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  • L'invité

    Éric Naulleau

    Invité : Éric Naulleau, journaliste français.

    Fan de football, le chroniqueur publie un essai revigorant sur l'histoire de la coupe du monde "Quand la coupe déborde". Il suffit parfois d'un rien ou d'un coup de tête pour que l'histoire bascule, c'est aussi cela la magie du foot !

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Éric Naulleau, journaliste, chroniqueur, mais surtout footballeur. C'est le footballeur que je reçois aujourd'hui.

    Footballeur devant sa télé, maintenant, je l'ai beaucoup pratiqué en amateur.

    Mais quand même…

    Vous seriez très surpris de me voir devant un poste de télévision quand il y a un match de la France, par exemple, je suis d'un chauvinisme révoltant.

    Total.

    Mais révoltant, d'une mauvaise foi monolithique.
    (...)

    Bonjour Éric Naulleau, journaliste, chroniqueur, mais surtout footballeur. C'est le footballeur que je reçois aujourd'hui.

    Footballeur devant sa télé, maintenant, je l'ai beaucoup pratiqué en amateur.

    Mais quand même…

    Vous seriez très surpris de me voir devant un poste de télévision quand il y a un match de la France, par exemple, je suis d'un chauvinisme révoltant.

    Total.

    Mais révoltant, d'une mauvaise foi monolithique.

    Scandaleuse.

    Oui, mais c'est scandaleux. Je suis un autre être. J'espère que vous préférez celui-là parce que l'autre, c'est plutôt la version sombre de ma personnalité. Je saute, je hurle, j'insulte.

    Vous êtes le vrai Naulleau à ce moment-là, peut être ?

    Il y en a deux, un être un peu plus sophistiqué et puis, dès que vous parlez de footbal,l il y a l'être un petit peu…

    C'est l'être primitif qui ressort.

    Un peu et ça me plaît.

    Ça vous plaît, oui. Vous redevenez ce gamin qui s'arrache les cheveux. Là, vous allez regarder quoi dans l'équipe de France ? Je vais regarder si Deschamps arrive à faire d'une constellation d'individualités une grande équipe collective. Ça commence à venir, ce n'est pas encore le cas. Je vais voir s'il aura le courage de trancher certains cas délicats. En premier lieu, celui de Pogba.

    Comment ça, trancher ?

    Je pense que la place de Pogba est plus sur le banc de touche actuellement que titulaire au départ, alors que c'est un joueur star. Je pense que, au vu de ces prestations récentes, il faudrait trancher dans ce sens-là. Est-ce qu'il en aura le courage ?

    C'est ça, mais il a du courage Deschamps ?

    Normalement, il en a. L'affaire Rabiot l'a montré, l'affaire Benzema l'a montré. Est-ce qu'il aura du courage jusqu'au bout ?

    Mais c'est une équipe qui va avoir du courage. Vous dites, elle peut aller jusqu'où ? Elle peut aller jusqu'à la finale ?

    Je pense qu'elle peut aller jusqu'au bout si tout le monde commence à jouer ensemble parce que, en talent pur, ce qu'on voit sur le terrain, on n'a pas vu ça depuis longtemps.

    Allez, chauvin. Mais, il y a quand même le Brésil. Il y a quoi ? Il y a l'Angleterre, il y a l'Allemagne…

    Ils seront tous au rendez-vous. Peut être pas les Anglais, parce que ce n'est pas une grande période pour le football anglais, mais le Brésil sera là, l'Argentine sera là, l'Espagne sera là et l'Allemagne, l'éternelle Allemagne, sera là. L'Allemagne doit être le pays que je cite le plus dans mon livre parce qu'ils sont toujours au rendez-vous de la Coupe du monde, ou presque.

    Parfois les rendez-vous violents. Vous nous racontez Quand la coupe déborde, publié chez Stock, vous refaites le match. Surtout, vous nous raconter les moments où pour quelques centimètres, une seconde, tout bascule, un match se perd ou se gagne.

    Moi, ce qui m'intéresse, c'est quand la coupe déborde, c'est-à-dire quand un match entre dans la légende pour un fait qu'on ne pouvait absolument pas prédire. Exemple emblématique, le coup de boule de Zidane, ou alors finale 1966, Angleterre-Allemagne, deux partout, Geoffrey Hurst tire, la balle rebondit sur la barre transversale, est-ce qu'elle a, en redescendant, franchi ou pas la ligne ? Le débat a duré 50 ans.

    On ne sait toujours pas ?

    Moi, j'ai mon intime conviction, je pense qu'elle n'a pas franchie, que le but n'était pas valable.

    Il serait peut être temps d'avoir la vérité.

    L'Angleterre a gagné quatre à deux et sur les six buts, il y en avait trois qui n'étaient pas valables. C'est vraiment ces moments-là qui font déborder. Ou alors, la main de Maradona…

    C'était la main de Dieu, Éric.

    C'est ce qu'il a prétendu, plutôt c'était la main d'un tricheur, si vous voulez une explication plus prosaïque, mais il se trouve que cinq minutes plus tard, Maradona, après avoir fait la tricherie du siècle, a marqué le but du siècle. La coupe a débordé deux fois en cinq minutes. Un évènement complètement imprévisible, une main, que tout le monde voit sauf l'arbitre et après, le but du siècle où Maradona passe en revue toute l'équipe anglaise.

    Vous nous dites qu'il a triché, ce n'est pas une main innocente quand même ?

    Il a triché, mais je crois malheureusement que le foot est beaucoup basé sur la tricherie. Et moi, c'est une des choses que j'ai un peu de mal à admettre dans le football moderne, c'est cette culture de la triche, du trucage. Après, on peut élever le trucage à des sommets mystiques, comme Maradona. Maradona fait un petit trucage de gamin des rues, il a appris à faire ça en jouant au foot dans les rues et il décide que c'est un trucage mystique, la main de Dieu. On peut essayer de transcender les tricheries, mais j'admire ça moins que le but du siècle. J'admire moi la main de Maradona que son but du siècle.

    C'était, pour le coup, le coup extraordinaire contre Battiston. Ça, c'est un moment terrible, pénible, dans l'histoire du foot.

    Je ne peux pas y penser sans avoir les larmes aux yeux.

    On ne dit pas Schumacher.

    C'est très intéressant. Il y a un Schumacher qui est sympathique, qui est le coureur automobile, qui a eu un terrible accident, donc on l'appelle Schumacher, et il y a un Schumacher qui n'est pas du tout sympathique…

    Les Schumacher sont des méchants.

    Schumacher est un méchant. On le voit sur l'image, Schumacher, pendant ce fameux France - RFA de Séville, voyant que Battiston est hors de portée et qu'il va sans doute marquer le but, décide de l'agresser. Et Battiston a failli y laisser la vie. Il est tombé dans le coma, il avait une vertèbre fissurée et Schumacher a expliqué bien après dans ses mémoires que lui-même était assez chargé en substance illicite et qu'il y avait une très grande tradition de dopage dans l'équipe allemande. Le fait de revisiter les matchs, ça permet de remettre en perspective ce qu'on n'avait pas encore tout à fait vu en direct, parce que ça va très, très vite.

    Ça va trop vite. On comprend mieux maintenant, vous nous dites qu'il avait effectivement pris des substances ?

    Son comportement en atteste, après ce match reste ce qu'il y a de plus proche sur un terrain de la tragédie grecque.

    Vous nous citez le 20 juin 2010, qu'est-ce qu'il se passe le 20 juin 2010 ? Allez, un quizz, Éric Naulleau.

    La fameuse grève de Knysna.

    Ce n'est pas un bon souvenir.

    C'est la page la plus honteuse du football français. Une grève de millionnaires en Afrique, donc déjà, le pitch est intéressant. Puis, je crois que c'est là où on a touché le fond, c'est-à-dire que des joueurs oublient qu'ils représentent une nation, qu'ils portent un maillot frappé du coq, ils ne pensent plus qu'à eux-mêmes. On a un sélectionneur qui perd complètement les pédales, qui lit la lettre des grévistes. On a vu quand même quelque chose s'écrouler, mais qui était en phase avec le pays. La France était un pays qui doutait. La France était un pays qui aimait l'autocritique, qui n'allait pas bien. Et l'équipe de France n'a fait que refléter l'état du pays.

    C'est cela que le foot reflète, l'état ?

    Évidemment.

    On peut parler de Zidane, c'est extraordinaire, coup de tête.

    Moi, je suis très sévère pour ce coup de tête, parce que comme je suis très, j'estime que en mettant un coup de tête à Materazzi, il nous a fait perdre une deuxième Coupe du monde qui nous tendait les bras. Les Italiens étaient à bout de tout, on aurait gagné. Après, dans le livre, je cite quelques interprétations d'auteurs qui disent : "Non, c'est un geste génial parce qu'il a trouvé une manière unique de finir sa carrière", parce qu'il n'a plus jamais joué pour l'équipe de France. C'est très beau d'un point de vue littéraire. C'est très beau d'un point de vue de l'imaginaire, mais d'un point de vue de la réalité, on a perdu la Coupe du monde. Et Zidane est sorti sur un acte honteux, alors qu'il a sans doute été le plus grand joueur de l'histoire de l'équipe de France.

    Vous nous racontez le match de la honte. C'était quoi le match de la honte ?

    Le match de la honte, c'est un match arrangé entre Autrichiens et Allemands où, au bout de dix minutes, les Allemands ouvrent la marque et dans les 22 cerveaux germe simultanément la même idée, au fond 1-0, ça qualifie les deux équipes au détriment de l'Algérie. Pendant 80 minutes, ils ont joué à la passe à dix sous les sifflets du public espagnol. Et à la fin du match, en effet, ils sont tous les deux qualifiés. Et donc, après la FIFA a décidé que désormais les derniers matches de poule se joueraient simultanément pour éviter ce genre de truc. Mais il n'empêche que l'Algérie s'est fait voler comme au camp du bois.

    Puis, le 8 juillet 2014, c'est la dernière date que vous citez dans ce livre, il y a ce match Brésil-Allemagne. Pourquoi vous le citez dans ce livre ?

    Parce que jamais on avait vu une équipe organisant la Coupe du monde, et qui plus est le Brésil, se faire massacrer de la sorte. Et c'est un événement traumatisant.

    Combien déjà, je ne m'en rappelle plus ?

    Sept à un. Ce qui est inouï.

    C'était même pénible, c'était triste.

    Les Brésiliens ont sombré dans une affliction nationale, mais ce qui était très intéressant, c'est que ça a ravivé en même temps le souvenir d'un autre traumatisme, leur défaite en 1950 en finale, sur leur terrain aussi, contre l'Uruguay. Ce traumatisme, tout le pays pleurait, a tout de suite été mis en parallèle avec cet ancien traumatisme. Vous voyez, le football, c'est du temps long, ce n'est pas seulement les 90 minutes, ça ravive des souvenirs. Nous, chaque fois qu'il y a un France-Allemagne, on se souvient de celui de Séville, et les Brésiliens se souviendront longtemps de ce Brésil-Allemagne.

    Vous voyez quoi en finale, Éric ?

    La France, je veux que ça soit la France.

    Si on pouvait vous entendre.

    France-Brésil, j'aimerais bien une autre revanche. 20 ans après.

    Et un, et deux, et trois, zéro. Vous rêvez ?

    Il faut rêver. Avouez que 20 ans pile après, la même affiche, avec le même score, est-ce qu'on ne signerait pas tout de suite ?

    Tout de suite ?

    Moi, je signe tout de suite.

    Éric Naulleau, Quand la coupe déborde. Il refait le match, c'est publié chez Stock. C"est un bonheur de vous avoir reçu, Éric.

    Merci beaucoup, bonheur partagé.

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    00:08:26
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