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  • L'invité

    Jean-Paul Ollivier

    Invité : Jean-Paul Ollivier.

    Le journaliste, qui a commenté à de nombreuses reprises le Tour de France, est l'une des mémoires de la Grande Boucle, dont l'édition 2018 vient de commencer. Il raconte ses meilleurs souvenirs dans un livre savoureux : « Le Tour de France, un beau roman, une belle histoire ».

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Il a commenté le Tour de France pendant plus de 40 ans, c'est Paulo la science. Jean-Paul Ollivier est mon invité. Bonjour Jean-Paul. Rentré comme journaliste-reporter le RTF en 1963, premier Tour de France en 1975. Vous êtes la légende du Tour à vous tout seul, Jean-Paul. Je ne sais pas, ce n'est pas moi de le dire. Puisque vous le dites.

    Parce que c'est une passion de gamin de suivre des coureurs comme ça sur leur vélo ?

    J'ai toujours aimé ça. Je suivais les coureur (...)

    Il a commenté le Tour de France pendant plus de 40 ans, c'est Paulo la science. Jean-Paul Ollivier est mon invité. Bonjour Jean-Paul. Rentré comme journaliste-reporter le RTF en 1963, premier Tour de France en 1975. Vous êtes la légende du Tour à vous tout seul, Jean-Paul. Je ne sais pas, ce n'est pas moi de le dire. Puisque vous le dites.

    Parce que c'est une passion de gamin de suivre des coureurs comme ça sur leur vélo ?

    J'ai toujours aimé ça. Je suivais les coureurs et je les connaissais. On n'avait pas la télévision à l'époque, mais il y avait des photos dans le Miroir Sprint, le Miroir des Sports, But et Club, etc. Et c'est comme ça que je voyais leurs visages, et ce visage s'imprimait dans ma mémoire. Qu'est - ce qui vous fascinait autant, Jean-Paul Ollivier ?

    Je ne sais pas, c'était le sport sublimé. Puis, ces hommes qui gravissaient les cols, ça devenait pour moi des surhommes, parce que vous savez quand vous êtes gamin et que vous les regarder avec une sorte d'extase dans le regard. Je les imprimais. Je les imprimais dans ma mémoire. Je me souviens, d'ailleurs, à Châteaulin, qui était un temple du cyclisme en Bretagne, les coureurs montaient la côte de Stang-ar-Garront, j'avais 13 ans. Je les détaillais un à un. Je disais un tel, un tel, un tel. Si bien qu'il y a un attroupement qui s'est fait autour de moi et il y a un monsieur qui a dit : "Mais il les connaît tous". C'était drôle.

    C'est une passion quand même, une sacrée passion. Le Tour, ça génère des comportements de folie. C'est l'épreuve la plus populaire.

    Oui, on peut le dire parce que les gens se massent sur le bord de la route, ils se massent dans les cols, les cols qui constituent à peu l'orfèvrerie du métier. Mais, le spectacle est beau, la France est belle, le temps est beau généralement. Tous les ingrédients sont réunis pour faire du Tour de France le tour de la France et la beauté que l'on sait. O n voit des photos, des anciennes photos. Le Tour a bien changé depuis 1975. Au départ, qu'est-ce qui faisait que c'était extraordinaire ? C'étaient des hommes seuls, on pense évidemment à Poulidor, Anquetil, Eddy Merckx, les légendes du Tour. Qu'est-ce qui fait finalement un grand coureur ?

    Un grand coureur, c'est sa personnalité, sa façon également de se comporte, son succès en course aussi. Il montre ses qualités au fil des étapes, au fil des courses. Et bien sûr, il devient une grande star. Il est installé sur un socle d'airain. Et là, les gens applaudissent, les gens le prennent pour la grande vedette, etc. Il n'y a pas que lui, il n'y a pas que la grande star, il y a d'autres petites stars, mais qui deviennent aussi de grandes stars. Puis, il y a une lutte sans arrêt, une lutte qui fait que chaque tour de France est une grande bataille, est une belle bataille, une bataille sublimée, c'est le Tour.

    C'est une bataille avec la nature. Vous le disiez, Jean-Paul, la France est belle vue du Tour.

    Il est évident qu'on a fait beaucoup de progrès dans ce domaine, étant donné qu'à partir de 1990 à peu près, on a eu un temps d'antenne très long, beaucoup plus long qu'auparavant, donc on a eu parfois des deux heures d'antenne, des trois heures d'antenne. Ou alors, tout simplement, on filmait du départ à l'arrivée. À partir de ce moment-là, on a davantage pu filmer la France, les paysages, tout ce qui constitue le patrimoine. Et à partir de là, on a eu un Tour de France. Et dans ce Tour de France, un Tour de la France, c'est-à-dire que vous avez deux choses dans le Tour de France : vous avez le patrimoine et la course, ou la course et le patrimoine, selon que vous les placez. E t les coureurs, jusqu'au bout ! Parfois, ce sont des drames. On vit des drames sur le Tour de France, vous en avez vécu, Jean-Paul Ollivier ?

    Oui, j'en ai vécus. Celui qui m'a le plus marqué, c'était la mort de Fabio Casartelli qui était champion olympique sortant et qui est tombé dans le col de Portet-d'Aspet, qui a heurté une borne qui était en forme de cube, et qu'il ne s'est pas relevé. Ça, c'était terrible, parce que je connaissais ce garçon. Moi, j'étais dans la file des directeurs sportifs, je commentais sur la moto, quand je suis arrivé, quand j'ai presque buté… La moto a buté pratiquement dans son corps. Là, on a compris que c'était terminé. Ça reste mon souvenir le plus funeste.

    Et puis des souvenirs de lutte, de lutte pour le maillot jaune, de lutte pour la victoire, de bagarres à l'arrivée.

    Tout à fait. On a des exemples extraordinaires, comme la lutte entre Anquetil et Poulidor dans le Puy de Dôme, notamment. Là, c'était vraiment une page d'histoire qui s'imprimait. Vous aviez une France coupée en deux : vous aviez la France Anquetilienne, si j'ose dire, et la France Poulidoriste. Anquetil était une super vedette, il gagnait très souvent. Il avait gagné le Tour d'Italie, le Tour de France. Et Poulidor avait gagné des courses, mais il n'avait pas gagné ces courses-là. La France se levait pour applaudir Poulidor parce qu'on avait envie aussi qu'il gagne, parce que c'était le petit paysan venu de la Creuse, etc. , qui ne s'avouait jamais vaincu, mais qui n'avait pas tout à fait la classe de Jacques Anquetil.

    Des coureurs fantastiques. Un mot d'Eddy Merckx ? On a tous grandi avec Eddy Merckx.

    Merckx a tout gagné, pratiquement. Il a tout gagné. On ne l'appelait pas le cannibale pour rien. Il a remporté des tas de courses. Je crois que son palmarès reste unique, unique, absolument unique ! Il y a eu d'autres palmarès, celui d'Hinault est beau aussi. Tous les champions qui se sont illustrés dans le Tour de France ont un beau palmarès. Ç a reste une course à l'échelle humaine : un vélo, un homme, et la nature, et la compétition. C'est ça qui est fascinant dans le Tour.

    C'est le Tour. C'est le Tour, il n'y a rien à dire.

    Mais au delà de tout ça, Jean-Paul Ollivier, quand vous regardez ce passé, parce qu'il y a ce livre formidable, le Tour de France, vous dites que c'est un beau roman et une belle histoire, publié chez Robert Laffont. Vous y racontez les visites du Général de Gaulle, vous racontez des souvenirs, des musiques, des sons. On y mange, on y chante au Tour de France. Absolument, c'est une histoire de vie. C'est une histoire de vie le Tour de France. Quand vous parlez du Général de Gaulle, il considérait que le Tour de France faisait partie socialement de la nation. C'était une image de la nation, et donc c'est la raison pour laquelle il s'est déplacé. Il ne s'est pas déplacé beaucoup, il a fait à peu près 1 kilomètre 500 de la Boisserie à la Nationale 19, mais il était là. Et ça a posé des problèmes à la direction du Tour, parce qu'on s'est dit : "Que faire ? Est-ce qu'on va s'arrêter ? Est-ce que le peloton va pouvoir s'arrêter pour saluer le général ?" On a appelé Henry Anglade qui était le capitaine de l'équipe de France, Jacques Goddet, directeur du Tour, lui a demandé : "Est-ce que vous pensez qu'on pourrait, à Colombey les Deux Églises, arrêter le peloton ?" On lui a dit : "Monsieur Goddet, si vous demandez aux coureurs de s'arrêter, ils vont s'arrêter, il n'y a pas de problème". Ils avaient un court moment pour rassembler tout ça. Ils avaient 27 kilomètres, parce que c'était le ravitaillement de Chaumont. Et là, on a mis en ligne le maillot jaune, Nencini, le maillot vert Graczyk, le champion du monde André Darrigade, etc. Ils sont là en ligne, Jacques Goddet arrête sa voiture et il salue le général. Il faut toujours que je rétablisse des vérités parce que, très souvent, je vois encore que le vainqueur à trois ce jour-là. Le vainqueur à trois s'appelle Pierre Beuffeuil, et on dit que Pierre Beuffeuil a passé le peloton, arrêter en injection et est allé gagner. Ce qui est complètement faux. Colombey les Deux Églises était à 67 km de l'arrivée, il a attaqué à 35 km de l'arrivée, ça n'a rien à voir avec le général. Mais, vous savez, pour la beauté du geste, pour la beauté des écrits, il arrive parfois de mystifier tout ça.

    Jean-Paul Ollivier, le Tour de France, un beau roman, une belle histoire, publié chez Robert Laffont. Vous êtes décidément la mémoire du Tour, vous vibrez comme au premier jour, Jean-Paul ? A bsolument, je défends le Tour.

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    00:08:29
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