moutons de Panurge.

    -Ça veut dire quoi ça Alain MABANCKOU ?

    -Ça veut dire qu’il y a une pédagogie… Si un président oublie de citer un francophone, comment voulez-vous que les élèves des écoles occidentales puissent apprendre la littérature francophone. Et au demeurant, on a des grands écrivains qui viennent de la francophonie, Dany LAFERRIÈRE il est à l’Académie française.

    -Bien sûr, immense. Bien sûr.

    -Patrick CHAMOISEAU, il a eu le prix Renaudot.

    -On se souvient de votre cours au Collège de France Alain MABANCKOU. Et cette présentation extraordinaire de cette histoire finalement que l’on voit encore méconnue ici.

    -Oui. Mais il y a une chose aussi j’ai pensé Patrick SIMONIN, c’est peut-être aussi le fait que quand un président est entouré de conseillers qui ne connaissent pas ce dont il parle. Il est mal conseillé, je veux dire qu’un discours comme ça, je suis désolé, je peux le dire devant vos téléspectateurs en regardant droit dans l’écran…

    -Il va peut-être l’entendre.

    -Oui. En disant : "Monsieur MACRON, quand vous avez un discours à écrire sur la francophonie, ne vous fiez pas toujours à ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit. Venez nous consulter, on va quand même redresser quelques éléments pour que vous ayez un discours fédérateur. Parce que si vous n’arrivez pas à régler la question selon laquelle la France est un pays francophone, eh bien on continuera toujours à qualifier la littérature sous 2 degrés. " Et ça, c’est une conception qui m’horripile beaucoup parce que ça ébranle tout le travail que les ambassadeurs de la langue française ont fait à travers le monde. Je pense à Édouard GLISSANT, je pense à Assia DJEBAR, je pense à Maryse CONDÉ, qui tous ont enseigné aux États-Unis en langue française, la culture française. Et là vous arrivez dans une fête comme ça, qui devait être normalement… Si j’avais écrit le discours du président, j’allais dire : "L’Allemagne invite la France et la langue française… ", comme ça l’ensemble des pays serait à l’intérieur de la langue française.

    -Vous êtes prêt à le conseiller alors si j’ai bien compris Alain MABANCKOU. S’il vous le demande.

    -J’ai beaucoup de choses à faire quand même.

    -Oui. Non, mais vous pourriez conseiller le président ?

    -Patrick SIMONIN, j’ai la révolution à faire, à théoriser, à théoriser. Je dois parler à toute cette jeunesse qui est assoiffée de savoir ce qu’il faut faire, qui est compressé et…

    -Qui a besoin de démocratie aussi parce qu’on voit aussi vos interventions, vos coups de gueule on va dire Alain MABANCKOU, sur cette démocratie qui n’avance pas en Afrique.

    -Patrick SIMONIN, je vais vous dire une chose, la fin des dictatures du bassin du Congo est proche. Les signes sont annonciateurs, nous sommes dans une époque de l’apocalypse. Ce ne sont que les aveugles qui ne le voient pas, et les sourds qui ne l’entendent pas. Ou alors ces aveugles font semblant de ne pas voir ou de ne pas entendre. On ne peut pas opprimer des peuples pendant des années et des années. Qu’est-ce que ces monarques font au pouvoir pendant 30, 40 ans ? Les mêmes noms ? Les populations meurent de faim. Leurs enfants, les enfants de ces présidents sont en train de rouler dans des Lamborghini, de Mercedes-Benz, pendant qu’il y a des gens qui meurent au Congo, qui ne savent même pas comment payer un cercueil. Et qu’on vienne demander à des gens qui s’expriment comme nous de ne plus rentrer au Congo ? 30 ans de dictature, ça suffit ! Il faut passer à autre chose.

    -Merci beaucoup Alain MABANCKOU. Nous étions ici, à la Foire de livre de Francfort. Merci pour ce témoignage.

    -Merci beaucoup.

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    00:08:20
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