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  • L'invité

    Bernie Bonvoisin

    Invité : Bernie Bonvoisin.

    Le chanteur-fondateur du groupe Trust raconte dans son livre « La Danse du chagrin » les mois qu'il a vécus auprès des jeunes Syriennes et Syriens réfugiés au Liban. Il lance un véritable cri de révolte contre le traitement que subissent ces enfants dans l'indifférence générale. Un témoignage à l'image d'un artiste humaniste qui a toujours chanté contre l'injustice.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Bernie Bonvoisin, chanteur du groupe Trust, vous êtes cinéaste, écrivain. C'est votre premier récit personnel. Vous dites : "J'ai décollé mon cul du divan, j'ai vu des images à la télévision d'un peuple que l'on disait'un peuple de crevards'. J'ai voulu aller me rendre auprès d'eux, je suis allé voir les camps syriens au Liban". Et vous n'en êtes plus revenu le même ? Oui, forcément. Ce que j'y ai vu, c'est ultra violent. Ça dépasse l'entendement, ça dépasse tout ce qu'on avait pu nous r (...)

    Bonjour Bernie Bonvoisin, chanteur du groupe Trust, vous êtes cinéaste, écrivain. C'est votre premier récit personnel. Vous dites : "J'ai décollé mon cul du divan, j'ai vu des images à la télévision d'un peuple que l'on disait'un peuple de crevards'. J'ai voulu aller me rendre auprès d'eux, je suis allé voir les camps syriens au Liban". Et vous n'en êtes plus revenu le même ? Oui, forcément. Ce que j'y ai vu, c'est ultra violent. Ça dépasse l'entendement, ça dépasse tout ce qu'on avait pu nous raconter ou voir. Même si la teneur de tout ça été quand même très impactante. Mais, quand on est sur le terrain, de tout cet environnement, les odeurs, les situations, les gens… Enfin, quand on a des gens, on parle d'êtres humains, donc des femmes, des hommes, des enfants, des vieux, qui sont vivants et qui vivent dans ces conditions-là…

    C'est ce que vous vous êtes dit quand vous avez vu des images un jour à la télévision ? Et vous vous êtes dit : "Je ne peux pas rester là". Oui, d'aller voir… Je ne sais pas trop la teneur que ça avait tout ça. C'était juste… Franchement, ça a été un élan. Parfois, on peut avoir des choses qui s'imposent à nous. Après, est-ce qu'on arrive à parvenir à les réaliser, à les mettre en oeuvre. Est-ce que ça donne quelque chose de concret  ? Je ne savais pas, moi. Je n'avais jamais fait ça auparavant, donc je ne savais pas comment vraiment amener les choses. En fait, les choses se sont faites d'une manière extrêmement fluide, et avec des gens dont c'est le métier et qui sont très compétents. Témoigner. Au fond, témoigner de quoi, Bernie Bonvoisin ? Témoigner de cette identité, de cette force de ce peuple ? Témoigner déjà… Ce qui me rendait fou, en fait, c'était toute la perception qu'il y avait chez nous de ces gens, déjà qu'on traitait de migrants, qui n'en sont pas, parce qu'il y a une histoire de sémantique qui est importante. Les Syriens sont réfugiés, il y a la guerre en Syrie. Ça continue encore, donc ce ne sont pas des migrants, ce ne sont pas des gens qui, pour des raisons économiques, viennent en Europe pour trouver un eldorado. Ce sont des gens qui fuient un type qui leur balance des barils de TNT sur la tête, et puis d'autres types qui sont à côté qui les attrapent, qui les clouent sur des portes, ou qui leur coupent la tête. Donc, ce n'est pas la même chose. Cette espèce de rejet qu'il y avait à cette époque, et qu'il il y a toujours d'ailleurs, parce qu'en termes de positionnement, je trouve que la France, franchement, c'est honteux. Je disais, le termes de "crevards", au fond on dit ça. Oui, il y a des maires qui ont fait… Enfin, il y a des gens à droite, comme Wauquiez, qui ont lancé des pétitions auprès des maires pour refuser d'accueillir ces gens. Il y a eu des comportement franchement dégueulasse. Il y a un moment, c'est… Moi, j'ai grandi et j'ai été élevé à la sauce que la France est un pays d'accueil, une terre d'accueil, la terre des droits de l'Homme… Voilà, toutes ces idées absolument fabuleuses sur lesquelles on s'est assis, maintenant, depuis pas mal de temps. Mais, en tout cas, j'avais encore cette utopie-là : que mon pays était justement un peu différent des autres et une forme d'exemple pour les autres. En fait, ce que j'avais en face de moi, ce sont des gens, des familles comme nous, comme les familles françaises, comme les familles hongroises, comme les familles tchéquies… Des gens qui n'aspirent qu'à une chose : c'est d'avoir un toit sur leur tête, que leurs enfants aient une éducation, qu'ils aient à manger dans leur assiette, et qu'ils soient vêtues décemment.

    Des personnes incroyables, rencontrer des gens… Je vois une fille qui rêve de devenir Rihanna, d'autres qui ont envie faire des études, une autre qui… En fait, des êtres "normaux", on va dire.

    Q ui ont les mêmes aspirations que les nôtres, pas plus pas moins, les mêmes. Ce sont des êtres humains, des femmes, des hommes, qui ont des doutes, qui ont de la joie, qui ont de la peine, qui ont des familles… Voilà, qui ont les mêmes problématiques de vie que les nôtres. Et qui vivent comment, Bernie Bonvoisin ? Qui sont comment ?

    Dans ces camps… C'est vrai que l'idée, la colonne vertébrale de tout ça, c'est quand même la dignité. Et croyez-moi, la dignité, pour la trouver dans ce… Ce n'est pas la première chose qu'on s'attend à trouver dans ce genre d'endroit. Et pourtant, c'est ce qui émane à chaque fois. Je dirais aussi, particulièrement… Les femmes sont admirables, mais vraiment. Ce sont elles qui tiennent tout. Il y a un courage et une détermination absolument incroyables. Voilà, on a affaire à des gens éduqués. Les Syriens sont certainement un des peuples arabes les plus éduqués. Des gens qui avaient des situations, qui vous montent leur maison, leur vie, leur travail. Ils avaient des potes, de la famille…

    Pourquoi vous avez appelé ce livre "La danse du chagrin", Bernie ? Pour moi, c'est un peu comme un… On assiste un peu à comme un bal aujourd'hui. C'est qu'à ce bal, ce soit toujours les mêmes qui soient convoqués, en l'occurrence : le Yémen, la Palestine, la Syrie. Je dis que le seul morceau que (inaudible), c'est une danse du chagrin, parce que ces gens sont là… On oublie tout le temps, dans ces conflits et tout, il y a… On parle toujours des enjeux et tout, mais on oublie trop aisément, je trouve, le fait qu'au milieu, il y a des gens, des êtres de chair, de sang. Et ça, c'est secondaire.

    Je lisais, vous êtes le fondateur-chanteur du groupe Trust. Vous avez cette révolte chevillée au corps depuis toujours. Vous êtes un engagé, un humaniste. Oui, je pense que l'essentiel, sur un parcours, c'est de préserver une capacité d'émerveillement aux êtres et aux choses. Mais alors, les êtres, quelle que soit leur nature, le Dieu qu'ils prient, leur culture. On est tous sur ce même truc, sur cette boule. On ne peut pas aller ailleurs. Je pense que l'antidote à la haine, c'est le discernement, et que c'est important de ne pas… Les amalgames, ce n'est jamais bon. Moi, je crois au métissage, je crois à tout ça, à la diversité, parce que c'est une vraie richesse. Mais, c'est vrai que c'est beaucoup plus difficile aujourd'hui, puisque justement on est tous dans un repliement, dans un… Concours contre ça ? C'est quoi, un cri, aujourd'hui, Bernie Bonvoisin ? Vous le lancez à l'adresse de qui, d'Emmanuel Macron ?

    Oui, d'Emmanuel Macron qui dit qu'il va recevoir, dans ce bateau qui a été arraisonné, où quand même on a assisté à une situation ubuesque. On nous parle de l'Europe, de tout ça, et il y a 600 personnes qui sont sur un bateau. Et tout le monde se rejette, le truc du fait de prendre ces gens. Et ces gens restent cinq jours en pleine mer. Il y a des femmes enceintes, il y a des enfants. C'est surréaliste. C'est quoi ces gens ? En finalité, de venir devant les médias, de dire : "On va accueillir je ne sais plus combien de centaines de personnes". Et finalement, j'ai appris hier que la France a eu 80 personnes. Il faut arrêter de dire qu'on va faire ceci, alors qu'on ne le fait pas. Il faut arrêter cette hypocrisie.

    Merci, Bernie Bonvoisin, d'avoir été notre invité aujourd'hui.

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    00:08:09
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