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  • L'invité

    Gaël Faye, Feu! Chatterton

    Invités : Gaël Faye, Feu! Chatterton.

    Gaël Faye est écrivain et poète, prix Goncourt pour son roman "Petit pays", mais il est également rappeur et a enchanté les Francos avec son concert événement. Le groupe Feu! Chatterton, révélation pop francophone de ces dernières années, fait son retour avec l'album "L'Oiseleur".

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis les Francos de Montréal.

    Transcription

    Respire les effluves, les parfums d'Orient,

    sous l'étuve les fumées d'encens,

    brûlent tes poumons dans les torpeurs enivrantes,

    hume les fleurs, leurs senteurs navrantes.

    Laisse loin la rumeur des villes.

    On se retrouve là, Gaël.

    D'autant plus que le Canada est aussi une grande terre d'accueil et d'exil. Beaucoup de compatriotes Burundais et Rwandais sont venus à l'époque, ici, à Montréal ou dans d'autres villes (...)

    Respire les effluves, les parfums d'Orient,

    sous l'étuve les fumées d'encens,

    brûlent tes poumons dans les torpeurs enivrantes,

    hume les fleurs, leurs senteurs navrantes.

    Laisse loin la rumeur des villes.

    On se retrouve là, Gaël.

    D'autant plus que le Canada est aussi une grande terre d'accueil et d'exil. Beaucoup de compatriotes Burundais et Rwandais sont venus à l'époque, ici, à Montréal ou dans d'autres villes du Canada. Je sens aussi un certain prolongement en étant ici parce que je sais qu'il y aura des Burundais et des Rwandais ce soir dans la salle.

    En chantant aussi Irruption.

    C'est un texte d'agacement et de colère par rapport aux montées de toutes les formes d'intolérance qu'il peut y avoir en France. C'est vraiment un texte qui a été écrit dans un contexte particulier français. J'ai l'impression qu'il y a une internationale de l'intolérance.

    Hélas.

    Hélas, il peut être compris même peut-être ici.

    Pour ce pays, l'affiche est couleur sang,

    et Manouchian vient pas d'Auvergne,

    le tirailleur t'emmerde,

    il a fécondé ta grand-mère.

    On investit Brongniart,

    le dos au mur comme Jean-Pierre Thorn.

    On s'en fout du grand soir parce que la nuit, c'est bien trop morne.

    On veut même pas de soleil et des éclipses pour faire l'amour,

    pour que l'instant soit bref,

    intense comme un fruit qu'on savoure,

    aux armes miraculeuses,

    on a lu Césaire et Prévert,

    on viendra vous faire la guerre avec la parole poudrière.

    Le texte amène Prévert, Césaire. Il ramène les textes fondateurs.

    Il ramène les armes miraculeuses que sont la poésie, qui sont pour moi les remparts à la barbarie et à l'ignorance. Ça restera toujours la culture. C'est ce qui fait de nous des êtres humains. C'est ce qui crée civilisation, c'est ce qui fait pays, c'est la culture, donc ce que l'on a en partage.

    Ce lien, c'est aussi l'histoire. La chanson raconte aussi les tirailleurs Sénégalais. Elle raconte aussi toutes les injustices, ou plutôt elle dénonce toutes ces injustices.

    Exactement, c'est pour dire qu'il y a une France fantasmée par les extrêmes politiques, par les racistes de tout bord, et il y a la France réelle telle qu'elle est, dans toutes ses nuances. Ce n'est pas du slogan de dire ça. Ce n'est pas une publicité, c'est une réalité. La France a été faite d'apports du monde entier. Parler de Manouchians, parler des tirailleurs Sénégalais, rappeler tout ça, dans nos regards et dans nos ressentis que le reste.

    C'est peut-être un message encore plus fort que le message politique ?

    C'est plus fort que le mariage politique. La poésie, c'est beaucoup plus fort que le message politique. Les poètes sont les législateurs avant les politiciens, avant les politiques, avant la loi. Ils anticipent le monde et ils présentent le monde, un peu comme quand il y a les tsunamis qui arrivent et que les animaux fuient dans la montagne avant les êtres humains, comme s'ils avaient gardé un certain rapport avec la nature, avec l'indicible. Je crois que les poètes, c'est leur raison d'être, c'est d'être les messagers de l'indicible.

    Et se dire que tout est possible ?

    J'espère que tout est possible. En tout cas, on fait en sorte que tout soit possible.

    Merci Gaël Faye, ici, Place des Arts à Montréal, les Francos. Merci Gaël.

    Merci.

    Feu ! de Chatterton, il y a une chanson qui s'appelle Souvenir. J'ai presque envie de dire que quand on est ici, aux Francos de Montréal, on a déjà des souvenirs, non ?

    C'est vrai, c'est la troisième fois qu'on vient. La toute première fois, on avait à peine sorti quatre chansons. On a un attachement très particulier à Montréal parce que c'est une ville qui nous voit grandir encore. A chaque fois qu'on vient ici, on mesure un peu l'avancée de nos travaux. Le public grandit. La dernière fois qu'on est venu, c'était au Club Soda. C'était plein et une super ambiance. On ne s'attendait pas du tout à recevoir un tel accueil. Là, on joue au Métropolis où on avait fait la première partie de Fauve il y a trois ans maintenant. C'est à la fois très familier et très étranger, comme l'est un souvenir.

    Le souvenir du prix Félix Leclerc par exemple que vous aviez eu ?

    Exactement, on a eu le prix Félix Leclerc. On a été assez honoré d'avoir ce prix et de pouvoir venir ensuite défendre l'album, le premier album, et maintenant le deuxième album.

    C'est Souvenir au singulier.

    Exactement.

    C'est quoi un souvenir ?

    C'est ce qu'il nous reste de quelque chose qui s'est dissipé, qui n'est plus là. Soit on décide que ce qui reste est comme une amertume, c'est-à-dire l'arrière-goût, obsédant, quelque chose qu'on a aimé, soit une douceur et plein de lumière. Au moins on a ça, ça veut dire qu'on aura vécu quelque chose de beau.

    Un oiseau chante je ne sais où,

    c'est, je crois, ton âme qui veille,

    les mois ont passé les saisons,

    mais moi je suis resté le même,

    C'est un album de sensations, évocateur, qui invite les gens à se replonger même dans les moments voluptueux, les presque rien qu'on garde. À la fin, il ne nous reste pas grand-chose, mais… D'ailleurs, on se demande comment fonctionne cette machine de l'esprit. On ne garde pas ce qu'on voudrait garder forcément.

    Il y a chanson qui parle de l'ivresse.

    Dans cette chanson, c'est à la fois l'ivresse simple qu'on connaît dans ce petit rade, et probablement pour nous, c'est aussi une métaphore de toute la musique qu'on fait, de tout le plaisir qu'on prend à faire cette musique, notamment sur scène parce que c'est une musique qu'on a vraiment plaisir de défendre complètement sur scène. La résonance que l'on peut avoir sur scène et à essayer de communiquer ce plaisir qu'on a au public, c'est une certaine ivresse.

    C'est aussi un état un peu paradoxal, comme le morceau l'est. C'est une sorte de tension entre quelque chose de complètement violent, titubant, désaxé et une forme de douceur et de sensualité.

    Ça y est, voilà, je suis raide.

    Ça y est voilà, ça y est voilà.

    Ça y est voilà, ça y est voilà, ça y est voilà.

    L'ivresse, c'est ce moment où on n'est pas forcément ivre que d'alcool, mais c'est cette chose qu'on peut décider qui est aigre-douce, tout est assez aigre-doux.

    C'est un certain régal, la musique que fait Chatterton, aigre-doux.

    C'est vrai, ça va bien. Après cet album en particulier, pour nous, il sort de cette aigre-douceur, en ne voulant garder que la lumière et que la caresse. C'est ce qu'on a essayé de faire.

    Merci, Feu ! de Chatterton, ici, aux Francos de Montréal. Merci à tous les quatre.

    Merci beaucoup.

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    00:08:22
    Tous publics
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