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  • L'invité

    Nedim Gürsel

    Invité : Nedim Gürsel.

    Nedim Gürsel est l'un des plus grands écrivains turcs contemporains. Son nouveau livre : « Étreintes dangereuses ».

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Nedim Gürsel, l'un des plus grands écrivains turcs est mon invité.

    Des romans, des nouvelles, des récits de voyages, une quarantaine de livres,

    de très nombreuses récompenses dans le monde,

    traduit dans de nombreux pays.

    Voici votre nouveau livre,

    c'est une succession nouvelle qui s'appelle Etreintes dangereuses.

    Vous n'avez pas peur, j'allais dire, de raconter la sensualité,

    de franchir et de brise (...)

    Nedim Gürsel, l'un des plus grands écrivains turcs est mon invité.

    Des romans, des nouvelles, des récits de voyages, une quarantaine de livres,

    de très nombreuses récompenses dans le monde,

    traduit dans de nombreux pays.

    Voici votre nouveau livre,

    c'est une succession nouvelle qui s'appelle Etreintes dangereuses.

    Vous n'avez pas peur, j'allais dire, de raconter la sensualité,

    de franchir et de briser les tabous comme vous le faites?

    Oui, je considère que défier les interdits et les tabous, c'est le rôle de l'écrivain.

    Donc, Etreintes dangereuses est un recueil de nouvelles érotiques

    où il y a un fil conducteur, c'est, je dirais, l'histoire d'un écrivain qui vieillit mal,

    et qui évoque justement ses étreintes qui furent souvent dangereuses et sensuelles.

    C'est largement autobiographique, vous pourriez le dire Nedim Gürsel,

    vous n'ayez pas peur de le dire.

    Non, je dirais qu'il y a des éléments autobiographiques dans ce livre,

    mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un recueil de nouvelles, donc de la fiction.

    Érotiques, je disais des tabous que vous brisez.

    Vous parlez de sensualité, de sexualité.

    Oui, je crois que la sexualité est une dimension très importante,

    le libido est une dimension très importante de l'être humain,

    et il faut en parler sans tabou, et sans préjugé, et sans peur.

    Oui, sans peur parce qu'évidemment on se dit,

    est-ce que l'on peut publier ça en Turquie aujourd'hui, votre pays?

    Oui. Malheureusement, la Turquie évolue mal sur ce plan.

    La Turquie d'Erdogan devient de plus en plus conservatrice,

    mais le livre est paru en Turquie,

    et pour le moment, il n'y a pas eu de problème, mais sa publicité a été interdite.

    Vous avez eu souvent des ennuis.

    On se souvient des filles d'Allah.

    Vous avez même été poursuivi en justice,

    vous avez presque été en prison, vous avez été accusé de blasphème.

    Rien ne vous fait peur Nedim Gürsel ?

    Écoutez, il faut continuer à écrire.

    Si on a peur, s'il y a ce mécanisme d'autocensure qui s'installe,

    c'est très mauvais signe pour la liberté d'expression,

    et sans cette liberté-là, il n'y a pas de création.

    La liberté, là, c'est de raconter la femme,

    de raconter cet amour entre des hommes et des femmes qui s'expriment.

    Oui, j'ai mis en exergue un vers de Walt Whitman qui dit : "Sex contains all"

    le sexe contient tout, englobe tout.

    J'adhère entièrement à cette idée-là,

    et c'est pour cela que "Etreintes dangereuses" peut être considéré

    comme un livre qui secoue un peu les tabous, les conservatismes,

    car nous vivons, je constate que nous vivons dans un monde

    qui devient de plus en plus conservateur, de plus en plus, disons, moralisant.

    Et une forme de pudibonderie que vous dénonceriez,

    peut être liée à la montée du religieux.

    Il y a de cela dans ce livre,

    notamment une nouvelle qui s'intitule "Une saison au paradis",

    avec un clin d'œil à Rambo, qui lui, a écrit "Une saison en enfer",

    et dans cette nouvelle, par exemple,

    il y a une sorte de parodie du paradis musulman tel qu'il est décrit dans le Coran,

    mais il faut prendre ces textes, disons, un peu à la légère.

    La littérature peut se le permettre.

    Et si ça ne plait pas à tout le monde, ben ils n'ont qu'à ne pas lire ce livre.

    Pourquoi ? Parce qu'il faut dire l'amour, il faut dire ça,

    il faut employer ces mots, il faut parler de ça?

    Il faut dire l'amour, il faut le chanter,

    ça a été le cas des poètes tout au long de l'histoire,

    enfin le cas des écrivains,

    mais il faut aussi dire la sexualité, il faut parler du désir,

    car la sexualité, encore une fois,

    fait partie intégrante de la vie de l'homme et de la société.

    Et ça n'est pas, j'allais dire, contradictoire à la religion?

    Par exemple, évidement la religion musulmane en l'occurrence,

    dominante en Turquie.

    Il faut dire qu'en Orient,

    il y a eu quand même une tradition littéraire

    qui a chanté aussi les plaisirs et la sensualité.

    Par exemple dans Les Mille et Une Nuits,

    on peut trouver des récits très sensuels,

    mais les religions, oui, interdisent qu'on parle librement du désir.

    Oui, vous trouvez qu'en Turquie aujourd'hui, il y a un recul de la liberté des mœurs,

    notamment à Istanbul qui est une ville que vous aimez tant.

    Oui, et je le déplore.

    Il y a une régression sur ce plan en Turquie,

    mais heureusement qu'il y a encore des écrivains, des poètes,

    des gens qui veulent s'exprimer en toute liberté,

    même s'ils rencontrent quelques difficultés en ce moment.

    Difficultés qui peuvent aller jusqu'à la prison.

    Il y a aujourd'hui de nombreux journalistes qui sont emprisonnés,

    parfois même des écrivains.

    Oui, un écrivain comme Ahmet Altan par exemple, un grand écrivain,

    des journalistes comme Nazli Ilicak, je peux citer d'autres noms, Sahin Alpay.

    Malheureusement, il y a en ce moment en Turquie

    un manque de l'Etat de droit,

    et l'arrestation est devenue une mesure punitive

    pour faire peur notamment aux gens qui veulent s'exprimer

    et qui veulent dire ce qu'ils pensent,

    et c'est ce que je fais,

    parce que si on ne le fait pas, on n'est pas dans son rôle.

    C'est-à-dire? Votre rôle c'est quoi au fond en tant qu'écrivain turc?

    Votre rôle c'est de dire qu'il faut maintenir.

    Mon rôle est de dire toujours ce que je pense,

    et c'est ce que je suis en train de faire avec vous,

    et c'est ce que je fais dans les chaînes d'information

    quand je suis sollicité pour parler de la Turquie ou de mon travail d'écrivain.

    Il n'y a aucun mal à cela.

    Malheureusement, le pouvoir politique en général n'aime pas beaucoup les écrivains,

    ni la langue de bois d'ailleurs, qu'il parfois prêche lui-même.

    Donc vous diriez au fond, c'est la francophonie derrière ce livre traduit du du Turc,

    mais il y a au fond le message des valeurs de la francophonie.

    Oui. Pour moi, la francophonie est une valeur importante.

    La France m'a accueilli à une époque difficile de ma vie.

    Mes essais, je les écris en français,

    mais pour ce qui est de la fiction,

    je suis resté fidèle à ma langue maternelle qui est le Turc.

    Donc je suis sur ce plan-là,

    un écrivain traduit en français comme dans d'autres langues.

    Parce que le Turc est un peu la langue de l'amour pour vous là?

    Voilà, la langue de l'amour, c'est aussi la langue de la poésie,

    mais la langue de Descartes me permet de mieux réfléchir sur la littérature.

    C'est pour cela que j'ai publié aussi des livres sur la littérature turque

    écrits en français.

    Merci Nedim Gürsel, ça s'appelle "Etreintes dangereuses",

    publié aux éditions Le Passeur. On était ravi de vous recevoir aujourd'hui.

    Nedim Gürsel : Merci de votre invitation.

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    00:08:17
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