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  • L'invité

    Popeck

    Invité : Popeck, acteur et comique français.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Un chapeau, une redingote, un accent indéfinissable, un petit bonhomme venu de quelque part en Poméranie, c'est Popeck. Popeck, depuis tant d'années, De qui vous tenez ce don-là, c'est le titre du livre de vos souvenirs. De qui vous le tenez ? C'est de mon père parce que je venais d'avoir le Prix Marcel Achard au cours René Simon, le plus célèbre cours d'art dramatique de France à l'époque. Marcel Achard m'a remis lui-même le chèque de mon premier prix. Mon père a vu ma tête dans le journal Le F (...)

    Un chapeau, une redingote, un accent indéfinissable, un petit bonhomme venu de quelque part en Poméranie, c'est Popeck. Popeck, depuis tant d'années, De qui vous tenez ce don-là, c'est le titre du livre de vos souvenirs. De qui vous le tenez ? C'est de mon père parce que je venais d'avoir le Prix Marcel Achard au cours René Simon, le plus célèbre cours d'art dramatique de France à l'époque. Marcel Achard m'a remis lui-même le chèque de mon premier prix. Mon père a vu ma tête dans le journal Le Figaro. Comme avec mon père, j'étais très introverti, j'avais honte de son accent, chaque fois que mon père était très bavard, je lui disais : "Tu n'as pas besoin de demander, Papa, on va trouver". "Mais, avec toi, on ne peut parler à personne, tu es un sauvage !" Le sauvage, c'était moi. Alors, il me dit : "Je me demande de qui tu tiens ce don-là." Il réfléchit et il me dit : "Ça ne peut pas être de moi, ça doit être de ta mère, elle mentait tout le temps". J'avais honte de son accent. De qui tu tiens ce don-là ? "Ça doit être de ta mère, elle mentait tout le temps". Et pourtant, vous parliez des sauvages. On n'est pas des sauvages tout de même. C'est vrai. Je le répète toujours, le tout premier sketch s'intitulait Le tribunal, car, à l'époque, les artistes ne faisaient qu'un sketch en tout et pour tout en première partie, que ce soit Sébastien, Loeb, Coluche, on ne faisait qu'un sketch en première partie. Il y avait la vedette, c'était Brel, Dassin en deuxième partie. Mon tout premier sketch s'intitulait Le tribunal, Popeck au tribunal. Je change encore aujourd'hui des choses que je mets dedans. Par exemple, aujourd'hui, j'ai changé une phrase. Je pars en coulisses : "Dites-moi, monsieur le gardien, le président du tribunal…" parce qu'il a dit affaire suivante Monsieur Popesku, c'est moi l'affaire suivante. "Le président du tribunal, c'est bien celui là-bas entre les deux accessoires qui a la robe rouge avec le bavoir blanc. Ne vous fâchez pas, je vous pose la question, c'est pour savoir à qui je dois m'adresser dans cette affaire. On n'est pas des sauvages tout de même." C'est venu comme ça et c'est une phrase qui reste. Non, c'est nouveau. C'est nouveau mais ça vous accompagnera toujours, une expression comme ça. C'est rentré dans le répertoire populaire. Quand j'étais tout jeune, quand je débutais au café-théâtre, on ne disait pas Popeck, on ne savait pas qui c'était. "Ah lui, c'est… On n'est pas des sauvages". Popeck, ça vient de "tchepek". Ça veut dire "le râleur". En polonais, c'est un violon grinçant. On dit : "Ce type n'est pas un violoniste, c'est un…" Il y a même des gens méchants qui disent que Vivaldi, c'est un casserolier. J'ai entendu ça par un musicien. C'était quand je tournais pour Polanski. On était dans la loge et ce type dit - je parle de Vivaldi - : "Ah oui, le casserolier !" Pam pam pam pam pa-pa-pam, pa-pa-pam, pam pam pam pam. Oser dire que c'est un casserolier, alors je dis : "S'il m'entend jouer du violon, qu'est-ce qu'il va dire ?"

    Vous parliez de Polanski. C'est l'occasion de dire que vous tournez dans Le Pianiste, cette incroyable histoire qui vous ramène au ghetto de Varsovie et qui nous ramène à vos origines, votre famille, vos origines juives. On va en parler dans quelques instants. Quand vous tournez avec Polanski, c'est votre propre histoire qui remonte. Curieusement, pas du tout avec Polanski , mais avec un cinéaste Belge, Micha Wald, avec lequel j'ai tourné un film qui, malheureusement, n'a pas eu de succès mais je n'y suis pour rien, Les folles aventures de Simon Konianski, qu'on a tourné à Cracovie, parce qu'avec Polanski, je n'ai pas eu le temps d'aller à Varsovie. Avec l'autre, j'ai tourné 15 jours, j'avais le temps avec Micha Wald. J'ai fait un détour par Varsovie. Je voulais voir le ghetto. Par contre, je suis resté à Cracovie qui est très proche d'Auschwitz, mais je n'ai pas voulu y aller. Je n'ai pas voulu y aller. Derrière le rire, il y a des larmes. Mais, mon comique est tiré de la tragédie. On ne le sait pas. À aucun moment, dans mes sketchs, je ne le fais sentir, car si une seule fois vous faites référence à la tragédie, c'est dur de remonter le rire. Or, mon orchestre, je n'ai pas de musiciens. Mon orchestre, c'est le public, c'est le rire du public. C'est une maladie, c'est un virus. Vous savez qu'à mes débuts, je venais du théâtre, du théâtre tragique, du théâtre dramatique : Arthur Miller, Simone de Beauvoir, Brecht. Je ne supportais pas le rire. Je ne supportais pas la gaudriole. Vous vous rendez compte la culbute que j'ai faite par la suite. Si les gens ne riaient pas, je me mettais en colère, j'engueulais le public. On m'a dit au café-théâtre : "Tu ne feras pas une carrière si tu engueules le public comme ça". Or, mes défauts sont devenus des qualités. Ce personnage-là, c'est ce chapeau. C'est Popeck. Vous inventez… Il est mythique, ce chapeau. Ce personnage. Comme Charlot pour Chaplin, vous inventez Popeck. Ce n'est pas un double de vous, c'est quoi Popeck, c'est qui Popeck ? Je pense que c'est un double. Comme je le dis dans le livre : c'est quelqu'un qui a une personnalité, qui a un charisme, qui a un culot, que le comédien qui avait pris un pseudonyme de Jean Herbert avec lequel j'ai joué tant de pièces et eu le premier prix, je n'avais pas ce charisme. J'étais timide. Je n'éclatais que sur la scène. Mais, de Funès était comme ça aussi : dans la vie, c'était un personnage très timide, très petit monsieur, très renfermé. C'est bien pour ça qu'on s'entendait bien. Ce qui est extraordinaire, c'est de parler de Judka Herpstu. Judka que j'ai détesté. C'est votre nom. Je le détestais. On m'appelait "Judkaka", "jus de café", "jus de carottes". J'ai détesté ce prénom, avant de le revendiquer aujourd'hui, si on m'appelle Judka. C'est une très grande chanteuse, Pia Colombo, quand elle a appris qu'on m'appelait Judka, j'étais son partenaire dans Brecht, Puntila et son valet Matti, elle m'a dit : "À partir de maintenant, je t'appellerai Judka". C'est un très joli prénom. Ma soeur qui s'appelait Shanna, je n'ai découvert son prénom qu'à sa mort. Elle se faisait appeler Jacqueline et moi, Jean. On avait honte de ces prénoms étrangers qui nous rappelaient où il fallait se cacher, où il fallait dissimuler. Vous pouvez remettre ça quand même. Je vais vous le mettre. Vous êtes Popeck d'un coup, voilà. Je fais ça et ça change tout. Qu'est-ce qu'il y a ? Vous n'allez pas me dire que quand vous arrivez au boulot le matin, vous commencez tout de suite non plus, vous ? C'était ma première phrase. Merci, Popeck. De rien. Vous ne me devez rien, c'est gratuit.

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    00:08:28
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