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  • L'invité

    Galia

    Invitée : Galia, danseuse de revue française.

    La reine des nuits parisiennes se raconte dans "Quand j'étais petit garçon".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Reine de la nuit parisienne, le Queen, l'Alcazar, le Carrousel, des boîtes de nuit. C'est la joie, le bonheur de Paris, Galia, que vous avez incarné pendant tant d'années. Aujourd'hui, vous révélez la vérité, vous qui êtes un des personnages ce tout-Paris, la vérité sur vous, sur l'enfant que vous avez été, j'allais dire le petit garçon que vous avez été. Mais, vous pouvez le dire. C'est vrai que j'ai été, autant que cela puisse paraître insensé, j'ai été un petit garçon, mais il y a très, très (...)

    Reine de la nuit parisienne, le Queen, l'Alcazar, le Carrousel, des boîtes de nuit. C'est la joie, le bonheur de Paris, Galia, que vous avez incarné pendant tant d'années. Aujourd'hui, vous révélez la vérité, vous qui êtes un des personnages ce tout-Paris, la vérité sur vous, sur l'enfant que vous avez été, j'allais dire le petit garçon que vous avez été. Mais, vous pouvez le dire. C'est vrai que j'ai été, autant que cela puisse paraître insensé, j'ai été un petit garçon, mais il y a très, très longtemps. C'était une petite erreur de la nature que nous avons rectifiée. Vous dites "le petit garçon". Dans ce livre, vous parlez de lui, de ce petit garçon. Vous l'appelez Domino. Il s'appelait Dominique et on l'appelait Domino. Il grandit au Panier, à Marseille. Oui, dans le plus vieux et le plus pauvre quartier de Marseille. Il grandit dans une famille métisse, à l'époque où tout le monde était blanc. A u fur et à mesure, il se rend compte, qu'alors qu'il pensait être une petite fille, on lui dit que c'est un garçon. Sa grand-mère dit que c'est un garçon. Il ne savait pas qu'il était pauvre. Il se rend compte qu'il l'est en allant d'abord à l'école, ensuite au lycée. Et surtout, surtout, surtout, on lui dit qu'il est noir. C'est incroyable. Il pensait qu'il était blanc. Il se voyait blanc. Son père était noir, mais dans sa tête, il se disait que ce n'était pas son père. Vous savez comme les enfants fantasment. Il a commencé à fantasmer sa vie. C'est marrant quand vous dites "il". Vous parlez de ce petit garçon qui était vous, mais comme si c'était quelqu'un d'autre. C'est quelqu'un d'autre. Je vais vous dire une chose. Je m'en suis rendu compte à la fin du livre quand je dis "je". À la fin du livre, vous l'avez lu, je suis sûre, mais quand nos téléspectateurs le liront, à la fin du livre je dis "je", parce que je suis une fille. Ce "je", ne pouvait pas être "il". Il ne pouvait être qu'"elle". Je m'excuse. Je ne sais pas si je m'explique bien, mais pour moi, le "je", est "elle". Il n'est pas "il". Donc, ce petit garçon qui est moi, je ne suis pas schizophrène, je l'aime mais ce n'est pas moi. Vous dites : "J'ai toujours été une fille". Oui, aussi loin que je me souvienne. Même si vous étiez un petit garçon à l'état civil. Oui, mais j'ai toujours pensé que j'étais une petite fille. J'ai toujours cru que je l'étais. Quand on m'a dit que je ne l'étais pas, j'ai pensé que je le deviendrai parce qu'un jour, j'avais lu dans un quotidien… Ma grand-mère tenait un bar à Marseille, donc il y avait les journaux. J'ai appris à lire très vite et je lisais les journaux tous les jours, sans toujours comprendre ce que je lisais. J'avais lu qu'une certaine personne qui s'appelait Coccinelle était devenue une femme. Moi, dans mon esprit d'enfant, je me suis dit : "Une femme ? Elle était un garçon, elle est devenue une femme. Un jour, je me réveillerai et je serai une femme". Comme dans un conte de fées. Oui. À certains moments, vous allez chez les commerçants, et on vous dit : "Ah, tu es jolie, ma petite fille !" Vous dites : "Ma grand-mère dit que je ne suis pas une petite fille". C'était le drame de ma vie. C'était mon drame. Tout le monde disait autour de moi : "Oh, elle est jolie, cette petite fille", "Vous êtes une très jolie petite fille". J'étais obligée de dire : "Non, ils m'ont dit que je ne suis pas une petite fille". Cette recherche d'identité incroyable parce qu'un jour, vous allez être vous-même réellement. C'était un combat. C'est un combat. C'est très difficile. C'est très douloureux, d'autant plus qu'on n'a pas d'exemple. Pour être un homme ou pour être une femme, ça fait des siècles et des siècles qu'on sait comment le devenir parce qu'on le devient. La société fait devenir l'homme , homme, et la femme, femme. D'ailleurs, Simone de Beauvoir avait dit : "On ne naît pas femme, on le devient". Mais, pour des êtres sensibles, comme moi et comme nous, parce que nous sommes nombreuses et nombreux, parce qu'il y a l'inverse aussi, il y a des filles qui pensent être des garçons, qui le sont et qui le deviennent, c'est un parcours très long, très douloureux, dangereux également, surtout à mon époque. Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Il n'y avait pas le mariage pour tous. L'homosexualité n'était pas acceptée, la transsexualité non plus. On ne savait même pas ce que c'était. On disait travelo, et encore, même le mot n'était pas très connu. Vous avez eu le sentiment à un moment de devenir peut-être une bête de foire. Quelque part, oui. On était exhibé comme la femme à barbe ou la femme araignée, je ne sais pas. C'est vrai. Quelque part, c'est aussi ce qui m'a sauvée parce que dès que je suis partie de Marseille, j'ai décidé que je ferai du spectacle. Il y avait un endroit à Paris qui s'appelait Le Carrousel où il y avait 18 jeunes filles comme moi. C'est là que je voulais aller et c'est là où je suis allée. Vous devenez danseuse. Vous rencontrez le tout-Paris. Vous devenez populaire auprès de ce milieu incroyable. De ce milieu de la nuit. Finalement, vous êtes libre, libre toujours. Très, toujours, et toujours faisant ce que je voulais faire malgré tous les obstacles. C'était très difficile. C'était très dur. Parce que changer de sexe, même si vous dites que vous avez toujours été une petite fille, il faut quand même changer de sexe. Il y avait la préparation et toutes les horreurs qu'on disait à ce propos. C'était quelque chose d'horrible. Même dans la communauté gay dont j'étais issue, on disait : "Les travelos, mais quelle horreur !" Il n'y avait pas 36 solutions. C'était ou le bois, ou les planches. J'avais choisi les planches parce que je suis très frileuse. Il y avait le traitement hormonal. On disait que ça allait donner des cancers, des maladies épouvantables, tout ce qu'on ne sait pas, tout ce qu'on fantasmait autour de ça pour m'empêcher. Vous allez quand même jusqu'au bout. J'avais une conviction profonde. Même jusqu'au dernier moment, j'ai dit : "Même si je meurs le jour de l'opération", car il y a une opération, "même si je meurs, tant pis, je serais morte en pensant que j'allais devenir ce que je voulais être". Il y a, partout dans le monde, des gens qui peut-être nous écoutent, qui sont victimes de cette stigmatisation contre leur préférence sexuelle et contre leur genre. Je sais. Vous dites quoi quand vous voyez comment sont traités les transsexuels ? Dans certains pays, les transsexuels, les homosexuels, très, très, très mal. Aujourd'hui, on a la chance de vivre en Europe, à Paris, ou en Amérique où ce n'est pas facile, mais plus aisé qu'à l'époque où j'ai commencé. Il y a des pays où c'est épouvantable. Elles sont torturées. C'est affreux. Que dire ? Que dire ? Il faut aller jusqu'au bout de ses convictions, mais pour cela, il faut avoir une conviction intime très, très, très profonde, en être sûr. Quand vous êtes sûr, c'est en vous. C'est une vocation. Vous êtes heureuse, Galia ? Plus, je dirais que ce serait mal élevé. Je suis très, très heureuse et je l'ai toujours été. Je savais, même enfant, ce que je deviendrai. Mon destin était tracé, et je l'ai suivi. Quand j'étais petit garçon, la reine de la nuit raconte son enfance de petit garçon, publié chez Plon. C'est un témoignage fort. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. C'est moi qui vous remercie.

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    00:08:16
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