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  • L'invité

    Pierre Deladonchamps

    Invité : Pierre Deladonchamps.

    Acteur phare de la nouvelle vague du cinéma français, Pierre Deladonchamps était à l'affiche de trois films au dernier festival de Cannes : « Plaire, aimer et courir vite » de Christophe Honoré, dans lequel il interprète un malade du sida, « Les Chatouilles » qui sortira bientôt au cinéma, où il incarne un pédophile, et enfin « Âmes soeurs », son premier court métrage en tant que réalisateur.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Pierre Deladonchamps, bonjour.

    Bonjour.

    À Cannes avec trois films. On va parler d'un film étonnant, c'est surtout un court-métrage, c'est le premier réalisé par vous.

    Ça me tenait beaucoup à cœur de faire ce film et de le montrer parce qu'on fait des films pour les montrer. Du haut de ma petite expérience, c'est très agréable de pouvoir transmettre à d'autres acteurs, en tant qu'acteur, des choses sur un plateau, mais en les dirigeant. Quand on est jeune (...)

    Pierre Deladonchamps, bonjour.

    Bonjour.

    À Cannes avec trois films. On va parler d'un film étonnant, c'est surtout un court-métrage, c'est le premier réalisé par vous.

    Ça me tenait beaucoup à cœur de faire ce film et de le montrer parce qu'on fait des films pour les montrer. Du haut de ma petite expérience, c'est très agréable de pouvoir transmettre à d'autres acteurs, en tant qu'acteur, des choses sur un plateau, mais en les dirigeant. Quand on est jeune acteur, on est aidé par les metteurs en scène avec qui on travaille et aussi par les acteurs et actrices avec qui on travaille sur les scènes. Mais là, j'ai écrit ce court, je les ai castés, je les ai choisis, je suis très fier d'eux. Pour moi, il y a vraiment une sorte de, ce sont comme mes petits frères et sœurs.

    En plus.

    Ça s'appelle Âmes soeurs, regardez.

    L'ambiance y est, Âmes soeurs, on ne révélera pas la fin.

    Non, surtout pas.

    Le jeu entre les personnages, le jeu de l'amour, le jeu du sexe…

    C'est un théâtre.

    Un théâtre où on peut s'échanger les rôles.

    Ce que j'aime bien dans les soirées, je trouve qu'il y a vraiment des mini-scènes de théâtre, des fois très, très forts. Des fois, ça se passe comme dans une antichambre ou dans une chambre, comme dans mon film. J'aime bien l'idée qu'il puisse se passer vraiment des moments qui se recoupent les uns les autres et qui font avancer l'intrigue sans trop qu'on ne s'en rende compte.

    Il y a Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré. Votre personnage, c'est Jacques.

    C'est Jacques.

    Incroyable personnage et incroyable relation entre ce couple.

    Avec Vincent Lacoste.

    Qui est tellement touchant.

    C'est un film très fort dont je suis hyper fier. Je rêvais de travailler avec Christophe Honoré depuis très longtemps. Je crois que c'était parfait que ce soit sur ce film. On s'est tellement bien entendu. On a vécu un tournage merveilleux. La cerise sur le gâteau, une sélection et des bons papiers, ça fait plaisir. Les entrées sont au rendez-vous, c'est ça qui est important.

    Des scènes d'anthologie, un romantisme fort.

    Il y a du romanesque. Christophe, pour moi, c'est un metteur en scène hors pair qui sait vraiment faire les choses d'une manière très maîtrisée, très sobre, mais qui vous touche au coeur si vous êtes sensible à son cinéma.

    Se dire que ce personnage qui est malade, qui va peut-être mourir du sida…

    Il va mourir du sida.

    Qui finalement découvre un amour.

    C'est un dernier amour et un premier amour. Un jeune homme qui commence sa vie amoureuse avec les garçons et un autre qui est obligé de ne pas vouloir de dernière histoire d'amour parce qu'il sait justement qu'elle est vouée à finir avant qu'il ne le veuille car la vie va s'arrêter pour lui.

    ♫ J'aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur coeur, se balancer ♫

    Je n'ai pas encore le résultat, mais je peux vous annoncer qu'il va falloir vous hospitaliser rapidement.

    Est-ce qu'il a déjà lu un de tes romans ?

    Non.

    Je ne lis pas tellement les vivants, c'est pour ça.

    Ah. On n'aurait pu attendre très longtemps, je pense.

    Tu es déjà venu chez nous ?

    Chez ton père, oui.

    Tu tombes mal, je ne peux pas me permettre une dernière romance.

    Je pars vivre à Paris. Vous allez me manquer.

    Tu sais qu'on pourrait se faire une belle vie tous les deux.

    Vous êtes aussi à l'affiche des Chatouilles. Là, c'est un personnage… Pour un comédien et un acteur, c'est…

    C'est ça aussi qui est fort quand on est comédien, c'est qu'on se fait emmener par le biais d'une histoire, d'une réalisatrice, d'un réalisateur, vers des personnages incroyables…

    Il était gay ?

    Oui. Personnages incroyables d'un pédophile qui abuse d'une petite fille, histoire autobiographique de la réalisatrice. Très, très fort, sujet politique important et film nécessaire, à mes yeux.

    Clovis Cornillac, Karine Viard. Comment on aborde un personnage comme ça ? Il faut le jouer à fond ?

    Je me suis dit, je ne vais pas juger mon personnage. J'ai un avis, un jugement en tant qu'individu sur la pédophilie, mais si j'incarne ce personnage, il faut que je le joue au premier degré comme si absolument tout était normal. Ça peut paraître une évidence, mais c'est hyper dur parce qu'il faut bien se concentrer pour ne laisser rien transparaître de ce qu'on peut penser de ce qu'on est en train de faire. Dans ma tête, à chaque fois, je me disais que je m'adressais à un adulte et qu'il n'y avait absolument aucun problème avec cette relation qui était là, que c'était normal d'aimer cette petite fille de huit ans.

    Cette petite fille qui, un jour, va essayer de se sauver à travers la danse et à travers la libération de la parole parce que c'est ce que raconte ce film.

    C'est un chemin de croix pour certaines et certains. Comme le dit très bien Andréa Bescond, "Parfois, la mémoire décide d'enfouir les choses très, très profond et ça ressort, on ne sait pas comment, on ne sait pas quand". Ça peut être vingt ans, trente ans après. C'est pour ça qu'Andréa Bescond se bat pour abolir la prescription, ou la rallonger, mais on doit pouvoir comprendre qu'on parle quand on est prêt à parler, pas quand la justice vous dit que vous avez encore le droit ou que vous n'avez plus le droit.

    C'est un film qui montre cette réalité là, crue.

    Crue. Et puis surtout, Andréa et Eric, les réalisateurs, sont venus me chercher parce que justement, on peut se dire que je n'ai pas trop la gueule de l'emploi pour jouer ce rôle, parce que la pédophilie n'a pas de visage. Il ne faut pas croire qu'il y a un stéréotype de la gueule du pédophile libidineux, un petit peu sadique, qu'on voit à tous les coins de rue. Non, ça arrive partout, dans tous les milieux, à tous les âges. Il faut sensibiliser les gens, les parents, les enfants, sur ce thème.

    Je m'appelle Odette. Je deviendrai une grande danseuse étoile.

    T'es très gentille.

    Ma petite Odette.

    Je t'aime, ma chérie.

    Il est incroyable ce Gilbert.

    Tu n'oublies pas que c'est Gilbert qui vient te chercher.

    Gilbert ?

    Merci d'avoir ramené la petite.

    Je t'en prie.

    C'est Gilbert. Ils partent à la montagne et il propose d'emmener Odette.

    On va demander à Odette.

    Ben non, c'est nous ses parents, c'est à nous de décider pour elle.

    Je me demandais si tu ne voudrais pas jouer à la poupée avec moi ? Par contre, tu ne le dis à personne.

    C'est quoi, pour vous, être acteur ?

    Être acteur, c'est se sentir plus vivant. Je vais mettre Les Chatouilles de côté. J'ai eu le sentiment, dans les rôles que j'ai pu faire, de vivre plus d'émotions dans le cinéma que dans la vraie vie, je ne sais pas pourquoi, et d'avoir plusieurs vies dans une seule vie parce qu'on interprète toutes sortes de personnages. C'est ça qui est enrichissant, qui fait grandir et qui fait que j'arrive à ne jamais m'ennuyer dans la vie.

    Avec toujours un défi du personnage d'après.

    Se mettre au service de grandes histoires, de grands metteurs en scène. C'est une fierté pour moi. Encore une fois, je vais me répéter, mais c'est très enrichissant.

    On a besoin de ça alors ?

    Moi, oui.

    C'est vrai ?

    Oui, sinon je m'ennuie très vite. J'ai une tendance à vraiment trouver la vie à la fois merveilleuse, et parfois, futile, même inutile. J'ai des problèmes existentiels sur ce que je fais là et à quoi je sers. Au moins, quand je fais du cinéma, je me pose moins la question.

    On sert à quelque chose là ?

    J'espère. C'est le but.

    Merci à vous, Pierre.

    Merci.

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