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  • L'invité

    Alain Genestar

    Invité : Alain Genestar, journaliste, ancien directeur de « Paris Match ».

    Alors que Simone Veil entre au Panthéon, Alain Genestar, patron de « Polka » et ancien directeur de « Paris Match », raconte dans un livre poignant sa journée à Auschwitz avec elle. Simone Veil avait souhaité revenir dans le camp avec ses enfants pour raconter l'horreur aux générations futures.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour, Alain Genestar. Bonjour. Vous êtes le patron de Polka. Vous avez été le directeur de Paris-Match. C'était le 22 décembre 2004. Vous n'oublierez jamais cette journée. Aujourd'hui, Simone Veil est au Panthéon. C'est un grand événement, un événement historique. On va raconter cette journée que vous avez vécue avec elle. D'abord, l'émotion de ce moment où Simone Veil devient au Panthéon une personnalité illustrée pour toujours. Oui, c'est un grand moment aujourd'hui. C'est un moment excepti (...)

    Bonjour, Alain Genestar. Bonjour. Vous êtes le patron de Polka. Vous avez été le directeur de Paris-Match. C'était le 22 décembre 2004. Vous n'oublierez jamais cette journée. Aujourd'hui, Simone Veil est au Panthéon. C'est un grand événement, un événement historique. On va raconter cette journée que vous avez vécue avec elle. D'abord, l'émotion de ce moment où Simone Veil devient au Panthéon une personnalité illustrée pour toujours. Oui, c'est un grand moment aujourd'hui. C'est un moment exceptionnel parce qu'on ne rentre pas au Panthéon quelques mois après sa mort. Mais, Simone Veil était un personnage exceptionnel. Donc, ce qui lui arrive aujourd'hui est exceptionnel. Et j'ai donc eu la chance, comme vous le rappeliez, de faire mon métier avec elle de journaliste dans une circonstance incroyable. C'est-à-dire qu'elle a accepté, pour la première fois, de revenir à Auschwitz avec un journaliste, j'étais à l'époque directeur de Paris-Match, accompagné d'une petite équipe, dont le photographe Benoît Gysembergh. Et quand je lui ai posé la question, j'étais très surpris parce que je connaissais la réponse. Ça allait être "non", puisqu'elle disait toujours "non". Et elle m'a dit "oui" quelques jours avant le 22 décembre 2004, parce que je rentrais d'Auschwitz. J'y étais allé pour voir, pour sortir. J'y étais allé avec ma femme et pour non pas essayer de comprendre, mais simplement être dans l'atmosphère pour pouvoir faire un Paris-Match exceptionnel pour l'anniversaire de la libération du camp le 22 janvier. Elle m'a dit "oui" parce que j'y étais allé. Et elle a eu non pas une condition, mais un souhait, c'était de venir avec moi mais accompagné de ses deux fils et de ses petits-enfants. J'ai bien sûr dit "oui". J'ai vu l'intérêt du reportage qui, d'un seul coup, allait être, on le sentait, un témoignage qui allait être transmis, et donc on a passé cette journée d'une grande émotion et d'une grande portée quant à l'information dans ce qu'elle voulait faire passer. C'est dans ce livre qui s'appelle "Pour mémoire", publié chez Grasset, "Retour à Auschwitz avec Simone Veil". Elle était d'une très grande pudeur sur cette histoire dans laquelle elle avait perdu toute une partie de sa famille. Son père, son frère, sa mère n'étaient pas revenus d'Auschwitz. Le fait d'être survivante d'Auschwitz et d'avoir connu tous ceux qui y sont restés, oui, c'était très lourd à porter. Mais, comment dirai-je, elle le portait bien, c'est-à-dire que ce n'était pas un fardeau, c'était pour elle un devoir d'en parler, mais elle le faisait dans des émissions comme celle-ci, ou elle le faisait dans le livre qu'elle était en train d'écrire : "Une vie". Mais, elle ne savait pas comment aborder cette conversation avec ses petits-enfants. C'est-à-dire qu'elle ne voulait pas que ses enfants, ses petits-enfants, subissent son histoire. Elle voulait que les questions viennent d'eux, d'où ce voyage. Ce voyage, c'était pour dire : "Venez avec moi, vous allez voir et vous aurez envie de me poser des questions." Et le fait pour un journaliste de vivre un moment comme ça, qui est un moment de… Nous, on est des témoins, des témoins discrets. Moi, j'ai tenu à rester très discret, à avoir cette discrétion par rapport à ce qui se disait parce que c'était intime, mais j'étais quand même à l'intérieur. Je n'étais pas à l'extérieur. Dans le camp, elle me prenait par le bras parce qu'il y avait la neige, parce qu'il y avait le froid, mais parce qu'elle avait aussi besoin de force. Voilà, j'ai vécu cela comme un journaliste, mais, surtout, je pense comme un homme qui, quand on lui explique cette douleur, forcément, la partage. "Là-bas, je n'ai jamais pleuré. C'était au-delà des larmes." C'était la Une de Paris-Match qu'on voit derrière vous, Alain Genestar à l'époque. C'est vrai, elle n'avait jamais pleuré ? C'est ce qu'elle m'a dit, elle n'a jamais pleuré. Je l'ai bien senti parce que je connaissais Simone Veil depuis des années et je connaissais sa personnalité très forte, très dure. Nous, journalistes, quand on l'interviewait, si parfois on avait des questions, c'est notre rôle de poser parfois des questions désagréables, elle se braquait. C'était une femme très difficile. Donc, elle n'a pas pleuré et elle est allée au-delà dans sa réponse. Elle m'a dit : "Là-bas, je ne suis pas devenue pessimiste, je suis devenue cynique." C'est-à-dire que ce cynisme, c'était sa protection, sa survie, sa survie à elle et la survie aussi de sa mère, parce qu'elle était en famille, toujours penser qu'Auschwitz, c'est un camp de familles, ce n'est pas un camp de prisonniers. On y arrive en famille. Une partie de la famille, les plus âgés et les tous jeunes enfants vont directement dans les chambres à gaz et les autres sont là et vivent ensemble. Le fait d'avoir sa mère avec sa sœur, c'était à la fois chaleureux - j'imagine, c'est ce qu'elle dit - mais en même temps une charge pour protéger sa mère. Elle a eu cette force, et quand on est dans la force, quand on est dans l'épreuve, le temps des larmes vient après. Elle a pleuré après, mais pas pendant. Elle fait face à l'indicible. Elle croise Mengele. Elle voit le siècle s'effondrer devant elle. Mengele… Elle voit un homme en blouse blanche qui prend, qui choisit des déportés. Elle ne sait pas encore que c'est Mengele. Elle ne sait pas. Il faut savoir que quand les juifs descendent du train, ceux qui vont devenir les déportés, les détenus, ils ne savent pas qu'ils arrivent dans un camp de la mort. Ils pensent qu'ils vont être parqués. Ils descendent d'ailleurs avec des valises, avec des instruments de la vie quotidienne, et ils ne connaissent pas, ils ne savent pas qu'ils sont justement dans cette épreuve qui va devenir l'une des plus grandes, sinon la plus grande épreuve, de toute l'histoire. L'événement historique, même quand il est dramatique, il faut du temps pour le connaître. Là, c'était simplement être dans ce camp, réaliser très vite ce qu'il va s'y passer et tenir pour survivre. Elle a 16 ans quand elle est déportée en 1944. Elle est belle. Et toute sa vie, elle portera ce souvenir. C'est ça qui va lui donner cette force. C'est cette femme-là qu'on porte aujourd'hui au Panthéon. Oui, c'est pour cela que j'ai commencé l'émission en vous disant cela. C'est exceptionnel de rentrer si vite au Panthéon, mais elle est exceptionnelle. Son parcours est exceptionnel à la fois par sa douleur qu'elle va porter toute sa vie et par son exemplarité de femme et de femme politique, avec les lois qu'elle fait passer, avec cette loi sur l'avortement qui, pour elle, a été très, très dure à porter parce qu'elle a subi des coups. Oui, elle pleure. Insultée à l'Assemblée nationale. Oui. J'ai compris en allant là-bas pourquoi elle n'est pas devenue la première femme présidente de la République française. Parce que cette carapace qui a été constitutive de ce qu'elle est devenue, cette grande femme, cette grande dame de France. En même temps, ça lui enlevait cette souplesse d'échine qui fait qu'en politique, pour arriver, il faut parfois passer par des compromis. Ce n'est pas critiquer la politique que de dire ça, c'est un état de fait. Elle ne pouvait pas supporter cela. Elle n'avait non pas une rigidité, mais une rectitude, un sens de la ligne droite qui fait qu'elle ne pouvait pas passer de compromis avec quiconque. Et quand vous comprenez ça… Et dans le camp, on ressent ça. J'avais un respect profond pour Simone Veil. En vivant ce moment-là avec elle, j'ai eu de l'admiration. Vous comprenez que, vous dites, enfin, pour réussir à survivre dans cette horreur, Simone Veil est un grand symbole et sa voix manque. Elle nous manque aujourd'hui. Merci, Alain Genestar. Votre livre s'appelle "Pour mémoire", publié chez Grasset, "Retour à Auschwitz avec Simone Veil", que l'on porte aujourd'hui au Panthéon. Merci beaucoup, Alain Genestar d'avoir été notre invité. Merci.

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    00:08:27
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