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  • L'invité

    Jean-Pierre Jeunet

    Invité : Jean-Pierre Jeunet, réalisateur.

    Jean-Pierre Jeunet, réalisateur de « Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain », « La Cité des enfants perdus », « Delicatessen » publie ses anecdotes de tournage, drôles et iconoclastes, à l'image d'un réalisateur atypique et incontournable du cinéma francophone.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Dimanche de fiançailles, Delicatessen, La Cité des enfants perdus, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, Spivet… Tant d'autres films. Bonjour Jean-Pierre Jeunet.

    Pas tant que ça, il y en a que sept.

    Pas tant que ça, mais tellement de souvenirs, parce que 500 Je me souviens… Anecdotes de tournage.

    Il y en a plus, on a triché.

    Vous publiez comme ça que des impressions, des souvenirs, qui nous ramènent dans vos films et qui nous ramènent à la p (...)

    Dimanche de fiançailles, Delicatessen, La Cité des enfants perdus, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, Spivet… Tant d'autres films. Bonjour Jean-Pierre Jeunet.

    Pas tant que ça, il y en a que sept.

    Pas tant que ça, mais tellement de souvenirs, parce que 500 Je me souviens… Anecdotes de tournage.

    Il y en a plus, on a triché.

    Vous publiez comme ça que des impressions, des souvenirs, qui nous ramènent dans vos films et qui nous ramènent à la passion qui est la vôtre du cinéma.

    Oui, j'ai un petit don pour me rappeler les anecdotes marrantes, on le voit dans Amélie Poulain qui était constitué de plein d'anecdotes. Donc à un moment, je me suis dit : "Autant les partager, autant les rédiger, en faire quelque chose".

    Les anecdotes nous ramènent presque à l'enfance, quand vous entendiez le bruit des premiers projecteurs, quand vous rêviez de tout ça.

    Oui, je raconte aussi les moments de la découverte du cinéma, de l'enfance, le plaisir de faire, de tout ce qui m'a animé, Marc Caro et moi-même.

    Animé, puisque vous commencez avec des dessins animés. Vous commencez à vouloir mettre en scène des images.

    Oui, oui. Oui, j'avais fabriqué un petit théâtre de marionnettes à l'âge de huit ans, je changeais l'ordre du stéréoscope en relief, donc je faisais déjà du relief à 12 ans. J'essaie de faire partager le plaisir de faire et, en même temps, attention, ça ne se prend pas au sérieux, ce sont des petites anecdotes ludiques. J'en raconte une. C'est ma rencontre avec Marguerite Duras. C'est une rencontre vraiment très profonde, puisque je la croise dans un couloir, je lui marche sur les pieds, elle a dit : "Aïe !", j'ai dit : "Pardon".

    C'est un vrai dialogue de cinéma, Jean-Pierre Jeunet. Alien, on va dire quand même dire deux mots de Alien. Incroyable comédienne qu'on adore.

    Sigourney Weaver.

    Oui, qu'est ce qu'elle fait à cette mâchoires de la bête à un moment ?

    Je vois que vous avez bien choisi les anecdotes. C'est une anecdote pas du tout racontable. En fait, elle voyait que rien ne pouvait choquer un français, donc elle y est allée très fort dans l'érotisme avec la bête. Je lui ai dit : "Garde des munitions parce que la semaine prochaine, on a la scène la plus, supposée, chaude". Elle me dit : "Ne t'inquiètes pas". Et le jour venu, je lui rappelle qu'elle avait promis ça. Devant toute l'équipe, elle a fait une fellation à la double mâchoire de l'alien. Je peux vous dire qu'on n'a même pas osé le monter. Personne n'a jamais vu…

    On ne le verra jamais.

    Qui a offusqué mon monteur;

    Par contre, Jodie Foster dans Un long dimanche de fiançailles, une scène très érotique. Ça, il vous faut remplir des papiers avec les Américains. Il faut signer comment… etc. C'est compliqué, racontez-nous.

    Il y avait de la nudité, alors tout le monde était très inquiet. Puis, le jour le tournage, on n'en avait rien à fiche. Elle s'est foutue à poil et elle nous a tous regardés genre "Ce n'est pas moi qui sera la plus gênée, c'est vous". Je me souviens du pointeur avec son décamètre pour faire le point. Il n'osait pas regarder, comme ça. J'ai dit : "Tu sais Jodie, je suis en gros plan". "Oui, pas de problème".

    Pas de problème ? Pas la peine de remplir les papiers.

    C'était une façon de de surmonte, quelque part quand même, la gêne.

    On reste dans le même style, puisqu'on voit derrière cette merveilleuse Audrey Tautou, elle avait des doublures fesses.

    Dis donc, vous avez bien choisi vos anecdotes, il y a des post-its.

    C'est vrai, il y a des petits post-its. Elle avait combien de doublure fesses ?

    On en a vu beaucoup, pas moi malheureusement, mais elle en a vu beaucoup parce que c'est elle qui avait un droit de regard, après tout c'était ses fesses. Comme finalement, c'était les fesses qu'elle rêvait d'avoir, elle a dû en voir, je ne sais plus, 80 un truc comme ça.

    Elle aurait vu 80 fesses.

    J'arrondie, c'est le cas de le dire.

    Elle a choisi celles qu'elle préférait.

    Oui, qui étaient plausibles pour être les siennes.

    Mais quel souvenir. Au-delà de tout ça, le plaisir de tourner. Vous tournez avec des gens, vous tournez avec Pinon, il y a des gens merveilleux qui tournent dans vos films. Vous vous amusez toujours beaucoup. On a l'impression que vous inventez comme un jeu.

    Comme en ce moment ça devient difficile de monter des films originaux et singuliers, récemment j'ai fait un petit film d'animation d'après un poème de Prévert, qui s'appelle Deux escargots s'en vont. Voilà, avec l'animateur qui a fait les dessins d'humour qui sont dans le livre. Il a fixé un animateur, donc c'est lui qui a animé les escargots. On a fait ça juste pour le plaisir. C'est sur Internet, vous pouvez le regarder sur YouTube, Deux escargots s'en vont. C'est fait pour le bonheur.

    Ce qui est incroyable, c'est d'être à la fois un cinéaste d'auteur, de faire des films comme ça que vous aimez, et qui touchent le grand public. Vous êtes un des rares à réussir ça.

    Oui, ça ne se calcule pas. Probablement qu'on ait un univers visuel qui parle aux gens. Après, ça dépend du film, bien sûr, c'est normal. On aimerait que ça continue, mais ça devient de plus en plus compliqué. Il faut faire des comédies sociales aujourd'hui, et qui ne coûtent rien.

    Votre univers visuel, il vient d'où ? Il vient de tous ses souvenirs, il vient de l'enfance ?..

    C'est ça, toute l'influence qu'on a, de la bande dessinée, de tout un tas de choses. On jouait beaucoup à ça à l'époque de Delicatessen, on s'amusait à lister nos influences. Il suffit d'aller voir l'expo à la Halle Saint-Pierre, qui est rendue en ce moment, pour voir justement d'où ça vient toutes ces influences-là. Il y a le steampunk, des bandes dessinées de Tardi, c'est tout un tas de choses qui nous ont…

    Il y a même Les incorruptibles avec Robert Stack.

    Ça, c'était pour la voix de Amélie Poulain. Le style était copié sur la voix off "À 19h47, Eliot Ness et sa bande arrivait…" C'était ce style-là. J'avais même essayé avec, il me semble qu'il s'appelait Jacques Pierrot, qui était le monsieur qui avait fait l'enregistrement à l'époque. Malheureusement, il était trop âgé déjà, ça sentait, d'où Dussollier.

    Le plus grand bonheur, c'est quoi Jean-Pierre Jeunet ?

    C'est d'arriver à réaliser ses rêves. C'est Oscar Wilde qui disait : "Il y a deux drames dans la vie d'un homme, c'est de ne pas réaliser ses rêves ou c'est de réaliser ses rêves, de voir ses rêves se réaliser". Il vaut mieux quand même le deuxième, n'est ce pas ? J'ai installé des centraux téléphoniques dans l'est de la France pour m'acheter une caméra Super 8. Et de la caméra Super 8, j'ai fini par faire des films qui ont eu du succès dans le monde entier. Entre autres, Amélie qui est un tout petit film au départ, tout à fait personnel, personne n'en voulait, personne ne comprenait rien, et donc ce n'était pas supposé devenir un phénomène de société. Alors, quand un créateur fait un truc tout à fait personnel, modeste, et que ça devient un succès universel, c'est assez plaisant.

    Aux États-Unis, d'ailleurs, c'est drôle. Vous découvrez que la troisième assistante n'a pas le droit de parler au réalisateur et qu'il y a quatre intermédiaires…

    Aux figurants, elle ne peut pas parler aux figurants.

    Tout le monde ne parle pas à tout le monde, on ne mélange pas.

    J'ai dit à une petite fille : "Dis au professeur qu'il te rende ta copie, thank you Sir". Après, on me dit : "C'est 3000 dollars". Je dis à la petite fille : "J'ai une autre idée, tu te tais, tu te tais".

    Spivet, ça a été quelque chose.

    Oui, mais chaque film a son lot de catastrophes. Pierre Granier-Deferre disait : "On attend avec hâte la catastrophe, comme ça elle est passée, on sait que c'est derrière". À chaque fois, il y a une catastrophe.

    Mais quel beau film, on peut vous le dire, Jean-Pierre Jeunet.

    C'est marrant, vous vous asseyez dans un cinéma, vous vous trouvez à côté des deux seules personnes qui n'aiment pas le film. Vous n'avez pas de bol. Ça vous arrive, vous le racontez.

    L'autre jour, j'étais à l'exposition, on faisait des photos de l'expo, puis une dame passe et innocemment, je lui dis : "Alors, ça vous plaît ?", "Ah non, pas du tout". Je lui dis : "Mais, pourquoi vous êtes là ?", "J'ai été voir les Balkans parce qu'il y a une expo sur les Balkans en haut". La seule qui n'aimait pas, je tombe dessus. Mais, c'est rigolo. Une fois, j'étais au Max Linder, c'était Delicatessen. Il y avait deux spectateurs qui détestaient, je suppose que vous vous faites allusion à ça. Ils se sont plaints pendant tout le film. La salle hurlait de rire, moi je transpirais parce que je souffrais d'être à côté de ces deux personnes.

    Magnifique en tous les cas, Jean-Pierre Jeunet.

    C'est plein d'anecdotes comme ça qui sont ludiques.

    Plein d'anecdotes.

    Dix lignes maximum, ça se picore comme des cacahuètes.

    Ça comment souvent par "Je me souviens".

    Oui, de temps en temps. Je ne l'ai pas répété à chaque fois.

    Non, c'est ça. Mais on n'oublie rien, comme dirait Jacques Brel.

    On oublie les mauvais souvenirs. L'être humain est ainsi fait qu'il garde les bons souvenirs en tête et on évacue les mauvais. Enfin, on s'en souvient assez pour les raconter, mais ils ne meurtrissent pas. On garde que le meilleur et on le partage.

    "À la fameuse party…", j'en lis une, "de Miramax, d'habitude la plus courue d'Hollywood, il n'y a qu'une trentaine de personnes, parmi elles Paul McCartney qui se demande ce qu'il fout là.

    C'est l'année où Miramax a été boycotté par Hollywood à cause des malversations de ce salaud d'Harvey Weinstein. Et c'était, comme par hasard, l'année d'Amélie, pas de chance. Donc, tout le monde avait écrit : "Nous ne voterons pas pour Amélie". Celui-là, j'aurais bien aimé l'avoir la petite statuette dorée. J'ai même une lettre de Spielberg qui me félicite à l'avance pour l'Oscar qu'on va avoir.

    Carrément ?

    On ne l'a pas eu parce qu'il a été boycotté.

    Vous l'avez gardée la lettre ?

    Bien sûr. Je vous l'amènerai la prochaine fois pour le prochain film.

    Merci Jean-Pierre Jeunet, ça s'appelle 500 Je me souviens… Anecdotes de tournage. Il y en a 500.

    Édité chez Lettmotif, vous le trouvez facilement sur Internet. C'est mon frère qui est l'éditeur, qui édite courageusement des bouquins de cinéma.

    Les illustrations sont de Charlie Poppins.

    Voilà, qui est Romain Segaud, l'animateur de Deux escargots s'en vont que vous pouvez voir sur Internet. Plus l'exposition en ce moment à la Halle Saint-Pierre qui va aller à Lyon.

    Merci Jean-Pierre Jeunet. Du bonheur cinématographique encore. À bientôt Jean-Pierre.

    Merci.

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