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  • L'invité

    Isabelle Carré

    Invitée : Isabelle Carré.

    La comédienne et romancière Isabelle Carré sort « Les Rêveurs », un premier roman salué par la critique.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Une comédienne, une grande actrice, César, Molière, les récompenses et voici maintenant la romancière pour ce premier livre à événement salué par toute la critique. Bonjour Isabelle Carré.

    Bonjour.

    Ca s'appelle Les Rêveurs. Je vais vous citer, vous dites :Je suis morte si souvent, ça ne m'a jamais effrayé, il parait que ça rallonge la vie". Est-ce que écrire comme ça en s'inspirant, pour une partie, de votre propre vie, c'est une manière de renaître ?

    Ou (...)

    Une comédienne, une grande actrice, César, Molière, les récompenses et voici maintenant la romancière pour ce premier livre à événement salué par toute la critique. Bonjour Isabelle Carré.

    Bonjour.

    Ca s'appelle Les Rêveurs. Je vais vous citer, vous dites :Je suis morte si souvent, ça ne m'a jamais effrayé, il parait que ça rallonge la vie". Est-ce que écrire comme ça en s'inspirant, pour une partie, de votre propre vie, c'est une manière de renaître ?

    Oui, de laisser une trace. J'ai le sentiment que même les films disparaissent, enfin on les restaure aujourd'hui, mais bon. Sur un plateau de théâtre, n'en parlons pas, c'est l'art de l'éphémère, c'est comme écrire sur de l'eau enfin de compte. Là, j'avais besoin d'écrire les choses sous une forme plus solide.

    Ouais, c'est le jeu des rôles. Au cinéma, vous incarnez des personnages et là, c'est peut-être vous, mais vous vous cachez derrière un personnage qui serait peut-être vous dans ce livre.

    Oui, c'est-à-dire que j'ai voulu vraiment mélanger l'imaginaire et le réel, ce n'est pas un témoignage, c'est un roman. Et j'ai eu envie qu'on ne puisse pas dénouer les fils, que ça reste… Chacun peut se dire là, oui c'est peut-être vrai, là non. De jouer avec ça enfin de compte. C'est le mentir-vrai d'Aragon. On sait bien quand on est enfant que pour qu'un mensonge soit crédible, il faut l'entourer d'un petit peu de vérités.

    "On ne guérit jamais de son enfance", disait Jean Ferrat. Vous ne citez pas Jean Ferrat dans ce livre, vous citez plein de chanteurs. Il y a une bande-son, on est dans les années 70 en France.

    Oui, j'ai aussi voulu raconter le roman d'une époque, la fin des années 60, les années 70, un peu aussi des années 80, avec ses couleurs acidulées, oranges, verts pomme, l'époque où on faisait encore le journal télévisé en pull à col roulé. Il y avait cette naïveté. Et puis, tout est possible, mai 68 venait de passer par là, la révolution. J'ai entendu ce matin à la radio, "rêve-olution", c'est vraiment le livre des rêveurs. Cette époque des années 70, c'était une époque de grands rêveurs.

    Des rêveurs parce que justement, on rêve à autre chose, à ce que pourrait être une autre vie, on ne sait pas si la vie que l'on mène est la bonne.

    C'est ça, c'est vraiment un roman d'apprentissage. Chacun de ces personnages n'a pas encore trouvé sa place, se bricole un peu sa vie et la liberté est une conquête et pour certains, ça sera plus long que d'autres, mais ils finiront tous par y arriver, par trouver leur place et par vivre là où ils doivent vivre, au bon endroit.

    Il y a les odeurs, il y a les senteurs, il y a la musique, il y a tout ça, c'est formidable. Vos parents très différents, de milieux sociaux très différents, vous êtes la seule fille, deux garçons.

    Oui, un milieu aristocratique, un peu désargenté, un milieu plus modeste de cheminots, garde barrières, petite couturière. Deux êtres qui n'avaient rien pour se retrouver et on le verra encore plus tard, avec un lourd secret qui fera qu'effectivement, ils sont si différents qu'ils vont se séparer, mais ils se sont réchauffés un moment.

    Votre personnage dans ce livre dit "je suis née d'un malentendu, d'une lettre déchirée".

    D'une lettre déchirée, oui, ça c'est vrai. Il y a eu une lettre, à un moment donné, qui a décidé un peu du sort de toute cette famille. Cette lettre, jamais on ne saura en fait ce qu'elle contenait. Donc, j'ai inventé son contenu. C'est ça aussi le grand plaisir de l'écriture.

    C'est ça qui est extraordinaire, c'est qu'il y a une partie vraie et puis, vous avez comblé tout ça.

    Tous les manques, tout ce que je ne savais pas.

    Oui. Je n'ai posé aucune question. Je n'ai vraiment interrogé personne, ça n'est que ma propre subjectivité. Et même à certains moments, malgré les choses que je savais, j'ai préféré aller ailleurs. Je me suis accordée toute la liberté de l'imaginaire possible.

    L'imaginaire. L'imaginaire d'aller au-delà. Cette petite fille dans ce livre, un jour, à 3 ans, elle décide de sauter par la fenêtre du troisième étage pour voir si on vole.

    Elle pensait vraiment qu'on pouvait voler. Elle se rend compte que non, la chute des corps, Archimède, on ne lui avait pas encore expliqué tout ça, sans doute, mais il est beaucoup question dans le livre de prendre son envol, d'une forme de légèreté, même si le livre traverse des moments plus sombres, des trous noirs. Il y a des chutes, mais on se relève et on se relève encore plus fort, comme ce moment qui se passe dans un hôpital psychiatrique.

    Elle a 14 ans à ce moment-là.

    Elle découvre que Romy Schneider passe à la télé et elle découvre que peut-être la solution, c'est de s'inscrire dans un cours de théâtre. Donc parfois, dans les moments les plus compliqués et les plus douloureux, les endroits les plus sombres comme ça de nos vies, c'est là que jaillit la lumière, que jaillit la solution.

    Elle est en hôpital psychiatrique, parce que peut-être elle a rêvé de passer de l'autre côté, de se suicider. Elle a tenté de se suicider.

    Oui c'est ça. C'est peut-être aussi un appel à l'aide, on ne sait pas bien. En tout cas, c'est vrai que dans cet endroit-là, ce qui la marque c'est la fraternité. On pourrait imaginer que c'est une plus grande solitude et au bout du compte non, il y a une grande fraternité, une tendresse entre tous ces enfants qui se retrouvent là dans cet endroit fermé. Il faut vivre, il faut remettre de la vie. Les enfants savent faire ça, remettre de la vie là où elle disparaît, où elle a tendance à disparaitre en tout cas.

    Le jeu des masques avant d'être actrice, comédienne, c'est d'observer autour de soi, cette petite fille voit, par exemple, son père un jour qui "tombe le masque". Aujourd'hui, on dirait qu'il "fait son coming out".

    C'est ça, c'est ce mystère des adultes. J'essayais de retranscrire par des sensations, comme vous le disiez si bien, des couleurs, des odeurs. Ce mystère du monde des adultes pour les enfants. Qu'est-ce qu'il se passe quand tout à coup on entre dans une pièce, un silence se fait. Qu'est-ce qu'il est en train de se dire auquel on n'a pas accès, auquel on n'a pas le droit ? Qu'est-ce qu'il se passe quand un regard s'échange entre des adultes et on sent bien qu'il dit autre chose qu'un simple regard ? Ce mystère-là, j'ai eu envie de le reconstituer avec cette opacité au début et puis attendre que le voile se déchire lentement.

    Vous dites à un moment dans ce livre "On croyait me connaître, moi la comédienne… Etc. En fait, j'ai bien trompé tout le monde un peu".

    Je dis : "Je suis une actrice connue que personne ne connait".

    J'ai l'impression que vous jouez encore avec ce livre et avec grand bonheur pour dire le mystère s'épaissit sur vous.

    J'aime énormément être cachée derrière un personnage, derrière un maquillage et pouvoir dire beaucoup plus que ce qu'on croit. C'est Marivaux qui dit "Les acteurs, ils font semblant de faire semblant".

    Ce qui est merveilleux, c'est que pour vous cacher, vous enlevez vos lunettes quand vous jouez, c'est vrai ?

    Oui, c'est vrai, je les aime beaucoup dans la vie. Justement ça crée un écran.

    J'enlève mes lunettes, je ne vois plus rien et donc je suis tranquille.

    Oui et même sur un plateau de cinéma, mais je me souviens d'un jour où on devait retourner, c'était le Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau, et imaginer qu'on avait une forêt en flammes juste à côté de nous. Il n'y avait absolument rien en flammes, il y avait juste toute l'équipe autour. J'enlève mes lunettes et je peux me dire qu'il y a quelque part, pas loin, une forêt en flammes puisque je ne vois rien.

    Et vous croyez qu'un jour on volera, pourra voler ? Votre rêve d'enfant, sans risquer de tomber comme malheureusement le personnage tombe.

    Ce que je raconte dans le livre, c'est qu'on y arrive. Par exemple, c'est pour ça d'ailleurs que la danse me plaisait tellement, les danseurs pour moi ils volent. On y parvient aussi même quand on est assis en tant que spectateur et qu'on voit une belle pièce de théâtre, on s'envole vers les acteurs. Il y a plein de façons de voler finalement dans nos rêves, d'où le titre Les Rêveurs.

    Merci beaucoup Isabelle Carré. C'est un livre vraiment formidable qui est publié chez Grasset, votre premier roman.

    Absolument, le tout premier.

    … que les lecteurs adorent.

    J'espère bien qu'il y en aura d'autres.

    Merci beaucoup, Isabelle Carré.

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