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  • L'invité

    Vincent Duluc

    Invité : Vincent Duluc.

    Le journaliste foot de « L'Équipe » Vincent Duluc nous livre ses derniers pronostics avant l'ouverture de la Coupe du monde de football 2018 en Russie. Il publie également un livre hommage aux « coiffeurs » de l'équipe de France, ces remplaçants qui suivent le match depuis les bancs de touche et font pourtant parfois gagner leur équipe.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Vincent Duluc, grand reporter football à l'Equipe, bonjour.

    Bonjour.

    Qui va gagner la Coupe du Monde 2018 ? Le verdict, ce sera le 15 juillet prochain. Vincent Duluc, est-ce qu'il y a vraiment des favoris ? Est-ce qu'on a déjà une idée ?

    Oui, il y a au moins trois favoris du premier rang, qui sont le Brésil, qui sont l'Allemagne, qui est le champion en titre, et qui sont l'Espagne, le champion précédent. Il y a des favoris du deuxième rang dont l'équipe (...)

    Vincent Duluc, grand reporter football à l'Equipe, bonjour.

    Bonjour.

    Qui va gagner la Coupe du Monde 2018 ? Le verdict, ce sera le 15 juillet prochain. Vincent Duluc, est-ce qu'il y a vraiment des favoris ? Est-ce qu'on a déjà une idée ?

    Oui, il y a au moins trois favoris du premier rang, qui sont le Brésil, qui sont l'Allemagne, qui est le champion en titre, et qui sont l'Espagne, le champion précédent. Il y a des favoris du deuxième rang dont l'équipe de France qui est peut-être le premier favori du deuxième rang, ce qui ferait d'elle un demi-finaliste potentiel.

    C'est vrai, Brésil : ultra favori ?

    Pas ultra favori, mais après la demi-finale perdue sept à un en 2014 à la maison, face à l'Allemagne, le Brésil avec Neymar, cette fois, qui était absent dans cette demi-finale a été champion olympique à la maison en 2016 en assumant une pression immense, et la combinaison de talents absolus à l'image de Neymar et de vraie dureté, de méchanceté au milieu de terrain, avec des types comme Casemiro, Fernandinho ou Paulinho, fait que le Brésil semble un peu au-dessus, que l'Allemagne s'est rajeunie, ce qui n'est pas forcément bon signe avant une Coupe du monde et l'Espagne revient.

    L'Espagne revient de loin. Il a fallu rajeunir l'équipe.

    Un peu rajeunir, mais malgré tout, on va assister avec grand plaisir au crépuscule d'Iniesta, ça va être la dernière grande compétition de ce joueur majeur de l'histoire du foot de ces 20 dernières années.

    Une autre équipe rajeunie, c'est l'Angleterre. Nouvelle sélection. Est-ce qu'on peut espérer la Grande-Bretagne ?

    C'est une bonne question et cela renvoie effectivement à la pyramide des âges avant cette Coupe du monde. On dit qu'il ne faut pas être trop jeune. Et deux des trois équipes les plus jeunes, c'est l'Angleterre et la France. Donc, est-ce qu'on peut aller loin en Coupe du monde quand on est aussi jeune ? Est-ce qu'on a assez d'expérience ? Est-ce qu'on sait supporter cette pression-là ? Toutes les sélections anglaises supportent depuis 1966 la pression de "le pays, inventeur de jeu, qui n'a gagné qu'une fois la Coupe du monde et qui n'est jamais là depuis 1966". Donc là, on va dire que les jeunes partenaires de Harry Kane vont vraiment avoir beaucoup de pression. La grande génération anglaise à l'époque de Steven Gerrard, David Beckham, des joueurs comme, Franck Lampard, n'est jamais arrivée à rien en Coupe du monde. On va voir si cette génération-là, qui paraît moins douée, peut aller plus loin en étant un peu plus une équipe.

    Et puis, la France. La France de Didier Deschamps, c'est quoi son atout qui fait que peut-être elle peut gagner ?

    Son atout, c'est que Didier Deschamps sait faire un groupe. On peut toujours discuter sur le jeu, on peut toujours dire que l'identité française est assez inconnue, assez insaisissable, mais il n'empêche qu'il sait faire un groupe, que ce groupe-là est extrêmement jeune. Mais du coup, ce groupe a des jambes de feu, on l'a vu un peu dans la préparation avec Ousmane Dembélé, avec Kylian Mbappé, Griezmann a quand même la stature pour porter offensivement cette équipe. C'est une équipe qui n'a pas beaucoup de trous, finalement. On s'inquiète beaucoup pour sa défense, mais elle semble avoir trouvé des solutions sur les côtés, au niveau des latéraux. Après, il faut espérer que…

    La force peut être offensive ?

    La force de l'équipe de France est offensive, mais ça renvoie à une autre question, est-ce que l'on peut gagner une Coupe du Monde sur l'attaque ? On va dire qu'historiquement, on gagne plutôt une Coupe du Monde sur la défense, c'est plutôt là-dessus que ça se joue. On peut toujours espérer marquer trois buts de plus que l'adversaire , mais il y a toujours un moment où on n'en marquera qu'un. Donc, c'est très risqué comme stratégie. La meilleure stratégie, ça reste de savoir bien défendre et de marquer un but de plus que l'adversaire.

    Mais, on disait que l'équipe de France était assez inconstante. Là, c'est assez stable ?

    C'est assez stable sur la dernière période, c'est vrai. L'équipe de France a dû perdre un seul de ses 12 ou 13 derniers matchs, donc c'est plutôt encourageant. Mais, on va dire que dans le contenu, parfois il faut se méfier un peu, il y a une petite difficulté, je trouve, à supporter les moments faibles d'un match. Parfois, les jeunes attaquants qui ont beaucoup de talent n'ont pas tout à fait le sens collectif qu'il faudrait au moment d'affronter les moments difficiles.

    Les champions sortants, l'Allemagne, est-ce qu'elle peut au moins aller en demi-finale pour la cinquième fois ?

    Oui, l'Allemagne est vouée à aller en demi-finale. La saison dernière, elle a remporté la Coupe des Confédérations qui était une espèce de répétition générale à Moscou, avec une équipe très, très jeune. Elle a donc été championne du monde en 2014 au Brésil. C'est dans son ADN d'aller loin dans la compétition, c'est dans son ADN d'assumer cette pression. L'Allemagne sera là d'une manière ou d'une autre.

    Et on attend le Messi en Argentine ?

    On attend Messi en Argentine. Ça renvoie à d'autres attentes millénaires. Mais, c'est vrai que jusque-là, Messi n'a jamais porté l'Argentine très loin. Il l'a portée un peu à la Coupe du Monde 2014 jusqu'à la finale, ce qui n'était pas mal, mais on a toujours l'impression qu'il y a une petite dissociation entre le Messi de Barcelone, qui est fantastique, et le Messi de l'Argentine, qui ne l'est pas toujours. Mais, c'est sans doute parce que Messi, fondamentalement, n'est pas vraiment un joueur argentin. Il est arrivé adolescent à Barcelone, finalement son ADN, c'est d'être un joueur catalan, c'est de savoir jouer un jeu espagnol ou voire un jeu purement barcelonais. Et le jeu argentin, qui est un jeu où il y a plus de sang que de réflexion, il y a plus de passion que de stratégie, ne lui convient peut-être pas forcément.

    Est-ce qu'on peut avoir un Cristiano Ronaldo pour le Portugal qui pourrait aussi créer la surprise ?

    Le Portugal a déjà créé la surprise. Il y a deux ans, il remportait l'Euro. S'il était encore au rendez-vous cette fois avec une équipe assez semblable, ce serait une énorme surprise, parce que Ronaldo à quand même deux ans de plus. Il a montré qu'il savait faire évoluer son jeu. Avant c'était un créateur, maintenant c'est un prédateur, mais je pense que ce sera difficile pour les Portugais.

    En tout cas, la France passera le premier tour ?

    La France doit passer le premier tour, même si le stade de l'équipe de France va nous dire que c'est un groupe difficile, que c'est probablement le groupe le plus difficile de la Coupe du Monde.

    Oui, l'Australie, le Danemark…

    Mais, l'Australie, le Danemark et le Pérou, ce n'est pas un groupe difficile…

    Ce n'est pas le Pérou, comme on dit.

    C'est un groupe qui peut être compliqué parce qu'il y a trois écoles de jeu un peu dissemblables, un peu de jeu britannique, un peu de jeu sud-américain et un jeu purement anglo-saxon, voire très saxon. Mais au-delà de ça, en valeur pure, il n'y a pas de problème.

    Allez, un dernier pronostic important : le match d'ouverture, la Russie contre l'Arabie Saoudite. Vous dites, c'est qui ? C'est la Russie ?

    C'est le pétrolico comme on l'appelle déjà Ca devrait être la Russie, mais je pense que la Russie est sans doute l'équipe européenne la plus faible du plateau et que si elle n'avait pas été organisatrice, elle ne se serait jamais qualifiée. J'ai peur que la Russie ait beaucoup de mal à passer le premier tour.

    Enfin, elle est là en tous les cas. Elle va ouvrir ces festivités. Vous faites l'éloge des coiffeurs ? On vous regarde, c'est vrai que… Effectivement.

    On saisit l'ironie.

    Ces coiffeurs, c'est quoi dans le foot ?

    Les coiffeurs, c'est le surnom des remplaçants. Les remplaçants, c'est un destin complètement anonyme le reste du temps, mais sur une Coupe du Monde, c'est un peu autre chose. On se rend compte finalement, dans l'histoire de l'équipe de France, qu'il y a une véritable adéquation entre le comportement social et sportif des remplaçants et la performance collective. C'est-à-dire que quand les remplaçants sont au niveau, soit au niveau de camaraderie ou au niveau de performance, à ce moment-là, la performance est là et quand ce n'est pas le cas, quand il y a confusion dans les hiérarchies, quand il y a inversion entre ceux qui devraient être coiffeurs et ceux qui devraient être leaders, comme c'était le cas en 2010, où Thierry Henry était coiffeur et Patrice Evra, leader, on aurait peut-être dû inverse, à ce moment-là effectivement, on va dans le mur. Donc, il y a une vraie manière de relire l'histoire à travers eux.

    Vu du banc, parce que c'est ça le livre, Vincent ? Vu du banc, on voit quoi ? On voit des gens qui passent à côté de la gloire, on voit des gens qui vivent la victoire par procuration, on voit finalement des gens, mais qui sont dans les 23 et qui sont essentiels ?

    Ils sont dans les 23, ils sont essentiels, ils peuvent arriver à tout moment. Avec la commémoration de 1998, on voit bien que les coiffeurs ont eu un certain destin. On voit que Franck Leboeuf a été anonyme pendant toute la Coupe du monde, mais qu'il a joué la finale, finalement. Donc, ils peuvent sortir de leur condition. Et 98 rappelle, avec l'impression de l'espèce de ciment social auquel on a assisté dans cette équipe, que les coiffeurs ont été essentiels. Vincent Candela qui était un très, très bon joueur, il restera célèbre parce que c'est lui qui a choisi la chanson "I will survive". Donc tout compte, finalement, dans cette histoire.

    Oui, tout compte. 1998, ils sont devenus millionnaires, les coiffeurs ?

    Mais ils l'étaient déjà avant. Et c'est ça qui est fascinant, c'est que ces types-là, ce sont des types qui sont des stars dans leur club et une fois tous les quatre ans, ou une fois tous les deux ans, même si le phénomène est un peu moins sensible, mais une fois tous les quatre ans, ils glissent doucement dans l'ombre tout d'un coup, alors qu'ils ne sont pas faits pour ça, alors que ce n'est pas leur habitat naturel.

    Si je vous dis Bernard Lama, Lionel Charbonnier, Vikash Dhorasoo, Thierry Henry, c'est quand même des grands noms ?

    Bien sûr…

    Ils vont regarder le match depuis le banc.

    Ce sont des grands noms, mais effectivement, cela renvoie à l'idée que finalement, comme dans la vie, on est peut-être toujours le coiffeur de quelqu'un.

    C'est vrai, mais vous auriez rêvé d'être coiffeur, Vincent ?

    Je ne sais pas. Pour moi-même peut-être, déjà.

    Merci, Vincent Duluc, ça s'appelle l'Eloge des coiffeurs, c'est publié chez Marabout. On était ravi de vous recevoir aujourd'hui.

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    00:08:21
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