Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Jérôme Clément

    Invité : Jérôme Clément, personnalité française du monde de la culture et des médias.

    L'ancien président de l'Alliance française, fondateur de la chaîne de télévision Arte, publie ses chroniques radiophoniques dans un livre co-écrit avec Jean Rozat, "Brèves histoires de la culture".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Jérôme Clément.

    Bonjour.

    Ancien patron d'Arte, l'Institut français, vous êtes un homme de culture et vous nous racontez brièvement, dites-vous, l'histoire de la culture en 40 chroniques, que vous avez diffusées sur France Culture. C'est un livre formidable publié chez Grasset. Comment, en 40 dates, vous pouvez dire : "Voilà l'histoire, voilà ce qu'est la culture" ?

    Évidemment, c'est un pari impossible, parce qu'il y a beaucoup de dates. On aurait (...)

    Bonjour Jérôme Clément.

    Bonjour.

    Ancien patron d'Arte, l'Institut français, vous êtes un homme de culture et vous nous racontez brièvement, dites-vous, l'histoire de la culture en 40 chroniques, que vous avez diffusées sur France Culture. C'est un livre formidable publié chez Grasset. Comment, en 40 dates, vous pouvez dire : "Voilà l'histoire, voilà ce qu'est la culture" ?

    Évidemment, c'est un pari impossible, parce qu'il y a beaucoup de dates. On aurait pu en prendre 400, 200, 100, 50. Là, on en a pris 40 parce que ça correspondait à l'été sur France Culture. Il faut assumer le fait que ce sont des choix subjectifs. Je décide que je vais prendre telle date ou telle autre. Déjà, au départ, il y avait un problème. Quand commence la France, l'histoire culturelle de la France ?

    Vous commencez par ça, vous dites à quelle date ça commence, l'histoire ?

    Oui, parce que la grotte de Lascaux, on dit c'est là que ça a commencé, les artistes qui ont dessiné sur les murs des grottes. Oui, mais ce n'était pas la France, c'était un territoire préhistorique. Moi, j'ai choisi le serment de Strasbourg en 842 parce que c'est la première fois que la langue française est utilisée dans un traité officiel. Avant, c'était le latin. En 842, c'est le latin et le tudesque, c'est-à-dire l'allemand.

    On dit, on parle, le français est inventé.

    Oui, le français devient, est reconnu comme langue officielle pour un territoire qui, d'ailleurs, n'était pas la France, qui était des parties de France, d'autres parties qui étaient à d'autres pays. Enfin, c'était un plus compliqué.

    Si on passe en 1532, c'est Pantagruel de Rabelais, pour vous, qui compte le plus ?

    Oui, parce que Rabelais, ça a marqué les littératures française et mondiale, d'ailleurs. C'est quand même une langue très truculente, la langue française qui apparaît et avec une liberté d'esprit comme Cervantes en Espagne, là c'est Rabelais en France, Pantagruel, Gargantua. C'est la région de la Loire, c'est resté dans l'histoire. Et tout le monde connaît Gargantua et Pantagruel.

    Ça marque une rupture, parce que toutes ces dates marquent des ruptures dans l'histoire.

    Oui, elles marquent des ruptures parce qu'en fait ce qui était intéressant c'est de voir à quel moment se situent des grands changements, parce qu'il y a des moments où on répète la même chose que ce qu'il s'est fait. Et puis, il y a des moments où on change de génération, on change d'époque, il y a des ruptures qui se produisent. Et il fallait essayer de les repérer.

    Il y a d'intenses créations culturelles. On parlait évidemment de Rabelais, on pourrait parler de Montaigne, Descartes, le discours de la méthode, et là vous nous ramenez aux attentats de Charlie Hebdo et vous dites évidemment quelqu'un a écrit place de la République : "Je pense donc je suis".

    Oui, ça m'a beaucoup frappé. J'ai été défiler, comme beaucoup de gens, place de la République. Il n'y avait pas de slogans politiques, mais il y avait sur la colonne de la République : je pense, donc je suis. Je pense, donc je suis, c'est Descartes - cogito, ergo sum - le discours de la méthode, 1642. Ça montre à quel point le fait de penser, de penser par soi-même, ce qui est l'essence de ce qu'a écrit Descartes, est un acte révolutionnaire. Et donc en 2015, le même phénomène s'est produit. On s'est dit, au fond, les dessinateurs ont pensé par eux-mêmes, de façon indépendante, et on les a tués pour ça. Donc c'est aussi une pérennité du discours. Évidemment, je ne pouvais pas rater le Discours de la méthode de Descartes.

    Bien sûr, bien sûr. Et puis La Fontaine et ses fables, que vous comparez à Prévert. Et vous dites : "Les jeunes écoliers d'aujourd'hui apprennent autant les fables que la poésie de Prévert".

    Oui, il y a une modernité chez La Fontaine qui était absolument extraordinaire. Toutes ces mises en scène animales, mais qui disent des vérités sur la morale, sur l'époque, sur la façon de… C'est une philosophie, c'est très bien. Et Prévert aussi. Prévert, ce sont des petits poèmes qui disent le quotidien. Donc c'est pour montrer aussi la pérennité et la continuité de la création culturelle qui s'exprime différemment selon les époques, mais avec des repères comme La Fontaine, comme Prévert, qui sont évidemment des génies et des talents qui nous servent de guides aussi, qui servent de guides aux écoliers.

    Et puis aussi, ceux qui n'entrent pas dans le cadre officiel. On parlait du Salon des refusés, c'est-à-dire ces auteurs que l'on bannit, qui sont interdits, Manet et son Déjeuner sur l'herbe. Vous nous racontez ces auteurs un peu maudits, et puis à côté de ça il y a la Marseillaise.

    Oui.

    Vous dites, la Marseillaise, l'invention de ce chant inscrit dans la Constitution.

    Oui, je me suis posé la question parce que la Marseillaise, c'est un chant guerrier. Mais malgré tout, ça reste un symbole culturel très, très, très fort. Tout le monde se retrouve autour de la Marseillaise. Il faut savoir comment ça s'est fait, pourquoi ça a existé, qui l'a fait. Effectivement je raconte cette petite histoire de Rouget de Lisle qui a inventé les paroles de La Marseillaise à Strasbourg, un jour. Il a failli être guillotiné, après, mais finalement il ne l'a pas été. Le Salon des refusés, un mot, parce que ce ne sont pas seulement les intellectuels, ce sont les artistes.

    C'est important de dire qu'il y a des artistes refusés, et puis qui font l'histoire.

    Oui, bien sûr, parce que c'est le mouvement des impressionnistes. Une belle rupture, les impressionnistes. Ils ont fait de la peinture différemment. Ils ont été en plein air. On avait inventé le tube de peinture qui permettait de peindre avec des palettes, une palette, et pas en atelier, et puis d'exprimer la nature, de changer de sujet, de montrer la vie quotidienne, les déjeuners sur l'herbe aussi bien que les usines de la gare Saint-Lazare et les trains de la gare Saint-Lazare. Donc d'un seul coup, c'est un changement d'époque. Les impressionnistes, c'est évidemment une rupture culturelle importante.

    C'est formidable, Jérôme Clément. Vous nous racontez Victor Hugo au Panthéon, vous nous racontez Cyrano de Bergerac, vous nous racontez le J'accuse de Zola, des très grands moments. Vous nous racontez aussi la création de la bande dessinée belge avec Pilote. Vous dites que ça c'est une grande date dans l'histoire.

    Oui, parce que Pilote et l'invention de la bande dessinée, quand on voit la fortune que cela a eu depuis, ça a été un moment fort aussi dans notre période plus contemporaine, plus récente et d'un seul coup, c'est une culture aussi. Comme Spirou et Tintin, d'un seul coup c'est autre chose. Et ça, il ne faut pas le rater, il faut vous dire : "Attention, là il s'est passé quelque chose d'intéressant".

    Et Carmen, de Bizet, qui représente la femme libre. Et puis, on pourrait y ajouter aussi Yourcenar à l'Académie, vous en parlez aussi.

    Oui, la première fois qu'il y a une femme qui rentre à l'Académie, quand même, après trois siècles. Il a fallu attendre tout ce temps pour qu'une femme soit reconnue et qu'on accepte de mettre une femme dans un fauteuil d'académicien. C'est formidable quand même, 1980.

    C'est extraordinaire. Jérôme Clément, dans ce livre écrit avec Jean Rozat, vous définissez ce qu'est le mot culture. Et ça, on l'a pratiquement oublié. Vous dites quand le mot a été inventé.

    Oui, c'est une invention récente, en fait. Avant on parlait des Beaux-Arts. Les Beaux-Arts, c'était la musique, plus l'architecture, plus le cinéma. La culture, c'est autre chose. C'est un ensemble de codes finalement, dans lequel on se définit, on se reconnait, on sait qu'on est du même groupe, donc on a des choses en commun et on les exprime. C'est un mot relativement récent parce que ce n'est pas seulement vu du point de vue des artistes, c'est vu aussi du point de vue de la population, de ceux qui sont des acteurs ou des consommateurs de la vie culturelle.

    Le mot a été inventé dans l'expression qu'on a retrouvée dans un livre, vous le dites : "Cultiver l'esprit".

    Cultiver l'esprit.

    C'est-à-dire on cultive comme un cultivateur, en gros ?

    Oui, on peut dire ça. Au 17e siècle, c'était utilisé comme ça. Mais pas dans le sens intellectuel où on l'entend aujourd'hui. Culture, aujourd'hui, on comprend ce que ça veut dire, on a beaucoup de mal à le définir. On me demande souvent ce que c'est que la culture, ma définition de la culture. Je n'en ai jamais trouvée une qui me satisfasse. Sinon peut-être un regard ouvert sur le monde à 360 degrés qui permet de s'enrichir, de capter, d'exprimer des choses.

    Tout ce qu'on sait, c'est qu'on ne peut pas s'en passer. Et qu'elle est parfois menacée, la culture, Jérôme Clément.

    Oui, elle est menacée. Elle est menacée, parce que dans un monde dans lequel on fait passer uniquement le rendement, la rentabilité, l'économisme, les critères financiers et le résultat, évidemment la part du rêve, la part du temps libre, la part du temps consacré à la poésie, à la musique, à la peinture, on peut avoir tendance à l'oublier. Et moi je dis "Attention, non, non, c'est ça qui est important". Le reste, on en a besoin, bien sûr. Mais l'important, c'est ça, c'est cette part de nous qui aspire à autre chose, qui aspire à l'imaginaire, qui aspire à la poésie, à la rêverie et au temps perdu.

    Il n'y a rien de plus indispensable que la culture. Merci Jérôme Clément. Les brèves histoires de la culture, publié chez Grasset aujourd'hui. On a été ravi de vous recevoir.

    Merci beaucoup.

    Voir plusmoins
    00:08:01
    Tous publics
    Tous publics