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  • L'invité

    François Legault

    Invité : François Legault, Premier ministre du Québec

    Depuis le XVIIe Sommet de la francophonie à Erevan, en Arménie, interview exclusive du Premier ministre québécois, nouvellement élu, François Legault. Le ministre revient sur son soutien apporté à la candidate rwandaise fraîchement élue à la tête de l'OIF, Louise Mushikiwabo, et évoque sa relation avec le président de la République française Emmanuel Macron. François Legault s'exprime sur les critiques reçues face à sa politique d'immigration et son style qualifié parfois de populiste. Il revient également sur la comparaison faite avec Donald Trump, ses divergences avec Justin Trudeau et répond au soutien apporté par Marine Le Pen en France.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le XVIIe Sommet de la francophonie à Erevan.


    Transcription

    Bonjour, François Legault. Vous êtes le Premier ministre élu du Québec, vous n'avez pas de mal à former votre gouvernement, comme certains. Non, c'est toujours difficile, parce qu'il faut choisir les bonnes personnes, mais aussi dire non à d'autres personnes.

    C'est toujours difficile, je comprends un peu Monsieur Macron. Même un remaniement, c'est difficile.  Vous avez vu Emmanuel Macron au sommet de la Francophonie. Vous avez échangé-là dessus ? Comment ça se passe entre vous là ? (...)

    Bonjour, François Legault. Vous êtes le Premier ministre élu du Québec, vous n'avez pas de mal à former votre gouvernement, comme certains. Non, c'est toujours difficile, parce qu'il faut choisir les bonnes personnes, mais aussi dire non à d'autres personnes.

    C'est toujours difficile, je comprends un peu Monsieur Macron. Même un remaniement, c'est difficile.  Vous avez vu Emmanuel Macron au sommet de la Francophonie. Vous avez échangé-là dessus ? Comment ça se passe entre vous là ?

    On a juste eu, pour l'instant, une discussion informelle. On s'est promis de se fixer un moment où on va prendre le temps à travers les dossiers, qu'on puisse parler d'économie. Moi je suis un homme d'affaires, Monsieur Macron aussi était en affaires. Puis, je pense qu'on peut faire plus d'échanges entre le Québec et la France, et ça nous permettrait d'être moins dépendants des États-Unis. C'est-à-dire, plus d'échanges, c'est quoi ? Les exportations, pour garder les produits. Il faut fixer quelques industries dans lesquelles on peut augmenter les exportations dans un sens et dans l'autre. Moi, je voudrais aider la France à exporter davantage en Amérique du Nord, et que la France m'aide à exporter davantage en Europe. Vous savez, Québec, je le disais, 70% de ses exportations aux États-Unis, mais seulement 14% dans l'ensemble de l'Europe. Il y a un potentiel à développer, puis évidemment il y a l'Afrique. D'où l'intérêt d'être ici, à Erevan, de pouvoir discuter. J'ai rencontré la Côte d'Ivoire, le Sénégal, et la francophonie nous permet de développer des échanges, et puis, concrètement, travailler, développer des relations qui vont amener plus d'exportations dans un sens et dans l'autre. L'Afrique, pour moi, il y a beaucoup de potentiel. C'est l'avenir de la francophonie, mais aussi, économiquement, il y a beaucoup à faire. Votre slogan de campagne au Québec, c'était "Faire plus, faire mieux". Vous diriez : "La francophonie doit faire plus faire mieux" ? Vous avez dit, d'ailleurs, en annonçant que vous ne soutiendriez pas Michaëlle Jean qui, pourtant, est canadienne, à sa réélection. Vous avez dit : "Il faut changer de style de gestion".

    Il faut que ça donne des résultats. Il ne faut pas que ce soit juste l'occasion de se rencontrer. "Bonjour, moi je voudrais qu'on travaille sur le numérique : Comment on fait pour que le français garde sa place sur l'internet ?" S'assurer qu'il y ait plus d'échanges économiques à l'intérieur de la francophonie, cela viendrait justifier l'importance de la Francophonie. Il ne faut pas juste avoir une organisation qui se réunit quelquefois, il faut que ça donne des résultats, et il faut que ça soit efficace, il faut que les fonds soient gérés de façon transparente. C'est pour ça que j'avais, effectivement, quelques questions à poser à Madame Jean.

    Vous n'avez pas eu visiblement les réponses parce que vous ne l'avez pas soutenue.

    Oui, mais bon, j'ai demandé des réponses. J'ai été nommé il y a quelques jours, donc je vais demander des questions dans les derniers jours. Mais, en même temps, j'ai bien vu qu'il y avait un consensus qui se faisait autour de la candidature rwandaise. Et je pense que c'est une opportunité, justement, de montrer l'Afrique, et puis ensemble, de construire la francophonie, puis l'avenir de la Francophonie. Au-delà, il faut défendre aussi la langue française. Au fond, le Québec, est toujours à l'avant-poste de cette lutte.

    Oui, certains me l'ont reproché parce que l'une des propositions qu'on a faites en campagne électorale, c'est de dire : "À l'avenir, les nouveaux arrivants au Québec devront réussir un test de base en français". Certains n'ont pas aimé. Quand je regarde, l'année dernière, le Québec a reçu 50 000 nouveaux arrivants, il y en avait 56% qui ne parlaient pas français. Donc, ça devient une question mathématique. Ça va peut-être prendre 25-50 ans, mais surtout à Montréal, le français pourrait disparaître. Moi, je voudrais que mes petits-enfants vivent en français.

    Vous avez dit aussi qu'il faudrait moins d'immigrés ?

    Oui. On vous a un peu caricaturé là-dessus, vous n'avez pas l'impression ?

    Oui, j'ai le droit au baiser de la mort un peu de Madame Le Pen.

    Elle vous a félicité, c'est ça ? Elle m'a félicité, alors que moi je refuse toute association avec Madame Le Pen ou avec tout parti populiste. Nous, ce qu'on a constaté, c'est que plus que la moitié des nouveaux arrivants ne parlent pas français. Puis, il y en a plus de 20% qui ne trouvent pas un emploi. Il y a un problème d'intégration. C'est pour ça qu'on a sorti l'idée de dire : "En prendre moins, mais en prendre soin". Faire un pas de recul à 40 000, puis à 40 000, compte tenu qu'on a huit millions d'habitants, c'est plus que la France, dans toutes proportions gardées. Au fur et à mesure que l'on pourra mieux intégrer au français via l'emploi, on pourra recommencer à augmenter le nombre d'immigrants.

    Autre fait qu'on a pu lire dans la presse française : vous avez lu, on vous comparait à Donald Trump. Au contraire, vous dites : "Il faut un peu s'éloigner des États-Unis, il faut se rapprocher de l'Europe." C'est ça que vous dites ?

    Parce que je suis un homme d'affaires, c'est peut-être une comparaison facile à faire. Oui, je pense qu'on peut faire mieux en économie. Pour moi, c'est important. Il y a peut-être une question d'orgueil : le Québec est moins riche que le reste du Canada, je n'accepte pas ça. On a des bonnes universités, on a des entrepreneurs créatifs, on peut faire mieux, on peut faire plus. C'est ça qu'on essaie d'expliquer, mais non, Monsieur Trump, c'est une autre approche.

    Vous disiez à l'instant : "Je suis un homme d'affaires", mais vous avez un parcours incroyable sur le dos. Vous êtes issu d'un milieu populaire, on va dire, et vous avez monté une entreprise incroyable : c'est Air Transat, une des plus grandes réussites du Québec. Votre exemple, c'est quoi ? Vous dites : "Ce que je fais, on peut le faire" ?

    Oui, effectivement. Écoutez, moi j'ai emprunté 50 000 mille dollars, peut-être 30-40  000 euros, en cachette de ma mère. C'était beaucoup d'argent pour ma famille. Et puis bon, avec deux Français d'origine, Jean-Marc Eustache, Philippe Sureau, on a démarré cette entreprise. Au début, toute petite, et aujourd'hui, c'est un beau succès, Air Transat. Cela me permet de faire de la politique de façon indépendante. Comme je le dis en Québécois : "Je ne suis pas (inaudible)".

    Et pourtant, vous voulez mettre plus d'argent, vous l'avez dit, dans le portefeuille des Québécois ? C'est ça, votre idée ? Oui, l'éducation est importante, mais il faut aussi que les familles de la classe moyenne soient capables de compter sur des revenus additionnels. Les impôts, les taxes, un peu comme en France, sont très élevés au Québec. Oui, ça c'est vrai. Vous l'avez dit à Emmanuel Macron ? Il va peut-être vous écouter ?

    Oui, et on s'est promis de se voir, prendre le temps de discuter ensemble. Mais, Monsieur Macron aussi a démarré un nouveau parti et a été élu. Moi, j'ai choisi il y a six ans et demi, c'était un peu plus long que lui. C'est étonnant votre réussite, c'est incroyable… Un peu comme quand on a démarré Air Transat, on a démarré un nouveau parti qu'on a appelé "la Coalition pour l'Avenir duQuébec. Et puis en six ans et demi, on a réussi à prendre le pouvoir avec un bon gouvernement majoritaire.

    On a les coudées franches pour la suite des choses. Et vous avez fait bon voyage avec Monsieur Trudeau dans le même avion pour venir ici ?

    Oui, on n'est pas toujours d'accord, Monsieur Trudeau et moi. Pour moi, c'est très important de protéger le français, protéger nos valeurs. On a des débats aussi sur les signes religieux. Nous, on propose d'interdire les signes religieux. Vous avez peur un peu de ce communautarisme… ? Non, tout ce qu'on veut, c'est les personnes en autorité, par exemple les policiers, on voudrait qu'il y ait une apparence de neutralité. Donc, interdire les signes religieux. Monsieur Trudeau n'est pas d'accord avec ça. On a des différends, mais on veut tous les deux travailler pour améliorer l'économie.

    Un dernier mot. C'est Charles Aznavour qui est célébré ici. Vous savez combien il a débuté au Québec. Il a commencé dans les boîtes à chansons, Charles Aznavour. C'est un de mes chanteurs préférés. "Hier encore", je pense que c'est une de mes chansons, sinon la chanson que je préfère. Et puis, il est venu souvent au Québec, Charles Aznavour, on l'aimait beaucoup, on l'aime encore. C'est un grand. Merci beaucoup, François Legault, Premier ministre élu du Québec, pour votre première interview sur TV5. On sera amené à se revoir avec grand plaisir. On était ici à Erevan, au 17ème sommet de la Francophonie. Merci, Monsieur le Premier ministre. Merci pour l'invitation, au plaisir de se revoir.

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