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  • L'invité

    Michel Hazanavicius

    Invité : Michel Hazanavicius, cinéaste français.

    Le réalisateur revient avec "Le Redoutable", un film biographique sur Jean-Luc Godard.

    Présentation : Patrick Simonin. Une émission enregistrée au Festival du film francophone d'Angoulême.

    Transcription

    Il était respecté dans le monde entier. La nouvelle vague, c'était lui, Jean-Luc GODARD.

    Michel HAZANAVICIUS, c'est Le Redoutable GODARD comme l'avait jamais vu, finalement, quelque part.

    Oui, disons vu d'une manière comique et tragique à la fois. C'est-à-dire que c'est une histoire d'amour, mais c'est l'histoire d'amour d'un type qui est complètement en crise et le fait d'être en crise dans un pays en crise, puisque ça se passe en mai 68, crée des situations marrante (...)

    Il était respecté dans le monde entier. La nouvelle vague, c'était lui, Jean-Luc GODARD.

    Michel HAZANAVICIUS, c'est Le Redoutable GODARD comme l'avait jamais vu, finalement, quelque part.

    Oui, disons vu d'une manière comique et tragique à la fois. C'est-à-dire que c'est une histoire d'amour, mais c'est l'histoire d'amour d'un type qui est complètement en crise et le fait d'être en crise dans un pays en crise, puisque ça se passe en mai 68, crée des situations marrantes.

    Ouais, c'est une ode au cinéma quelque part aussi ce film.

    Oui, il y a un traitement disons qui est très… je dirais, pas à la manière de GODARD, mais qui réutilise des motifs, comme ça, de la nouvelle vague, donc qui s'empare de cette liberté qu'avait GODARD dans ces années-là, qu'il a toujours d'ailleurs. Donc, ça fait un film assez libre.

    Le Redoutable, Michel HAZANAVICIUS.

    On lui dit pas merci hein (inaudible). Tu lui dis : "crève charogne, enculé, je te pendrai par la peau des couilles avec les tripes du dernier curé. " C'était ça qu'il fallait lui dire, rien d'autre. Le problème, si tu veux, c'est que je sais plus quoi faire. Il faut inventer un vrai cinéma politique

    Il faut que vous fassiez des films avec BELMONDO. Il est beau lui, il est marrant en plus.

    Bon bah voilà, je vais pas engager Alain DELON puis lui foutre des plumes dans le cul pour faire indien. Aujourd'hui GODARD c'est devenu ça. Un petit amuseur ridicule qui prend une cause de révolutionnaire. J'en peux plus de ce con.

    Stacy MARTIN qui joue le personnage de Anne WIAZMSKY dans le film et l'adaptation du livre des souvenirs, qui était la compagne de GODARD à ce moment là. Sublime comédienne à l'écran.

    Oui bien sûr, comédienne de la chinoise etc. effectivement, qui a tourné avec PASOLINI et qui a écrit ce livre. En fait moi je suis tombé un peu par hasard sur le livre. Je l'ai acheté au départ de Bruxelles dans le train et arrivé à Paris je voulais faire ce film, ouais.

    Elle est incroyable, compagne de GODARD. Elle est sublime on le dit. Et puis GODARD c'est un personnage, presque un personnage de film en lui-même.

    Oui, il a une personnalité dingue. Il a une personnalité hyper complexe. Il peut être extrêmement drôle, malicieux, pertinent etc. puis d'un autre côté complètement destructeur, mesquin, méchant. Donc c'est un personnage qui est intéressant à travailler, il n'a pas une couleur. C'est vrai que d'avoir Louis GARREL et Stacy MARTIN c'était un bonheur, c'est un couple de cinéma que j'ai adoré réunir.

    Ouais. Et Louis GARREL, on le dit donc, il prend les traits, il lui ressemble, c'est une incarnation.

    Oui. Enfin il lui ressemble, en fait quand on connait réellement GODARD il lui ressemble pas plus que ça mais peu importe en fait parce qu'il l'incarne comme vous dites, il l'humanise. Et puis l'idée était d'en personnage qui soit… le film est une comédie et le film est très joueur, le film est joyeux, même quand il n'est pas comique il est joyeux. Donc GARREL c'était un bon truc pour ça parce qu'il vient du cinéma d'auteur. Mais il y a une envie quand même chez lui de comédie. Là, encore une fois, le terrain de jeu était… enfin, on s'est bien amusé !

    Ouais et ce qu'on disait Michel HAZANAVICIUS c'est qu'évidemment c'est un hymne au cinéma, la nouvelle vague à GODARD, l'invention. C'est-à-dire qu'on voit ce personnage qui n'est pas dans son époque, qui critique tout mais qui invente finalement un cinéma complètement dingue.

    Oui, il a toujours été un peu à côté, à la frontière. En fait c'est quelqu'un qui a toujours refusé les règles du jeu, en gros. Il refuse de jouer le jeu. Donc ça fait des personnages à la fois très libres, d'une certaines manières grands, presque héroïques, mais en même temps complètement en décalage. Donc, c'est aussi source de comédie parce qu'ils sont en décalage, ils refusent les situations pratiquement tout le temps.

    Oui. Il veut inventer un cinéma impossible, le film impossible.

    Non, c"e n'est pas tant ça, c'est qu'en pour des raisons politiques, il est un peu sorti du champ du cinéma traditionnel. Bon, ça à la limite c'est une problématique d'historien du cinéma. Moi, ce qui m'intéresse c'est de voir un type en crise. Parce que dans le fait de voir un type en crise et pendant mai 68, donc dans un pays qui lui-même est en crise, il emmène tout sur son passage. Donc c'est à la fois, vraiment encore une fois tragique, c'est-à-dire que l'histoire d'amour qui est racontée, elle est tragique, c'est triste ce qui se passe, mais en même temps c'est hyper comique. Ça crée des décalages insensés d'un type, d'un artiste qui n'est pas adapté à la réalité, qui pour des raisons esthétiques ou politiques va créer des situations, va se fâcher avec ses amis, avec sa femme, avec lui-même en fait.

    Il se fâche avec tout le monde.

    Ouais. Au fond c'est avec lui-même. Parce que comme il veut faire la révolution en fait, la révolution ça veut dire abolir tout ce qui est avant. Mais tout ce qui est avant c'est lui aussi, donc il commence par lui.

    Oui. Finalement c'est l'antisystème GODARD.

    Oui.

    C'est un révolutionnaire ?

    C'est même l'anti en fait. Point.

    Il est anti tout.

    Oui il est plutôt anti tout, enfin en opposition à tout. C'est à dire que c'est quelqu'un à qui vous ne pouvez rien imposer.

    Ouais. On vous sent heureux Michel HAZANAVICIUS, vous qui avez triomphé aux oscars de vous retrouver avec le GODARD c'est-à-dire le symbole de ce cinéma européen traditionnel et en même temps incroyablement moderne. Et de dire au monde : "Regardez, GODARD".

    Oui, puis c'est un personnage qu'on connait sans connaitre, que ses adorateurs veulent à mon avis un peu conserver dans un musée alors qu'il est à mon avis beaucoup plus vivant que ça, surtout à cette époque-là. Le GODARD de cette époque-là il est joyeux, il est farceur, il est malin, il est politique, il a un truc très moderne. L'idée n'est pas de dire que c'était mieux avant qu'aujourd'hui, c'est pas du tout ça. L'idée c'est juste de regarder en fait à travers le livre que j'ai lu cette période-là qui grouillait d'énergie, de vigueur, de joie, de vie.

    C'est extraordinaire oui, parce que c'est aussi un film sur l'époque incroyable qu'a été cette époque révolutionnaire. GODARD a vu le film ? GODARD a aimé le film ?

    Non je ne crois pas qu'il ait vu le film. Anne WIAZEMSKY l'a vu, elle l'a beaucoup aimé. Mais effectivement oui, c'est aussi un film sur mai 68 avec cette jeunesse française et parisienne qui descend dans la rue, qui s'accapare la rue et qui est révolutionnaire mais de manière épicurienne, c'est à dire qu'ils sont joyeux, ils sont sexués, ils ont une belle énergie. Oui, ça se bastonne avec les flics, oui ça dit "CRS SS", oui tout ce que vous voulez, oui bien sûr, mais avec des slogans qui sont hyper créatifs. Il y a un truc joyeux.

    Ouais, c'est un film pop.

    C'est un film pop.

    Avec une bande son d'ailleurs incroyable.

    Ouais, c'est un film pop vous avez raison.

    Ouais. Merci Michel HAZANAVICIUS. C'est Le Redoutable, il est vraiment redoutable ? Le titre, c'est quand même… il fait peur !

    Le titre ?

    Non, GODARD.

    Ah GODARD. En tous les cas il est redouté ça c'est sûr, mais il est redoutable. Mais redoutable j'aime bien parce que c'est un peu à double tranchant. C'est à la fois positif mais en même temps on le redoute. Et puis c'est aussi un clin d'œil au film de BELMONDO "Le Magnifique", "Le Professionnel", "Le Redoutable". C'est aussi l'homme qui a inventé BELMONDO d'une certaine manière GODARD.

    C'est vrai, (inaudible), Pierrot le Fou.

    Disons qui était là à la naissance en tout cas.

    Absolument. Merci beaucoup Michel HAZANAVICIUS. Le Redoutable, sur les écrans. Merci d'avoir été notre invité.

    Merci.

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    00:08:15
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