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  • L'invité

    Hubert Védrine

    Invité : Hubert Védrine.

    Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, réagit après la visite officielle du président Emmanuel Macron aux États-Unis et qui a notamment annoncé un nouvel accord nucléaire avec l'Iran.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Comment conjurer les menaces et comptes à rebours qui menacent la planète ? Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, est mon invité. Bonjour Monsieur le Ministre, on est ravi de vous accueillir. D'abord, un mot sur Emmanuel Macron qui termine sa visite aux États-Unis. On a beaucoup parlé de cette sorte de diplomatie des hugs, c'est-à-dire de la poignée de mains, des embrassades. Est-ce que ça peut jouer en faveur des objectifs fixés par la France ?

    On verra, on verr (...)

    Comment conjurer les menaces et comptes à rebours qui menacent la planète ? Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, est mon invité. Bonjour Monsieur le Ministre, on est ravi de vous accueillir. D'abord, un mot sur Emmanuel Macron qui termine sa visite aux États-Unis. On a beaucoup parlé de cette sorte de diplomatie des hugs, c'est-à-dire de la poignée de mains, des embrassades. Est-ce que ça peut jouer en faveur des objectifs fixés par la France ?

    On verra, on verra. C'est trop tôt pour savoir si Emmanuel Macron a atteint son objectif qui était d'essayer de convaincre Trump de ne pas détruire l'accord sur le nucléaire iranien. On verra, c'est trop tôt pour le dire. Quel que soit le résultat, j'entends beaucoup de gens qui portent des jugements tout à fait prématurés avant même ou en cours de route. Quel que soit le résultat, il n'aura pas eu tort d'essayer. Essayer en jouant la carte de l'amitié, d'une sorte de contact personnel avec le président américain alors qu'à peu près personne au monde n'y arrive, pourquoi pas, pourquoi pas. On verra, on verra.

    Oui, ça veut dire que, tout de même, il annonce un nouvel accord. Et aujourd'hui les Iraniens et les Russes sont furieux.

    Non, c'est autre chose. D'abord, il essaie de convaincre Trump de ne pas casser l'accord. Il rappelle l'importance de l'accord et il a été assez clair quand même dans plusieurs de ses déclarations, sur beaucoup de sujets, sur le climat, sur l'Iran, sur les négociations commerciales, sur beaucoup de points. Après il y a l'évocation d'un éventuel nouvel accord. Alors ça je reconnais que c'est périlleux, c'est de la haute voltige puisque les Iraniens ne peuvent pas, puisqu'ils ont été au bout de ce qu'ils pouvaient accepter, en tout cas les Iraniens modernistes ouverts à l'accord. Faire avaler ça au système pasdaran qui ne veut pas de la réintégration de l'Iran dans le jeu international, sinon il serait totalement banalisé, éliminé, donc ils sont très contre. Obama avait lutté contre eux, Obama avait lutté contre une sorte de parti de fous furieux à Washington qui voulaient l'empêcher de faire l'accord. Alors le nouvel accord ça peut avoir un intérêt de faire dire à Trump : je ne veux pas simplement détruire l'accord et puis c'est tout, point, je suis ouvert à quelque chose. Mais en même temps pour les Iraniens ça veut dire des concessions en plus, donc c'est compliqué.

    Oui, mais ça veut dire aussi gagner du temps, c'est peut-être le but ?

    Peut-être que c'est le but, mais alors du coup je suppose que dans la phase qui va suivre maintenant, les Français vont parler beaucoup avec les autres cosignataires. Ce n'est pas un accord mondial c'est un accord où il y a les membres permanents du conseil de sécurité, plus l'Allemagne. Donc je suppose que la France va parler Grande-Bretagne, Allemagne, Chine, Russie, pour savoir comment on se comporte après, en fonction de la décision finale de Trump que nous ne connaissons pas encore. Donc tous les commentaires sur l'amitié elle-même sont trop rapides.

    Je pense à une chose, c'était François Hollande qui ironisait, s'amusait, en disant finalement dans le couple Trump et Macron, c'est plutôt Macron qui est passif. Il disait ça sur le ton de l'humour.

    Oui, mais ça c'est le talent d'humoriste de François Hollande, mais puisque nous parlions géopolitique, il faut attendre les résultats pour voir ce que ça donne. Et encore une fois, comme aucune autre approche du président américain ne fonctionne, l'immense majorité du monde qui est épouvantée par lui, par sa violence, sa vulgarité, son égoïsme brutal, aucun interlocuteur n'arrive à fonctionner tout à fait avec lui, en fait. Il y a très peu de pays contents. Il y a, on va dire, Israël, l'Arabie, peut-être un autre des Émirats qui est assez content de la ligne Trump, mais c'est tout. Donc les autres sont là, comme ça, à endurer, à souffrir le mal sans rien faire. Le président français tente de faire quelque chose, il va même au-delà puisqu'il a dit qu'il était convaincu que les États-Unis reviendront un jour dans l'accord climat. Je pense qu'il a raison de dire ça, c'est vrai, peut-être pas avec Trump d'ailleurs. Donc voilà, ça mérite d'être tenté et c'est trop tôt pour juger des résultats et si Trump casse vraiment l'accord, il faudra s'organiser sur la suite.

    On peut dire, comme le fait Macron à la fois, évidemment on s'aime, la France et les États-Unis, ces accolades, et puis en même temps, aller critiquer la politique de Trump devant le congrès américain.

    Oui, oui, bien sûr. Quand j'étais très jeune conseiller diplomatique de François Mitterrand, j'avais inventé une formule qui avait eu un certain succès à l'époque pour parler des relations France-États-Unis qui est un problème éternel. J'avais dit "On est ami, on est allié, on n'est pas aligné". Amis, alliés, pas alignés. Bon, on le retrouve en permanence avec différents styles.

    C'est comme ça qu'il faut parler à Trump et comment faudra-t-il parler…

    Parler à Trump, c'est encore un autre…

    Mais comment faudra-t-il parler à Poutine puisque dans un mois, Emmanuel Macron va rencontrer Poutine et ça c'est aussi essentiel.

    Oui, il faut avoir envie de lire la série des voyages, pas que le voyage américain. En ce qui me concerne je trouve ça tout à fait normal qu'il aille aux États-Unis, qu'il tente à la fois de parler à Trump alors qu'aucun des autres n'y arrive et en même temps de parler à l'opinion américaine, au-delà du congrès, qui est la classe politique, trouver des mots par rapport aux étudiants, les jeunes. Bon, ça c'est une opération en soi qui est justifiée pour que les idées françaises ou à l'européenne soient mieux entendues. En ce qui concerne la Russie, c'est un sujet différent, on est dans une sorte de situation de facto de guerre froide. Il n'y a même pas l'équivalent de ce qu'il y avait dans la deuxième partie de la guerre froide, c'est-à-dire des mécanismes de négociations et de sommets, et des accords de négociations pour réduire les armements, tout ce qui a été inventé par Kissinger et Nixon. Il n'y a même pas ça, en fait. Donc qui parle vraiment à Poutine aujourd'hui ? Personne, personne, donc c'est très important que le président français y aille au mois de mai. Après, comment combiner la fermeté nécessaire, la dissuasion, montrer au système russe qu'il y a des limites à ne pas franchir tout en étant capable de parler, de coopérer, éventuellement même de lancer des idées sur la relation à long terme entre l'Europe et la Russie, c'est quelque chose qui pourrait être fait par le président français, je ne sais pas ce qu'il fera, on verra, mais personne d'autre ne peut faire ça aujourd'hui, donc c'est nécessaire aussi.

    Et tout en disant et en justifiant, par exemple, d'avoir frappé la Syrie aux côtés de la Grande-Bretagne et des États-Unis, en dépit de l'opposition de Moscou.

    Oui, mais ça c'est autre chose. C'était tout à fait justifié. Ce n'est pas une opération sur la Syrie, ce n'est pas pour rentrer dans la guerre civile syrienne, ce n'est pas pour régler la question syrienne qui dépend à l'avenir de Russie, Turquie, Iran. C'est pour montrer que dans le désordre mondial semi-chaotique, où il n'y a plus aucune règle qui tienne vraiment, il n'y a pas du tout encore la communauté internationale dont avaient rêvé les gentils européens. La prohibition de l'arme chimique c'est une des seules choses qu'on ne peut pas toucher. Donc c'est une réaction sur ce point. L'opération était ciblée sur ce point, et vous avez noté que la Russie n'a pas réagi très violemment en fait. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas longtemps, trois ans je crois, il s'était porté garant d'un accord entre le ministre américain Kerry et le ministre russe Lavrov sur le retrait des armes chimiques syriennes. Donc on peut même se demander si ce n'est pas une entourloupe, le régime syrien contre la Russie. Donc un jour ou l'autre, le régime russe, c'est ma conviction, trouveront le régime syrien embarrassant.

    En attendant c'est quand même le régime syrien qui est en train de gagner la guerre, là, il est en train de reprendre tous ses bastions, là, en ce moment.

    Oui, mais c'est fait ça, depuis longtemps. Il a gagné avant parce que la Russie en a empêché la chute. C'était prévisible, ça. En tout cas il faut bien dissocier le fait d'être ferme sur la question chimique, même si malheureusement pour le moment il n'y a pas unanimité du conseil de sécurité, et la question syrienne, ce sont deux choses différentes. Donc je crois que la suite des prochaines semaines montrera que ça n'a pas empêché la poursuite du dialogue franco-russe, peut-être euro-russe, et que peut-être ça mène à être considéré avec plus de respect par Poutine, peut-être.

    Vous parliez en quelque sorte de ces comptes à rebours, qui est le titre de votre livre, vous dites ce sont des menaces qui surgissent au même moment. Vous parliez il y a quelques instants d'ailleurs de la menace écologique, on n'a pas réussi à faire revenir les États-Unis dans l'accord climat, mais au-delà il y a le choc numérique, il y a le choc démographique, et tout ça arrive en même temps.

    Et je mets en tête, avant même les questions de géopolitique sur lesquelles on a démarré parce qu'elles sont urgentes, là maintenant, le compte à rebours démographique, l'Europe va rester stable…

    Alors qu'il y a notamment l'Afrique…

    Les autres continents, auront leur population explosée, en quantité. Et quant à l'écologie, je ne parle pas que du climat, c'est l'accumulation de climat, biodiversité, déchets… Etc. Et je ne parle pas de la planète, ce n'est pas la planète, c'est la vie sur la planète qui est en jeu, donc c'est le mélange de tout ça et au bout du bout du compte on doit se dire, mais qu'est-ce que nous, Européens, on est capable de faire par rapport à ça et rien ne fonctionne si on ne commence pas par être plus lucide.

    Merci Hubert Védrine. Les tic-tacs du compte à rebours, des Comptes à rebours, publiés chez Fayard, Comment Conjurer les Menaces ? On était ravi de vous recevoir aujourd'hui sur TV5 Monde.

    Merci.

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