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  • L'invité

    Christian Eckert

    Invité : Christian Eckert.

    L'ancien ministre de François Hollande, qui fut le voisin de bureau d'Emmanuel Macron à Bercy où il était chargé du budget, tire à boulets rouges contre l'actuel président de la République française, dont il a assisté de l'intérieur à l'ascension fulgurante. Il publie « Un ministre ne devrait pas dire ça... », un livre au vitriol où il dénonce un monde de « coups tordus au service des lobbys et des plus riches ».

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Christian Eckert.

    Bonjour.

    Vous étiez secrétaire d'Etat au Budget dans le gouvernement Valls, sous François Hollande. Vous n'y allez pas de main morte. Vous dites dans un livre qui s'appelle Un Ministre ne devrait pas dire ça : "J'ai assisté à l'émergence d'Emmanuel Macron", et vous n'êtes pas tendre avec lui.

    Pas tendre, pour plusieurs raisons. La première, c'est qu'il a fomenté, si j'ose dire, son action et sa montée en puissance un peu dans le (...)

    Bonjour Christian Eckert.

    Bonjour.

    Vous étiez secrétaire d'Etat au Budget dans le gouvernement Valls, sous François Hollande. Vous n'y allez pas de main morte. Vous dites dans un livre qui s'appelle Un Ministre ne devrait pas dire ça : "J'ai assisté à l'émergence d'Emmanuel Macron", et vous n'êtes pas tendre avec lui.

    Pas tendre, pour plusieurs raisons. La première, c'est qu'il a fomenté, si j'ose dire, son action et sa montée en puissance un peu dans le dos de tout le monde, au moment où il était ministre de l'économie, sans le dire, parfois même en disant le contraire, contre celui qui l'avait fait finalement. Ensuite, parce qu'au bout d'un an, on voit que les mesures qu'il a impulsées, qu'il a prises ou qu'il a fait prendre à sa majorité, sont des mesures de président des riches.

    Vous dites quoi ? Vous vous êtes fait avoir, c'est ça que vous avouez ?

    Oui, quand quelqu'un se fait avoir, il a toujours une part de responsabilité, il ne faut pas le nier, mais c'est quand même celui qui a monté l'entourloupe qui est le plus responsable.

    Mais vous n'étiez pas naïf Christian Eckert ? Vous aviez votre bureau en face du sien à Bercy.

    C'est facile de le dire après.

    Vous assistiez à son émergence.

    Il y avait des signes, oui, mais ça nous paraissait tellement énorme qu'on s'est dit : "Mais, ce n'est pas possible".

    Vous le dites vous-même : il avait un cabinet pléthorique, vous voyiez bien qu'il était en train de préparer sa candidature lorsqu'il était à Bercy, vous le dites dans ce livre.

    Mais encore une fois, pour nous, c'était inconcevable ce comportement machiavélique contre celui qui l'avait fait roi.

    Vous dites aujourd'hui : "J'ai une immense rage, colère".

    Parce qu'on aurait dû plus s'opposer, peut-être alerté le président, certains d'entre nous l'ont fait, le président Hollande, dont je parle. Tout le monde pensait que c'était tellement gros, tellement énorme, que cela ne pouvait pas réussir.

    Vous racontez des anecdotes dans ce livre. Vous dites : "Il a cherché à nous ringardiser, à ringardiser les autres membres du gouvernement". Comment faisait-il ?

    À chaque fois, il prenait le parti de la modernité. Quand il y avait des décisions à prendre ou des déplacements à faire, il est allé à Las Vegas, les salons de la nouvelle technologie. On avait d'un côté quelqu'un qui se présentait comme neuf, comme nouveau, et de l'autre, ceux qui tenaient les cordons de la bourse.

    Comme vous qui étiez au budget. Un jour, vous apprenez qu'il a promis aux douaniers des taxis volants électriques. Vous lui envoyez un texto : "Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Je n'ai pas l'argent pour les payer".

    Ce n'est pas seulement qu'on n'avait pas l'argent, c'est que ces prototypes n'existaient pas encore, ou du moins n'étaient que des prototypes.

    Qu'est-ce qu'il vous répond ?

    Il répond que les journalistes ont exagéré la chose. Il fuit bien entendu, encore une fois. C'est quelqu'un qui est d'un abord très chaleureux, sympathique, mais qui sait où il va.

    Vous dites je vous cite : "Un abord effectivement chaleureux et souriant". Vous dites : "Il flatte l'interlocuteur, mais, aussi et surtout, une froideur absolue et une capacité à défendre toujours les mêmes intérêts, ceux des possédants, ceux des riches". C'est ça que vous dites.

    On l'a vu dans la loi de finances, toutes les mesures qui ont été prises pour, par exemple, moins imposer les revenus du capital… On a toujours reproché au président Hollande de ne pas avoir fait de révolution fiscale. Nous avions aligné la fiscalité, l'impôt sur le revenu, des produits du capital sur ceux du travail. Ça nous paraissait juste. Nous sommes convaincus que c'est juste. Aujourd'hui, quelqu'un qui a des revenus de ses actions va payer moins d'impôts que quelqu'un qui gagne un peu plus que le SMIC. Je pense que les actes du nouveau président démontrent parfaitement sa froideur et sa volonté de défendre, ce qu'il appelle, les premiers de cordée.

    Mais tout de même, dans ce gouvernement, ça ne marchait pas fort. Vous décrivez, par exemple, Aurélie Filippetti que vous dites égoïste. Vous découvrez des confrères où chacun roule pour lui, à part Michel Sapin, un peu.

    Quand on doit faire des économies, c'est toujours difficile. Tout le monde dit qu'il faut faire des économies, mais c'est toujours chez les autres. C'est un peu comme les stations d'épuration. On est convaincu qu'il en faut, mais il ne faut pas les faire à côté de chez soi. J'ai eu un rôle difficile, oui. Parfois, ça marchait. On a eu souvent des accords assez vites avec Marisol Touraine, par exemple, avec Christiane Taubira aussi, malgré ce qu'on peut en penser. C'est vrai qu'avec d'autres, Aurélie par exemple, notamment sur les questions qui concernent l'audiovisuel public…

    Elle ne voulait pas faire des économies.

    … elle ne voulait pas faire d'économie.

    Là, il va y en avoir des économies avec le nouveau gouvernement ?

    On va voir.

    Vous qui avez été ministre, vous vous doutez bien ?

    Il parle de 30 milliards d'économie sur la fin du quinquennat en valeur absolue. Ça me paraît hors de portée. Je vous le dis franchement.

    Vous reconnaissez vous-même vos échecs aussi, Christian Eckert. Sur la lutte contre la fraude fiscale, vous n'avez pas été jusqu'au bout. C'est vrai qu'on vous a mis des bâtons dans les roues.

    C'était un demi-échec ou une demie-réussite, mais la lutte contre la fraude fiscale a rapporté plus sur les dernières années du quinquennat que dans les premières années ou dans les quinquennats précédents. C'est vrai qu'on peut mieux faire, mais on a des contraintes. La lutte contre la fraude passe par des questions européennes, par des questions mondiales. On le voit avec les GAFA, y compris avec les tentatives actuelles, ce que prône la France, n'est toujours pas mis en œuvre.

    Gérald Darmanin, c'est un drôle de personnage parce que c'est lui qui vous succède au budget, sauf que vous n'étiez que secrétaire d'Etat et il devient ministre. Il vous fait comprendre que vous n'êtes pas à la hauteur.

    Il ne veut pas faire la passation de pouvoir entre lui et moi. Il insiste pour le faire avec Michel Sapin qui était ministre des finances.

    Il dit : "Tu n'étais que Secrétaire d'Etat et moi, je suis ministre".

    C'est exactement le discours qu'il a tenu, et à Michel Sapin, d'abord à Michel Sapin, ensuite à moi-même.

    Vous lui dites : "Si c'est ça, je prends le train, je rentre à la maison".

    Les honneurs, ces questions d'apparat, de protocole, me sont secondaires. Ce qui compte, c'est l'intérêt général. Si ça dérange, je peux partir discrètement.

    Bonne ambiance. Michel Sapin, qui était ministre de l'économie sortant, qui dit "Le roquet a appelé". Il parle de Darmanin ?

    Cinq minutes après l'annonce d'Alexis Kohler sur le perron de l'Elysée, je monte voir Michel Sapin et Michel me dit : "Le roquet a déjà appelé". J'en suis resté les bras ballants.

    Il y a beaucoup de rancœur quand même, pas d'esprit de vengeance ?

    Il faut tenir compte du choix des électrices et des électeurs.

    Il a gagné Macron, il a été plus fort que vous.

    Il est légitimement élu quel que soit le score ou les interprétations que l'on peut faire. Il faut reconnaître le choix des électeurs. Les électeurs nous ont dégagés. C'est le terme que j'utilise d'ailleurs à mon propos.

    Ils ont même détruit votre parti.

    Le parti existe toujours. Il a toujours 30 000-40 000 adhérents. C'est beaucoup moins que ce qu'il a pu connaître. Je vais à une fête de la Rose ce samedi en Saône-et-Loire.

    Vous dites : "Macron a détruit le parti qui l'avait fait grandir".

    Je ne sais pas si c'est le parti qui l'a fait grandir ou un certain nombre de cercles proches du Parti socialiste. Il est arrivé via un certain nombre de visiteurs du soir, comme on les appelle, la commission Attali, d'autres, ont suggéré au président Hollande de lui donner un rôle important, ce que François Hollande a fait, probablement de façon un peu excessive.

    Un Ministre ne devrait pas dire ça, vous vous inspirez du titre du livre de François Hollande qui ne lui a pas tellement porté bonheur.

    Je lui en ai parlé d'ailleurs, avant.

    Il a aimé votre livre, apparemment ?

    Il avait lu le livre.

    Il a aimé votre livre ?

    Il m'a fait beaucoup de compliments.

    Dès qu'on tape un peu sur Macron, ça lui plaît, c'est ça que vous voulez dire ?

    Il m'a même dit qu'il avait appris des choses. Quant au titre, il m'a dit : "Le titre est accrocheur". Il devait s'appeler autrement. On avait envisagé de l'appeler Un ovni à Bercy parce que je viens de Lorraine, d'un milieu sidérurgique, minier. Je n'ai pas fait d'inspection générale des finances et je suis devenu secrétaire d'Etat au Budget à Bercy, au milieu d'énarques, d'inspecteurs des finances.

    Au milieu de roquets.

    De roquets, pas tous. Ce sont aussi des gens de qualité, mais qu'il faut savoir driver.

    Merci beaucoup. Vous êtes un homme qui a sa parole et qui la tient. Christian Eckert était notre invité aujourd'hui.

    Merci à vous.

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