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  • L'invité

    Denis Olivennes

    Invité : Denis Olivennes, chef d'entreprise français.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour, Denis Olivennes. Bonjour. L'un des grands patrons Français. Vous publiez un livre étonnant. Ça s'appelle Mortelle transparence. Vous y dénoncez une dictature de la vertu. C'est publié chez Albin Michel et co-écrit avec Mathias Chicheportich qui est avocat. Vous dites quoi, en gros, Denis Olivennes ? Vous dites qu'on est face à une menace pour nos libertés individuelles ? On est face à une menace pour nos libertés individuelles d'autant plus dangereuses que ce sont nous-mêmes qui en somm (...)

    Bonjour, Denis Olivennes. Bonjour. L'un des grands patrons Français. Vous publiez un livre étonnant. Ça s'appelle Mortelle transparence. Vous y dénoncez une dictature de la vertu. C'est publié chez Albin Michel et co-écrit avec Mathias Chicheportich qui est avocat. Vous dites quoi, en gros, Denis Olivennes ? Vous dites qu'on est face à une menace pour nos libertés individuelles ? On est face à une menace pour nos libertés individuelles d'autant plus dangereuses que ce sont nous-mêmes qui en sommes les moteurs. Ce qui est en train de se produire, c'est la rencontre entre une idéologie qui dit qu'il n'y a plus de vie privée, tout doit être sur la table, et une technologie. La technologie, c'est la technologie Internet dont nous sommes les utilisateurs quotidiens, qui n'a pas d'exemple en termes d'intrusion dans notre vie. Par exemple, pour illustrer mon propos, chaque utilisateur de Facebook livre en moyenne une petite centaine d'informations sur lui, son statut matrimonial, ce qu'il mange, sa religion. On est dans un univers qui pénètre très profondément dans notre intimité, et d'un autre côté, cette révolution se produit alors que venue d'outre-Atlantique, il y a une idéologie générale qui dit : "Mais non, la vie privée était une parenthèse de l'histoire de l'humanité. Si vous n'avez rien à cacher, si vous n'avez rien à vous reprocher, alors vous n'avez rien à cacher". Les deux, l'entrée en résonance des deux est assez terrible pour nos libertés. Vous dites une dictature de la vertu, ça veut dire quoi ? Ça veut dire, par exemple, c'est quoi la vie privée ? La vie privée est une invention française. Au dix-huitième siècle, au moment de la Révolution française, au moment des Lumières, on a dit : "Il faut de la transparence , il faut qu'on sache ce que font les pouvoirs. Il ne faut pas qu'il y ait le despotisme à l'abri du secret. Mais, d'un autre côté, il faut que chacun d'entre nous ait le droit d'avoir une protection sur ses goûts, ses préférences, ses amitiés, ses amours". Le droit au secret, c'est ça que vous dites ? Un secret qui ne dissimule pas des turpitudes. Si vous faites des choses illégales, si vous commettez des crimes et délits, évidemment qu'on a le droit d'aller voir ce que vous faites et ce qu'il se passe chez vous, mais si vous ne faites rien de mal, vous avez le droit à un certain quant-à-soi. Votre voisin n'est pas obligé de savoir vos goûts, les films que vous aimez, les livres que vous aimez, vos amis, vos amours, votre sexualité. C'est en train de voler en éclats. Mais pourquoi ? Parce qu'on le veut. Parce qu'on le veut. C'est une forme de dictature , accepter, réclamer peut-être aussi… C'est le moteur. C'est pour cela qu'il est essentiel qu'on en débatte. C'est parce qu'en effet, nous sommes les moteurs de notre propre servitude. On est les moteurs parce que, d'abord, il y a beaucoup de bienfaits à Internet. Je ne suis pas du tout contre Internet. L e fait de pouvoir commander des choses, lire, voir des films, que sais-je, échanger, communiquer, toutes ces facultés sont fantastiques. On voit tous les bienfaits d'Internet et on ne voit pas nécessairement ses aspects négatifs. On pousse énormément au développement d'Internet et on est parfois un peu inconscients, insouciants. Prenons un exemple que chacun d'entre nous a en tête : nos enfants laissent un tas de choses sur Internet, sur Facebook, ou ailleurs. Dans dix ans, quand ils iront faire leur entretien d'embauche, on leur dira : "Et ça, c'est quoi ?" C'est un des effets ultra-négatifs d'Internet. Vous vous exposez. Il n'y a pas de droit à l'oubli et vous n'êtes pas forcément conscient de ce qu'il se produit. Vous dites que des entreprises britanniques expérimentent des dispositifs permettant de localiser des conversations entre employés. On est suivi, on est identifié sur les visages. On sait ce que vous consommez. On va finalement utiliser toutes ces informations contre votre liberté ? Ce n'est pas du tout comme ça que c'est présenté. C'est présenté comme "pour votre plus grand plaisir". C'est vrai qu'il y a maintenant des puissances de calcul, des algorithmes qui permettent de mettre en relation des données et de tirer des conclusions qui vous décrivent, qui donnent des éléments d'informations. Je pourrais vous donner mille exemples. L'exemple le plus simple, on en donne plein dans le livre, mais par exemple, est-ce que vous avez envie que votre employeur sache les lieux que vous fréquentez parce qu'à partir de ça, il peut très bien tirer des conclusions sur : Vous avez été voir un médecin, un médecin de tel type. Il y a tout un tas de données qu'on livre aujourd'hui à travers nos outils, par exemple à nos assureurs, à nos employeurs, qui peuvent demain se retourner contre nous parce qu'en corrélant ces données, on tire des conclusions qui décrivent des choses qu'on n'a pas forcément envie que d'autres connaissent. On veut pouvoir se marier sur Internet, trouver un compagnon avec des algorithmes qui vont savoir exactement, peut-être chercher à votre place le compagnon idéal. Tous les actes de la vie vont passer par Internet, vont pouvoir être vus et surveillés. C'est un autre élément, vous faites bien de le souligner. La première atteinte à notre civilisation, c'est le fait que l'idée même de la vie privée est très, très fortement contestée. L'autre élément, c'est l'abolition du hasard. En effet, désormais, on va vous dire avec précision quel est le compagnon idéal pour vous. Il y a des sites de rencontres qui vont répondre à des questionnaires et vont sortir la personne qui ressemble le plus à vos attentes, mais c'est le contraire de l'amour. Vous êtes d'accord avec moi ? L'amour, c'est un des personnages de Marcel Proust qui dit : "Tout ça pour une fille qui n'était même pas mon genre". L'amour, c'est d'être capable de rencontrer des gens qui ne sont pas votre genre. Par la rencontre, par l'échange, tout à coup, vous allez vous apprivoiser et vous allez vous entendre avec quelqu'un qui ne vous ressemble pas. Là, on est en train de fabriquer un monde où ne s'entendront que des gens qui se ressemblent. C'est ça, l'ego, finalement. Vous dites aussi que c'est une sorte de dictature de l'ego par les selfies, vous en parlez. Quelque part, il n'y a plus ces échanges de démocratie. Sur Internet, il n'y a plus cette capacité de discussion. L'ego est en effet un moteur. Tout à l'heure, quand on disait pourquoi cette révolution avance, c'est parce que c'est vrai qu'elle nous prend par des sentiments très humains, faire parler de soi. Chacun devient célèbre. Chacun peut balancer sur Internet son opinion, sur Twitter et sur ailleurs. On a l'impression d'être des gens très importants. On ne mesure pas. À chaque fois qu'on le fait, on prend des risques par ailleurs. L'ego devient surdimensionné. D'un autre côté, dans les forums de débats, on a par exemple parlé de la fachosphère, ce sont des gens qui pensent tous pareil. Ils se rassemblent pour penser tous pareils. C'est le contraire de la démocratie. La démocratie, c'est de discuter avec des gens qui ne partagent pas mon opinion. Dans le monde Internet, on rassemble les gens qui se ressemblent. Il y a des communautés de gens qui pensent tous la même chose et qui se montent le bourrichon. Ce n'est pas seulement vrai de la fachosphère. On fragmente le monde en communauté de gens qui pensent la même chose. Ça aussi, c'est par rapport à notre civilisation qui est une civilisation de l'échange, de la confrontation civile et calme des opinions. On voit qu'on radicalise des opinions semblables les unes contre les autres. C'est un de ces effets accélérateurs d'internet. Merci beaucoup Denis Olivennes. Votre livre s'appelle Mortelle transparence. C'est écrit avec Mathias Chicheportich. Jusqu'où ira la dictature de la vertu, publiée chez Albin Michel. On était ravi de vous recevoir sur TV5 Monde. Merci à vous.

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