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  • L'invité

    Yvan Bourgnon

    Invité : Yvan Bourgnon, navigateur suisse

    Deux ans après avoir bouclé son incroyable tour du monde, le navigateur suisse est le premier skipper à franchir le passage du Nord-Ouest sur un catamaran de sport en solitaire. Une aventure qu'il raconte dans "Conquérant des glaces", en collaboration avec Christian Bex.

    Présentation : Patrick Simonin

    Transcription

    Bonjour Yvan Bourgnon.

    Bonjour.

    J'allais presque vous dire le gladiateur des mers, voici maintenant le conquérant des glaces. On peut dire véritablement, les défis les pires vous attirent. Cette fois-ci vous êtes allé dans le grand Nord par des températures incroyables, à bord d'un petit catamaran de sport pour affronter les éléments. Comment avez-vous survécu ?

    J'ai essayé de gérer jour après jour mes défis, mais c'est vrai que j'étais parti dans une co (...)

    Bonjour Yvan Bourgnon.

    Bonjour.

    J'allais presque vous dire le gladiateur des mers, voici maintenant le conquérant des glaces. On peut dire véritablement, les défis les pires vous attirent. Cette fois-ci vous êtes allé dans le grand Nord par des températures incroyables, à bord d'un petit catamaran de sport pour affronter les éléments. Comment avez-vous survécu ?

    J'ai essayé de gérer jour après jour mes défis, mais c'est vrai que j'étais parti dans une configuration où on m'avait dit : "Si tu navigues en juillet-août là-haut, tu vas avoir du soleil, tu vas avoir un peu de glace mais ça va passer, tu ne vas pas avoir de tempête", et en gros ça devait bien se passer avec des températures positives. Sauf qu'en fait, ça ne s'est pas du tout passé comme ça, puisque j'ai eu des températures essentiellement négatives. Je suis resté bloqué dans les glaces pendant 3 semaines. J'ai affronté cinq tempêtes au-dessus de 100 km/h, et donc ça a été un carnage puisque j'ai dû même naviguer au mois de septembre, là où les conditions se dégradent, puisque tu navigues deux nuits à l'aveugle au milieu des glaces.

    Vous avez décidé de partir de l'Alaska au Groenland. Ça ne s'était jamais fait à bord d'un catamaran non-habitable, léger.

    L'idée, c'est un tout petit catamaran Ma Louloute avec lequel j'avais fait déjà le tour du monde par l'Équateur. Et là, l'idée c'était d'essayer de réaliser cette traversée de l'Océan Arctique en étant le premier navigateur à réaliser ce défi à la voile en solitaire.

    Premier parce que jamais on n'a pu faire ça avant. Et j'allais presque dire, vous le faites grâce au réchauffement climatique ?

    C'était aussi pour être le témoin en fait du réchauffement climatique. Effectivement, si moi j'arrivais avec ma petite embarcation à passer à la voile sans aide d'un moteur et en ayant un bateau en plastique, forcément ça voulait dire que la glace et la banquise ont reculé, et que je constate ce dérèglement climatique.

    Il y a un passage possible à un moment donné en été, très court. Sauf qu'il ne faut pas se retrouver comme vous l'avez dit, prisonnier des glaces.

    Globalement, sur 80% du parcours, c'est quand même passé même s'il y avait des glaces. Mais il y a eu un petit nœud de glace à un endroit très précis, et on le voit bien sur les images, j'ai galéré, j'ai été bloqué sur les glaces. À un moment donné, ça a craqué dans tous les sens, le carbone, tellement la glace poussait fort sur les coques. Parce que le bateau, il est à la fois petit et pas habitable, mais il pèse quand même 750 kilos. Donc, il est trop fragile et léger pour affronter la glace qui presse dessus. Et en même temps, il est trop lourd pour le monter sur la glace, même si j'ai réussi à le faire à 2-3 reprises. Du coup, il fallait gérer cette banquise, cette glace qui bougeait en permanence et qui risquait de me m'amener au fond.

    Vous racontez cette aventure incroyable dans ce livre publié chez Arthaud, Conquérant Des Glaces, Yvan Bourgnon. Conquérant, pourquoi ? Pour montrer que cette planète est en danger ?

    Clairement, en fait ce qui m'a le plus touché, par exemple, c'est en m'arrêtant à 4 ou 5 mouillages, il y a des pêcheurs Inuits qui sont venus à ma rencontre. Et eux me racontaient que notamment, ceux avaient mon âge, quand ils étaient petits, l'eau n'existait pas devant chez eux. C'était de la banquise à 100% du temps dans l'année. Et là parfois, 3-4-5 mois par an, cette banquise se retire, c'est de l'eau qui l'a remplacée. Et on voit bien que la planète est en danger, qu’eux n’arrivent plus à chasser et que les ours polaires sont en véritable danger à ne pas pouvoir chasser le phoque. Donc on voit bien que ça évolue à vitesse grand V en moins de 30 ans.

    Vous vous nourrissez vous-même de poissons, presque la même nourriture, vous le dites, que ces ours polaires. Vous allez d'ailleurs en croiser. Drôle de rencontre.

    En fait, je rêvais même de voir des ours polaires, mais pas de si près, à vrai dire. J'en ai vu de loin et puis cette nuit-là, ça a été un peu la mauvaise rencontre, puisque je dormais tranquillement, pour une fois, dans un mouillage et là, en pleine nuit, en plein sommeil profond, le bateau bascule comme ça sur ses étraves. Et là, je réalise qu'il y a une bête énorme qui a dû monter sur le bateau. Forcément, c'était un ours polaire qui avait posé comme ça ses pattes avant sur le pont à l'avant. Le bateau a basculé, j'étais en sommeil profond, je ressors un peu en panique, et là, il y a eu des réflexes de ce qu'on m'avait appris, d'essayer de tirer des coups en l'air avec le revolver que j'avais à disposition pour essayer de le faire fuir grâce au bruit. Et puis, ça n'a pas marché. Après deux coups lancés en l'air, il a fallu que je me calme, que je me résonne, que je me dise "Il faut que tu le vises". Et puis là, les minutes sont passées. Effectivement, on se regardait l'un à l'autre, il était là à trois mètres. Il faisait 500 kilos, presque aussi lourd que le poids du bateau. Et quand il est reparti en marche arrière, ça a été un soulagement énorme parce qu'en un quart de seconde, il pouvait être sur moi.

    Il s'est dit qu'il avait de quoi manger pour quelques temps là.

    Oui, mais heureusement que c'était déjà la fin de l'été. Je pense qu'il avait déjà attrapé 3-4 phoques avant moi.

    On rit de ça, mais vous avez eu la trouille de votre vie quand même. C'est terrible ce périple. Vous avez été en danger de mort.

    Je ne m'attendais pas à autant de danger. Je m'attendais à revenir avec les pieds gelés, les mains gelées, avoir des vraies difficultés physiques et sportives. Mais je ne m'attendais pas à être en danger de mort aussi souvent. Quand je me suis retrouvé à la sortie de la mer de Baffin dans cette tempête de 70 nœuds, 130 km\h, que j'étais à sec de toile, que j'ai mis tout ce que je pouvais derrière le bateau pour le freiner, des ancres, des ancres flottantes, des bouts, des machins, et que le bateau continue à s'envoler comme ça, littéralement dans l'eau en pleine nuit noire. Là, je me suis vraiment posé la question de savoir ce que je faisais là. En plus, quand le soleil s'est levé à quatre heures, je me suis rendu compte que je naviguais dans quatre mètres de creux en pleine nuit noire, en plein milieu d'un champ de mines de glaçons. Il y avait des glaçons, des icebergs dans tous les sens.

    Ça casse le bateau et vous tombez ?

    Voilà, le bateau est en plastique, donc à une moindre collision à une vitesse dépassant les cinq nœuds, le bateau se désintégrait et forcément je me retrouve dans l'eau glacée.

    Ça c'est le pire, si vous tombez dans l'eau, c'est fichu.

    L'eau glacée, c'est quelques minutes de survie maximum.

    Et tout seul, tout seul sur ce bateau ?

    Tout seul, et sans assistance. La seule information que je recevais, j'avais un GPS, et puis je recevais un bulletin météo qui me donnait un peu la position des glaces, mais sinon à part ça, j'étais tout seul.

    Et vous vous êtes dit aussi : "Ce blanc immaculé, extraordinaire et beau, cache la pollution qu'il y a derrière".

    Oui et non, en fait. C'est-à-dire que moi j'ai été agréablement surpris de voir que sur le plastique, il n'y avait pas vraiment de pollution en surface, et par contre j'étais consterné par le réchauffement climatique. Et c'est qu'effectivement, quand j'ai eu le récit des navigateurs qui sont passés là avec des bateaux à moteur, avant moi il y a dix ans, ils avaient du mal à passer, ils devaient pousser la glace en permanence. Là, je vois bien que c'est la consternation sur le réchauffement climatique. Il n'y a pas photo.

    C'est pour ça d'ailleurs, Yvan Bourgon, vous reviendrez nous en parler, vous êtes en train de construire un bateau nettoyeur des mers. C'est quand même extraordinaire, nettoyeur des plastiques.

    Dans quelques semaines, on va vous montrer les premiers plans du bateau définitifs, du premier voilier qui va être capable de ramasser les déchets plastiques en mer. Un maxi voilier de 70 mètres de long, de 49 mètres de large, qui est enfin au point et qui va pouvoir sillonner les mers dès 2022.

    Il y a beaucoup de plastique à ramasser ?

    Neuf millions de tonnes par an, on ne ramassera jamais tout ça, mais on sait qu'il y a dix cours d'eau dans le monde qui dégorgent 63% des plastiques. En étant bien positionné sur les sorties des deltas des rivières, on arrivera à capter la plus grande partie de ces plastiques.

    Mais ceux qui sont déjà là, les plastiques qui sont déjà là ?

    C'est malheureusement trop tard, toute la pollution passée, elle n'est plus récupérable. Elle est au fond de l'eau ou elle est dans les microparticules de plastique qui sont entre deux eaux, et qui ne sont plus récupérables. Malheureusement, ce sont les poissons et le plancton qui s'en chargent.

    Quelle aventure, Yvan. Vous n'avez pas envie de repartir tout de suite quand même ? Un peu de…

    Si, mais je reprends le goût en tout cas de la compétition, avec un record de la Méditerranée l'été prochain avec mon fils Matisse. Et puis, dès 2020, ça sera un programme Vendée Globe et Route du Rhum avec un bateau neuf. Donc retour à la compétition.

    On vous re-suivra évidemment. Yvan Bourgnon, le Conquérant Des Glaces, publié chez Arthaud. Un récit d'aventures palpitantes, merci d'avoir été avec nous.

    Merci beaucoup.

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    00:07:57
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