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  • L'invité

    Stan Cuesta

    Invité : Stan Cuesta, auteur, journaliste et musicien français.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Stan Cuesta. Bonjour. Vous êtes spécialiste musical, ancien journaliste à Rock & Folk. Vous avez chanté vous-même un album et, surtout, vous publiez un livre incroyable qui s'appelle Sous les pavés les chansons, Anthologie des airs rebelles, publié chez Glénat, pour nous rappeler alors qu'on célèbre l'anniversaire de Mai 68, que l'héritage de Mai 68, ce sont des chansons. Oui, on peut voir ça comme ça, mais je pars de bien avant et de bien après, mais il y a eu effectivement quelque chos (...)

    Bonjour Stan Cuesta. Bonjour. Vous êtes spécialiste musical, ancien journaliste à Rock & Folk. Vous avez chanté vous-même un album et, surtout, vous publiez un livre incroyable qui s'appelle Sous les pavés les chansons, Anthologie des airs rebelles, publié chez Glénat, pour nous rappeler alors qu'on célèbre l'anniversaire de Mai 68, que l'héritage de Mai 68, ce sont des chansons. Oui, on peut voir ça comme ça, mais je pars de bien avant et de bien après, mais il y a eu effectivement quelque chose qui s'est passé dans les années 60. On va entendre par exemple Bob Dylan, Blowin in the wind. C'est une des chansons que vous avez sélectionnées. Pourquoi Les chansons d'abord ? Parce que les chansons touchent d'une façon qu'un discours politique ne peut pas faire. Ça s'attaque à l'émotion directe. Après, on peut analyser le texte, etc, mais via la musique, via le grain de la voix, on peut dire des choses qui ne passeront jamais pareil de façon intellectuelle. On entend Dylan. Écoutez ça, Blowin in the wind. How many times must the cannon balls fly

    Before they're forever banned ? On peut se dire, en quelque sorte, qu'une chanson comme celle-là annonce mai 68 ? Aux États-Unis, il y a une grande tradition de chansons contestataires portées par la folk music à la fin des années 50, début des années 60, dont Dylan est l'héritier. En France, ça va mettre un certain temps à arriver. On est en pleine période yéyé à cette époque-là, donc vraiment on chante des… Mais, parallèlement à cette variété un peu nulle, il y a des gens comme Brassens, Ferré, Ferrat, etc, qui annoncent ce qu'il va se passer à la fin des années 60. Bizarrement, pour Mai 68, qui n'est pas vraiment une révolution très musicale en France, ce n'est pas le rock qui va être porteur comme aux États-Unis, les luttes contre le Vietnam, c'est le rock qui porte tout ça. En France, le rock n'est pas encore arrivé. C'est vraiment la chanson qui va porter ça. La chanson traditionnelle, on va dire. On va écouter d'ailleurs une de ces voix, de cette chanson traditionnelle, une des voix marquantes de la chanson française, qui chante Mai 68. C'est évidemment Claude Nougaro. Mai mai mai Paris mai , mai mai mai Paris. C'est ce que vous disiez, Stan, ça c'est la chanson française révoltée. Oui, et ce qui est amusant, d'ailleurs, mais c'est assez symptomatique, c'est que c'est intéressant pour plein de raisons, mais ça a été écrit après. C'est une chanson sur Mai 68. Finalement, Mai 68, au niveau de la chanson en tout cas, a été une porte d'ouverture. Et la chanson française va complètement changer après Mai 68. Avant, ce n'est pas vraiment ça. Après, il y aura Nougaro, puis ça va s'ouvrir à toute une nouvelle variété où il y aura Maxime Le Forestier, des gens comme ça, qui prendront l'héritage de cette contestation. C'est plutôt dans les années 70 qu'on aura ce qu'on va appeler la nouvelle chanson française, jusqu'à Souchon et des gens comme ça. Vous citez, d'ailleurs, Léo Ferré qui chante Les anarchistes, on est après Mai 68. La France accompagne quand même ce mouvement, mais qui vient de l'étranger. Oui, par exemple, à l'image du rock… Le rock en France, ce qu'on appelait la pop à l'époque - c'est-à-dire les Beatles, les Rolling Stones, Pink Floyd, etc -, ça ne va commencer en France que dans les années 70. Quand on voit les photos de Mai 68, les jeunes ont les cheveux courts. Ils sont en costume cravate, etc. Le rock n'est pas arrivé, à part pour une poignée d'aficionados très branchés, mais dans le grand public, ça va passer dans les années 70. Ça commence avec la guerre du Vietnam, protestation contre la guerre du Vietnam. C'est évidemment une protestation en musique, en son fracassé. Oui, aux États-Unis effectivement, très vite, le rock va prendre le relais du folk. Au début, la contestation passait par le folk, c'étaient des gens assez gentils avec des guitares sèches - gentils au niveau du son, en tout cas - qui chantaient des choses profondes. Un jour, ils vont comprendre avec le rock que le son lui-même peut être révolutionnaire. Le son lui-même peut être une contestation. L'exemple typique, c'est la reprise par Jimi Hendrix de The Star-Spangled Banner, l'hymne américain, où il n'y a pas de paroles. C'est amusant parce que c'est le seul morceau contestataire qui n'ait pas de texte finalement. La musique se suffit à elle-même. C'était à Woodstock. Hendrix se met, on l'entend, à jouer avec sa guitare de manière tonitruante, c'est comme un tonnerre, l'hymne américain au moment de la guerre du Vietnam. C'est en soi une immense révolte. Oui, parce que, a vec sa guitare, on peut imaginer - après, c'est une interprétation - qu'il imite le bruit des avions, des hélicoptères, du napalm, des bombes qui tombent, etc. On n'est pas sûr que c'est ce qu'il ait voulu dire vraiment. C'est ça qui est assez amusant. Parfois, les chansons contestataires sont interprétées dans le sens que veut le public. Écoutez quand même cette guitare-là. C'est une provocation de jouer l'air américain comme ça. Hendrix, bizarrement, a été militaire, a fait l'armée. Pour lui, c'était un hommage aux soldats qui étaient au Vietnam. C'est drôle qu'on en ait fait une provocation anti-américaine, ce qui n'était pas franchement le cas. Il y a plein d'exemples comme ça. Dans votre livre, formidable d'ailleurs, c'est comme un pavé, votre bouquin. Il est très épais au niveau des couvertures, très lourd. On pourrait le balancer… Ça parle aussi du jazz. On a Strange fruit, Billie Holiday. Ça passe par la chanson de Colette Magny, la chanson protestataire française. Ça va jusqu'aux Anglais, à ce mouvement avec les Beatles, John Lennon. Par exemple, les Beatles étaient connus pour ne pas être politisés du tout. Au sein des Beatles, Lennon développait une conscience politique qu'il avait beaucoup de mal à faire passer, notamment à cause du manager qui voyait toujours en eux des jeunes gendres parfaits. Il voulait pas qu'ils disent qu'ils soient mariés, etc. Dès que le manager est mort en 1967, Brian Epstein, Lennon a pu commencer à chanter Revolution. Quand il a fait sa carrière solo, après la fin des Beatles, il s'est vraiment explosé dans une espèce de contestation qui n'a pas durée très longtemps, d'ailleurs, il est parti à New-York. Et pendant deux, trois ans, il est devenu un chanteur très, très engagé.

    Écoutez, Power to the people - Lennon. Power to the people Power to the people Power to the people

    Power to the people right on C'est le pouvoir au peuple tout de suite. Patti Smith chantera aussi Nous avons le pouvoir, We have the power. Elle répondra presque plus de dix ans plus tard avec People of the power. Lui voulait que le pouvoir aille au peuple, et elle dit que le peuple a le pouvoir. Il y a beaucoup d'artistes. Ça se termine avec Gaël Faye, votre livre, Petit pays. Je voulais une note un peu positive, même si c'est une chanson un peu triste et un livre qui va avec, d'ailleurs. Il y a plein de choses qui peuvent être dites sur ce qu'est aujourd'hui la chanson contestataire. Est-ce que le rap est une chanson contestataire ? Est-ce qu'il se défend ? Il y a du pour et du contre. Il y a beaucoup de fausses contestations, aussi. Gaël Faye a ça aussi d'intéressant, qu'il est assez positif dans son propos. C'était bien de terminer sur cette note un peu d'espoir.

    On peut dire aussi que la chanson contestataire est souvent interdite. Il y a Boris Vian, L e Déserteur qui va être interdit. Il y a la Marseillaise de Gainsbourg. Il y a eu beaucoup de choses… Surtout dans les années 60, il faut dire que l'ORTF sous de Gaulle et Pompidou, c'était quand même bien corseté. Dès que quelqu'un sortait un petit peu des clous, Jean Ferrat en a fait l'expérience beaucoup, ses chansons ne passaient pas à la radio. Ce qui, des fois, décuplait leur pouvoir de séduction auprès du public. Le but n'était pas forcément atteint. Par exemple, Parachutiste interprété par Maxime Le Forestier. On se souvient que quand il chantait cette chanson, les gens criaient, les gens manifestaient. C'était presque des manifestations, ces chansons-là. Oui, dans les années 70, il y a eu un gros mouvement. On sent que Mai 68 avait ouvert une porte et les gens ne voulaient pas qu'elle se referme. Pendant quelques années, il y a eu le début des MJC, toute une gauche qui était vraiment très puissante. Les chanteurs étaient tous de gauche. Sous les pavés, les chansons, Anthologie des airs rebelles, Stan Cuesta, une préface d'Yves Bigot qu'on connaît bien ici à TV5 Monde. C'est un livre qui donne envie de réécouter encore de la musique et de la musique qui bouscule un peu, qui prend aux tripes. Merci, Stan Cuesta ! Merci beaucoup !

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    00:08:26
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