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  • L'invité

    Daniel Cohn-Bendit, Romain Goupil

    Invités : Daniel Cohn-Bendit, homme politique franco-allemand ; Romain Goupil, réalisateur français.

    Dany le rouge a choisi de commémorer les 50 ans de mai 68 en parcourant la France de 2018 aux côtés du réalisateur Romain Goupil. Il en résulte un film "La Traversée" qui a été présenté au Festival de Cannes, avec le soutien de TV5MONDE. Un entretien enregistré à Cannes.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Vous faites la traversée, Daniel Cohn-Bendit, avec Romain Goupil, La Traversée, c'est la traversée de la France d'aujourd'hui.

    Oui. Moi, en tout cas, je ne voulais pas parler cette année de Mai 68, mais de la France aujourd'hui. Lui, il aime mieux parler 68, mais pas maintenant.

    La France que vous montrez dans ce film, Romain Goupil, c'est une autre France.

    Complètement. C'était ça l'idée. On ne va pas faire chier avec des archives, avec la nostalgie en (...)

    Vous faites la traversée, Daniel Cohn-Bendit, avec Romain Goupil, La Traversée, c'est la traversée de la France d'aujourd'hui.

    Oui. Moi, en tout cas, je ne voulais pas parler cette année de Mai 68, mais de la France aujourd'hui. Lui, il aime mieux parler 68, mais pas maintenant.

    La France que vous montrez dans ce film, Romain Goupil, c'est une autre France.

    Complètement. C'était ça l'idée. On ne va pas faire chier avec des archives, avec la nostalgie en regardant des photos en sépia. Ça ne rime à rien. On va essayer, c'est beaucoup plus politique, politique au sens noble, de s'intéresser à ce qu'il se passe, d'aller voir comment fonctionne la France maintenant, mais sans a priori. Aller observer et écouter. Là, c'est ce qu'il se passe dans le film qui dure 2 heures 20. On va d'une boîte…

    Malheureusement, il ne dure que 2 heures 20.

    Il pourrait durer beaucoup plus.

    Il dure 4 heures 30.

    C'est la première version. On a pris énormément de plaisir à se balader dans plein de villes, dans plein d'endroits, dans les services publics…

    Des usines désaffectées, des cimetières, des prisons, des commissariats, des gens…

    Des hôpitaux, des paysans.

    On rencontre la réalité, la vie.

    Des réalités de la France. Il y a toujours quelqu'un qui pourra dire qu'il y en a d'autres encore, ce qui est absolument vrai. On rencontre des réalités et on laisse parler ces réalités et on voit des paysages de la France. D'ailleurs, la France, ce sont des gens et ce sont des paysages. C'est un très, très beau pays, et les deux se retrouvent dans la traversée.

    Il y a beaucoup d'émotions. Il ya aussi parfois des gens qui disent leurs ressentiments, parfois qui votent Front national. Daniel leur dit : "Vous allez vous faire un ulcère à l'estomac".

    La bile.

    C'est un dîner avec 25 de la France profonde du Front National. C'est assez intéressant parce qu'il y a un entrepreneur, un policier. Ils racontent tout ce qui va mal. À un moment, je dis au petit patron d'extrême droite : "Tu ne dis que des choses qui vont mal, tu vas avoir un ulcère d'estomac si tu continues". Et les autres se marrent parce que tout le monde a compris. C'est vrai que dans leur logique, c'est toujours de décrire ce qui ne va pas.

    Et de décrier l'autre, de décrier le chômeur, de décrier le jeune.

    Les assistés, le chômeur. Ce sont un peu des lieux communs, des clichés. C'est très bien d'écouter. On ne va pas donner la leçon. On ne va pas dire qu'il ne faut pas penser comme ça. On écoute.

    C'est un beau portrait. La politique passe à l'intérieur. On voit Daniel qui entend les résultats de l'élection présidentielle, Macron qui l'emporte. On va découvrir, à un moment donné, un acteur inattendu dans ce film.

    Il y a 6 minutes et 30 secondes avec Emmanuel Macron, c'est vrai, au milieu du film, qui ne donne ni le la, ni le si, ni rien du tout, mais on normalise Jupiter. C'est une rencontre…

    Il est là comme un quidam. Il est dans un café. Il apparaît.

    Il est dans un café. Il apparaît. Il parle. Il dit ce qu'il pense et on passe à autre chose. Ça fait partie de la France d'aujourd'hui. C'est peut-être notre privilège de dire, quand on traverse la France, on peut même rencontrer le président de la République, mais sans que ce soit un film pour lui ou contre lui. Il parle de choses qu'on voit avant, des réfugiés, des problèmes. Il a sa position, on en a une autre et ça continue.

    La traversée, ça commence par Daniel qui veut presque enregistrer son épitaphe. Il veut se filmer en disant ce qu'on va montrer au funérarium, au début.

    Parce que c'est quand même le cinquantenaire. On a beau sans arrêt râler parce qu'on nous rappelle notre âge, on sait l'âge qu'on a. On commence à penser un petit peu à l'envers en disant "Combien de temps il nous reste ?", par rapport aux copains malheureusement, ou aux drames qui arrivent autour de nous. Et là, Dany me dit avant le film, il va le dire à un journaliste et ça va être dit sur Europe 1 : "Je ne veux absolument pas qu'on raconte ce que j'étais, n'importe quoi à mon enterrement, je veux faire le discours de mon enterrement". Je lui dis : "Chiche ?". Dès qu'on voit un endroit magnifique en France, un endroit qui surplombe, un endroit de majesté, on fait le testament. Ça va rythmer.

    C'est super. Vous être en train de me voir, si vous êtes en train de me voir, c'est que vous êtes au funérarium. Daniel, on se marre bien quand même ?

    On s'est bien marré. On a fait 15 000 kilomètres. J'ai dû le supporter pendant des semaines et des semaines, donc on s'est bien barré. On s'est amusé aussi et on a découvert, j'ai découvert des paysages et des gens admirables. Il y en a qui sont inquiets, d'autres qui ne le sont pas, qui s'en sortent, mais des gens qui aiment la vie.

    Vous l'aimez cette France, Daniel ? Vous l'aimez, ce peuple ? Vous dites : "Moi, je suis un bâtard". Il y en a un qui vous dit : "Vous êtes quoi ?"

    Dans une prison, c'est dans une prison.

    Vous le bâtard, vous aimez la France ?

    Oui, je l'aime. Je l'aime, mais des fois, elle me casse les pieds. Il y a les deux dans ce film. Il y a une France admirable et une France détestable comme il y a une Allemagne admirable et une Allemagne détestable. C'est un documentaire sur la France, je ne crache pas dessus, mais je n'accepte pas tout non plus.

    On vous voit dans la bagnole. Des fois, il se goure de route. Il ne sait pas où il va. Il conduit. Vous vous engueulez un peu.

    Il ne sait pas l'utiliser.

    On s'engueule un peu ? On s'engueule tout le temps.

    Ces abrutis règlent le navigateur et ils ont double navigateur sur leur portable.

    Quand on lui dit à gauche, il va à droite. Après, il me dit : "Ça ne fonctionne pas votre truc", parce qu'il n'arrive plus à aller à gauche. Depuis son intervention en Irak, il va toujours à droite.

    Il vous répond, Daniel : "Tu veux toujours la gauche".

    Il dit toujours : "À gauche, à gauche, à gauche".

    C'est sa vie.

    On tourne en rond.

    Il y a des contradictions dans cette France-là. Vous parliez tout à l'heure du Front national. On entendait des gens qui disent : "Je suis pour Marine, puis je suis écolo, je suis ceci, je suis cela". Ils sont tout à la fois.

    Parce que dans tous les pays, dans toutes les sociétés, il y a des contradictions. Il n'y a pas une France. Il n'y a pas une France profonde. Il n'y a pas une France d'en haut. Il n'y a pas une France d'en bas. Il y a une multitude de France, de personnages. Il y a des prisons, des mosquées, des musulmans. Une des scènes que j'aime le plus, ce sont ces deux jeunes musulmanes, l'une avec un foulard et l'autre qui n'en a pas. Celle qui a un foulard qui dit : "Je travaille dans un restaurant et quand je travaille, j'enlève mon foulard. Quand j'ai fini, je le remets et je rentre à la maison". Elle dit ça avec une simplicité et un sourire qui dédramatise tout d'à coup un débat qui a l'air d'être insoluble en France. Je trouve que c'est très bien, d'un autre côté, comment elles essayent de trouver une distance face au terrorisme en disant, ce sont des malades mentaux.

    Vous racontez une blague juive à un imam dans une mosquée, quand même Daniel.

    Et alors ?

    Je trouve ça très drôle. Vous vous en souvenez de cette blague ?

    Je raconte. On est dans la mosquée. Je lui dis : "Je ne comprends pas pourquoi on sépare les hommes et les femmes". Je lui dis : "Ce n'est pas contre toi, musulman, puisque c'est la même chose dans les synagogues". Il m'explique. Il est cartésien. Il fait tout un discours imbitable. À un moment, je lui dis : Il y a une vieille blague juive qui dit que quand tu as deux solutions, choisis toujours la troisième". Il me regarde : "Quand il y a deux solutions, choisis toujours la troisième", et on s'en va autre part. Visiblement, il est en train encore aujourd'hui à réfléchir ce que ça veut dire. C'est ça la vie.

    Merci Daniel Cohn-Bendit, Romain Goupil, un film soutenu par TV5 Monde qui s'appelle La Traversée, présenté au Festival de Cannes. Merci à tous les deux.

    Merci.

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    00:08:31
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