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  • L'invité

    J.M.G. Le Clézio

    Invité : J.M.G. Le Clézio, écrivain français.

    Le prix Nobel de littérature est l'invité d'honneur de la Foire du livre de Francfort qui rend hommage à la France. Dans "Alma", son nouveau livre, il revient sur son amour de la langue française et de la vie.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis la Foire du livre de Francfort.

    Transcription

    Bonjour Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO.

    Bonjour.

    Allez on va rappeler que vous êtes prix Nobel, ça va bientôt faire 10 ans, 2008. C'est quoi d'être un prix Nobel, encore aujourd'hui ?

    Oh c'est un prix littéraire, c'est très bon pour les écrivains, les prix littéraires, donc ça fait du bien, ça donne le courage de continuer d'écrire parce que c'est difficile d'écrire.

    C'est dur ?

    Oui oui, c'est une situation un peu bizarre d'être (...)

    Bonjour Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO.

    Bonjour.

    Allez on va rappeler que vous êtes prix Nobel, ça va bientôt faire 10 ans, 2008. C'est quoi d'être un prix Nobel, encore aujourd'hui ?

    Oh c'est un prix littéraire, c'est très bon pour les écrivains, les prix littéraires, donc ça fait du bien, ça donne le courage de continuer d'écrire parce que c'est difficile d'écrire.

    C'est dur ?

    Oui oui, c'est une situation un peu bizarre d'être écrivain. On ne se sent pas chez soi nulle part.

    On habite en littérature comme disaient certains ?

    Je crois, oui, oui. En fait, pour moi c'est la vérité, c'est que je n'ai pas vraiment de lieu ni de justification autre que ma table et le papier sur lequel j'écris, parce que j'écris sur du papier.

    Oui, et vivre en Chine ? Et c'est aujourd'hui, finalement se dire, on est loin mais finalement près, à la fois de Maurice, près de la France, près de la francophonie ?

    Oui, il n y a pas de centre au monde, donc il faut parcourir le monde. Et la Chine, c'est un bel endroit parce que c'est un endroit où en effet, on souffre beaucoup des problèmes de la société moderne, de la vie moderne. Et les Chinois commencent à avoir des réponses assez fortes dans ce domaine, donc c'est un pays qui sera un exemple pour l'écologie, pour la protection de l'environnement, pour l'équilibre, parce que la Chine c'est le pays de l'équilibre.

    Oui. Ce combat, on vous a entendu, pour les réfugiés, on vous a entendu clamer cette force finalement, vous dire "on est bâtis là-dessus, sur cette histoire-là".

    Oui, nous vivons ensemble, et il est inacceptable qu'une ligne imaginaire comme celle d'une frontière, sépare des gens qui ont tout de ceux qui n'ont rien, donc il faut partager. Si on ne partage pas, les gens à qui on refuse le partage, viendront demander des comptes, et ça sera à ce moment-là, ça sera peut-être "demain le feu", comme disait BALDWIN.

    C'est ça, la civilisation oublie sur quoi elle est bâtie, et par exemple, on oublie les esclaves, et là j'en viens à votre livre "Alma", c'est cette liste, cette litanie de noms, d'esclaves baptisés qui commence le livre.

    Oui, ce sont les oubliés, ce sont ceux à qui on a volé l'identité, le nom, l'origine, même la langue, et qui ont eu la force, le courage de résister, de continuer à vivre, et au fond de nous transmettre leur force et leur énergie. Ce sont des gens sur lesquels la fortune du monde occidental s'est construite, il ne faut jamais l'oublier. Si nous avons tout ce que nous avons, c'est parce que ce sont ces personnes qui se sont sacrifiées pour nous donner ça, donc il faut, ne serait-ce que par reconnaissance, il faut les reconnaître.

    Il faut les accueillir ?

    Il faut les accueillir, oui, ça j'en suis convaincu.

    Oui et le livre raconte par le narrateur, cette quête finalement, de ce personnage qui va aller dans ce pays imaginaire qu'est l'île Maurice,et qui à travers un caillou qu'il a toujours vu chez lui, il va finalement remonter à la source de tout.

    Oui il y a deux personnages, il y a l'oiseau disparu, le dodo, Raphus cucullatus, cet oiseau improbable qui ne savait pas voler, et qui était confiant quand les humains sont arrivés, il les a accueillis, il était le maître absolu sur cette île, et les humains l'ont exterminé en très peu de temps. Et puis il y a un autre dodo qui est une sorte de clochard, un être errant qui lui va à la rencontre de l'Europe et parcourt les rues de Paris comme si c'était des rues de son île natale, et termine enfin, dans le sud, dans un asile où on l'a recueilli un peu comme s'il était un animal rare dans un zoo.

    Oui, on a l'impression d'un moment au bord du précipice en permanence.

    Oui, le monde est, en effet, au bord du précipice, mais enfin il faut le regarder en face, il faut aussi s'amuser de ce monde, il n'est pas uniquement tragique, il est aussi plein d'émotion et de richesses et de belles expériences.

    Et en même temps, c'est une leçon sur l'homme. Quelle destruction et cette force de la nature qui résiste, mais qui ne peut pas finalement résister à l'homme.

    Oui, oui, c'est cela, et je suis très heureux d'avoir lu le livre de Yamen MANAÏ, et qu'il fasse partie de cette grande famille de la francophonie.

    C'est le prix des cinq continents, Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO, vous êtes membre de ce jury, formidable prix, c'est un roman écologiste tunisien.

    Oui, "l'Amas ardent", c'est un livre très fort, c'est une allégorie qui, sur le mode quelquefois très comique, raconte cette histoire très sérieuse et très dramatique de la disparition des abeilles, c'est-à-dire la disparition de ces ouvrières qui fertilisent le monde. Donc, moi je crois beaucoup à l'écologie, c'est mon vrai combat, je ne suis militant d'aucune cause autre que celle-là : l'équilibre.

    Oui, mais en même temps militant de la langue, parce qu'on sent qu'une langue peut mourir aussi, comme un dodo, comme un animal ou comme la nature.

    Oui, tout-à-fait. Et la langue créole en cela est assez étonnante parce qu'elle a repris beaucoup de la langue française, mais elle a apporté aussi un vocabulaire et des rythmes qui viennent de l'Afrique, et aussi des mots qui viennent de l'Inde, et elle a su se recréer, c'était la langue des esclaves en fin de compte, et cette langue des esclaves survit à toutes les tragédies, et elle est pleine d'humour, les devinettes, les comptines, les chansons, tout ça est plein d'humour et de joie de vivre.

    La langue, c'est aussi les odeurs, il y en a beaucoup dans votre livre, des odeurs de l'enfance, les odeurs de Maurice et finalement, c'est ça, c'est un peuple intérieur qui vit, qui continue de vivre en vous, Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO, les souvenirs de votre grand père.

    Oui, j'y suis très attaché par ma famille, mais aussi par tout ce que j'ai découvert lorsque j'étais adulte et que je suis allé à Maurice, j'ai découvert des mythes qui vivaient vraiment, je croyais que c'étaient juste des inventions de ma famille, mais non c'est là, c'est véritablement là.

    Oui, les mythes, aujourd'hui, on en manque, on a l'impression que le monde se perd quelque part ?

    Oui, alors heureusement il y a la littérature, c'est une façon de faire revivre les mythes, je ne crois pas que ce soit la même chose, les romans et les mythes sont très différents, mais l'utilisation du langage, l'invention, la capacité un peu de rire de soi-même et de remettre en cause tout ce qu'on croit savoir, parce que les mythes remettent toujours en cause.

    Oui, mais la culture au fond c'est ça, ce que ce personnage va retrouver, à travers des liens inattendus avec ce personnage presque clochard, mais finalement des secrets enfouis quelque part, on les a en nous.

    Oui, si on accepte d'être nomade et pour ça, je crois beaucoup à la définition qu'en donne Vénus KHOURY-GHATA, qui est une grande poétesse, une grande romancière, elle dit que la poésie, c'est l'aventure, c'est se déplacer, c'est être en mouvement, je crois beaucoup à ça.

    Oui, écrire c'est quoi pour vous, Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO ?

    Justement, c'est ne pas être persuadé d'avoir raison, c'est d'être à l'écoute, c'est d'accepter le déséquilibre, d'accepter d'être en danger, parce que quand on écrit, on se met en danger.

    C'est vrai ?

    Oui.

    On se perd parfois ?

    On se perd parfois.

    C'est bon de se perdre, non ?

    Oui, parfois on est perdu, on se perd ou on est perdu, mais il faut se perdre pour se retrouver, sinon, si on n'a pas ce moment d'angoisse, ce moment où on est au bord du précipice comme vous le disiez, si on le voit pas ce précipice, alors là on est véritablement en danger.

    Merci, Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO.

    C'est moi qui vous remercie.

    Prix Nobel de littérature ici, donc, invité à Pavillon de la France, et c'est le pavillon de la France à la foire de Francfort. Merci infiniment. Je rappelle "Alma", votre dernier livre chez Gallimard, c'est un événement, merci beaucoup.

    Merci Monsieur.

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    00:08:18
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