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  • L'invité

    Asghar Farhadi

    Invité : Asghar Farhadi, réalisateur iranien.
    Son film « Everybody Knows » avec Penélope Cruz et Javier Bardem fait l'ouverture du 71e Festival de Cannes.

    Présentation : Patrick Simonin ; depuis le 71e Festival de Cannes.


    Transcription

    L'affiche de Pierrot le Fou, Jean Paul Belmondo, Anna Karina, le tapis rouge. C'est parti pour le 71e festival international de Cannes avec Penélope Cruz et Javier Bardem qui vont monter les marches tout à l'heure, accompagnés de l'un des plus grands cinéastes du monde.

    Comment faites-vous, Asghar Farhadi ? Pour en un instant, vous dites moteur, Penélope Cruz, Javier Bardem, ils sont aussi émouvants comme ça en une seconde.

    Avant de dire action, il y a quand même beau (...)

    L'affiche de Pierrot le Fou, Jean Paul Belmondo, Anna Karina, le tapis rouge. C'est parti pour le 71e festival international de Cannes avec Penélope Cruz et Javier Bardem qui vont monter les marches tout à l'heure, accompagnés de l'un des plus grands cinéastes du monde.

    Comment faites-vous, Asghar Farhadi ? Pour en un instant, vous dites moteur, Penélope Cruz, Javier Bardem, ils sont aussi émouvants comme ça en une seconde.

    Avant de dire action, il y a quand même beaucoup de travail. On en a eu pour quatre années avec ces acteurs, de discussions sur les rôles, de préparation, de répétition. Certes, quand on dit "Action", il y a des choses qui sont déjà en place, mais c'est au prix de beaucoup d'efforts préalables. Quelque chose de nouveau et de très intéressant pour moi dans ce film, c'est que la construction des personnages a vraiment été nourrie des acteurs eux-mêmes, en tout cas pour les personnages principaux. Comme je savais que j'allais avoir ces acteurs-là, j'ai pu introduire dans le personnage les éléments qui, vraiment, tenaient à lui et à elle.

    Le passé, une séparation, le client. Le passé est une source incroyable d'inspiration, et dans ce film-là en particulier. Et finalement, c'est lui le héros du film, le passé qui resurgit.

    En effet, c'est quelque chose que je découvre moi-même, à quel point ce thème prédomine dans mes films. De film en film, c'est quelque chose qui m'occupe, me préoccupe plus. Et c'est le cas aussi dans ma vie réelle, la question du passage du temps est quelque chose d'omniprésent sans doute en raison de l'âge. À mesure que l'on avance dans la vie, on a conscience du temps qu'il reste, et ça ouvre le film puisque le film s'ouvre sur une horloge. Un proverbe cubain que j'aime beaucoup, il m'a été dit par un confrère avec qui je parlais du scénario, espagnol. Il m'a dit que les Cubains disent : "On ne sait pas quel passé nous attend". J'aime beaucoup ce proverbe.

    Vos personnages retrouvent une famille, reviennent en Espagne. Il y a des vignes, il y a effectivement un clocher, l'horloge du temps. Et puis, à un moment donné, des événements qui vont tout bousculer et faire resurgir ce passé. Au fond, c'est ça.

    Absolument, tous ces événements qui ont lieu, cette crise dans laquelle cette famille et ces personnes sont plongées, n'ont pas d'autres fonctions que de nous révéler et de nous dévoiler leur passé. Après avoir vu ce film, vous avez le sentiment d'en savoir plus sur le passé de ces personnages, bien plus que sur leur présent.

    Ce qui est fabuleux, c'est que l'intime que vous filmez de manière tout à fait magistrale se retrouve, à un moment donné, débordé par des événements exceptionnels, et un suspense qui devient presque un thriller, un peu hitchcockien par certains aspects, le suspense c'est quoi ?

    En fait, ce qui m'intéresse, c'est la vie quotidienne des êtres. C'est ce qu'ils vivent chaque jour, ce qui fait le degré le plus simple de nos vies. Mais il se trouve que si je voulais mettre cette vie quotidienne à l'écran, il y aurait quelque chose de très fastidieux, de très répétitif. Donc pour pouvoir m'éloigner de cette dimension routinière, il faut que je crée le conflit, il faut que je crée une crise. C'est en crise que les individus montrent toutes leurs facettes, se révèlent dans leur complexité. Et moi, ce qui m'intéresse c'est cette complexité-là, donc j'ai recours à des artifices qui sont ceux d'un thriller, qui sont ceux d'un film policier, mais finalement ce n'est qu'un prétexte. Ce qui m'intéresse ce n'est pas tant la dimension de suspense et d'enquête, que ce que cette crise révèle des individus.

    Vous, le cinéaste iranien, vous tournez en Espagne avec des stars internationales, Javier Bardem, évidemment, et Penélope Cruz. Qu'est-ce que vous êtes allé chercher dans cette dimension-là ? La différence, un choc, quelque part ?

    Je ne peux pas dire que j'ai choisi moi-même d'aller faire ce film en Espagne pour des raisons précises. Il se trouve que l'histoire me vient, qu'elle se passe en Espagne, et que donc je veux la tourner en Espagne, mais il est évident que lorsque je fais ce choix-là, il y a plusieurs aspects, il y a plusieurs apports pour moi. D'abord, il y a un apport sur le plan personnel. Je crois que je suis à un moment de ma vie où j'ai besoin de découvrir d'autres cultures, d'autres pays, donc les films sont un très bon prétexte pour moi pour pouvoir aller à la rencontre d'autres peuples, d'autres cultures, et vraiment m’imprégner de leur façon de vivre et d'être. Par ailleurs, il se trouve qu'à travers cette expérience, je peux me rendre compte et confirmer une intuition qui est la mienne, qui est que les autres ne sont pas si éloignés de nous, aussi éloignés qu'on veut nous le faire croire, ou qu'on peut le craindre. Au fond, nous sommes des mêmes êtres humains à travers le monde, et c'est en faisant des expériences de ce type qu'on peut en avoir la confirmation.

    Vous avez eu l'Ours d'or, Oscar, César du meilleur film. Aujourd'hui, film d'ouverture du festival de Cannes, le 71e festival. Et à chaque fois, ça représente quoi pour vous, le cinéaste d'auteur, ce cinéaste qui s'est construit comme ça, qui a dû se battre aussi pour exister au plan international ?

    Ce sont des événements très heureux qui me font plaisir comme tout un chacun. Bien sûr, être reconnu c'est très agréable, mais je ne perds pas de vue pour autant le danger qu'il représente. Je sais qu'il y a le risque que ces événements-là m'éloignent de moi-même, me fassent faire des choix qui ne viennent pas de moi, mais de ce que je peux croire que l'on attend de moi. Et donc, je suis très vigilant à cette question-là, à rester fidèle à ce que je suis et à poursuivre mon chemin en fonction de mes propres convictions et aspirations.

    Merci beaucoup Asghar Farhadi, une ouverture en fanfare magnifique, Everybody Knows, Javier Bardem, Penélope Cruz, sur le tapis rouge avec vous pour ce 71e festival de Cannes. Merci beaucoup.

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    00:08:08
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