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  • L'invité

    Annick Cojean

    Invitée : Annick Cojean.
     
    La journaliste Annick Cojean publie « Je ne serais pas arrivée là si... 27 femmes racontent », les témoignages de 27 femmes exceptionnelles à partir de cette petite phrase.
     
    Présentation : Patrick Simonin. 


    Transcription

    Bonjour Annick Cojean, grand reporter au journal Le Monde, présidente du prix Albert Londres. Vous l'avez d'ailleurs eu ce prix. On a, une nouvelle fois, la démonstration de votre talent d'intervieweuse. Ça s'appelle "Je ne serais pas arrivé là si… ". Ce sont 27 femmes qui racontent, 27 femmes exceptionnelles, des grands noms qui nous apportent une expérience utile à tous et à toutes.

    C'est intéressant de les interviewer sur le long terme avec du temps, sans une actualité très préc (...)

    Bonjour Annick Cojean, grand reporter au journal Le Monde, présidente du prix Albert Londres. Vous l'avez d'ailleurs eu ce prix. On a, une nouvelle fois, la démonstration de votre talent d'intervieweuse. Ça s'appelle "Je ne serais pas arrivé là si… ". Ce sont 27 femmes qui racontent, 27 femmes exceptionnelles, des grands noms qui nous apportent une expérience utile à tous et à toutes.

    C'est intéressant de les interviewer sur le long terme avec du temps, sans une actualité très précise, de les laisser parler comme ça au fil de la vie, et surtout de partir de cette phrase vertigineuse. "Je ne serais pas arrivé là si…", je vous assure que vous n'avez qu'à la lancer à vos amis ou au cours d'un dîner, et tout le monde part. Ça déclenche des choses très étonnantes.

    Vous commencez au début en vous posant la question vous-même, vous racontez votre famille, vos parents tant aimés, votre maman.

    Je suis obligée bien sûr, c'est l'arroseur arrosé, mais au bout d'un moment, bien sûr que les voir parler comme ça, je suis obligée de me poser la question. C'est une raison pour laquelle j'avais sans doute envie de réunir ces documents, c'est de pouvoir écrire ce que moi aussi, "Je ne serais pas arrivée là si", je n'avais pas eu une maman, je n'avais pas eu une grande histoire d'amour avec une maman incroyable, qui est partie tellement vite, à qui je n'ai pas pu dire au revoir, et à qui je dois tant. C'est vrai que toutes les réponses que font ces femmes, Joan Baez me parle de sa mère qu'elle a accompagnée jusqu'à la mort, Angélique Kidjo me parle de son papa si important. Elle a encore les larmes aux yeux quand elle parle du départ de son papa. Ça nous ramène beaucoup à l'enfance et à nos premiers débuts dans la vie.

    On voit quelques-uns de ces visages, Marie-Claude Pietragalla, Brigitte Bardot, Juliette Bréco, Joan Baez, Claudia Cardinale, Angélique Fidjo, vous l'avez citée, tant d'autres, 27 femmes, des femmes qui ont marqué leur empreinte dans un monde pourtant d'hommes.

    C'est pour ça que j'ai eu envie de rassembler les femmes. J'interview aussi des hommes, évidemment, mais là, tout d'un coup, curieusement, en les lisant, en les mettant les unes à côté des autres, aussi différentes soient-elles, de Brigitte Bardot à Françoise Héritier, Angélique Kidjo qui danse avec tellement de ferveur sur scène, ou en parlant de la rabbin, Delphine Horvilleur, ou de Juliette gréco, on s'aperçoit curieusement qu'elles ont des choses en commun, même si elles ont mené des vies totalement extravagantes ou totalement différentes les unes des autres. Elles se sont imposées dans un monde où les règles étaient faites par les hommes. Elles ont dû travailler. Elles ont dû affronter du racisme, de la misogynie, une phallocratie absolument incroyable qui aurait pu les exclure et les mettre sur le côté du chemin. Pas du tout, elles ont résisté, elles ont travaillé. Finalement, c'est ce dont elles sont le plus fières. Je cherchais ce qui les réunissait, c'est peut-être la fierté d'avoir travaillé et de ne devoir leur réussite qu'à ce travail qu'elles ont fait sans arrêt tout au long de leur vie. Que ce soit Pattie Smith qui continue malgré les deuils qui l'ont vraiment meurtrie, qui continue chaque jour à essayer de faire des photos, à faire des poèmes, à écrire, à s'améliorer, que ce soit Angélique Kidjo, que ce soit Michael Jean dans son domaine, la francophonie, à son travail, que ce soit Brigitte Bardot qui, à la Madrague, à Saint-Tropez, toute seule, avec ses béquilles, bien sûr elle a vieilli, elle continue chaque jour à aller à sa table de travail, à répondre à des tas de lettres qu'elle reçoit du monde entier. Elle en a reçu 10 000 pour ses 80 ans. Elle s'occupe de refuge, que ce soit en Afrique, que ce soit en France, à sauver des animaux, sauver des chevaux à tel endroit, à répondre à ce qui se passe au parlement européen concernant les animaux, quelles réglementations à l'ONU… Etc, se tenir au courant. Toutes continuent de travailler, de travailler leurs voies, de travailler leurs dossiers. Je trouve que c'est formidable.

    C'est extraordinaire. On voit encore quelques-uns de ces visages. Je vois Amélie Nothomb, par exemple. Elles se confient toutes ces femmes. Amélie vous raconte qu'à 12 ans, elle est victime d'un viol.

    Elle n'a pas souvent parlé de ça. Souvent, elle a parlé d'un démon, d'une force qui lui faisait tellement de mal, qu'elle essaie de dépasser en écrivant, d'un mal profond qui la hante. Tout d'un coup, elle dit "Oui, ça s'appelle ce que j'ai vécu à 12 ans avec cette agression sexuelle alors que je me baignais au Bangladesh". C'est à la suite de ça qu'elle a cette crainte, ce mal et ce besoin de se dépasser. Il y en a d'autre bien sûr.

    Des rires aussi, on voit Christiane Taubira. Quand vous lui dites "Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?" Elle vous répond "Le rire tonitruant de ma mère".

    C'est tellement joli, c'est tellement joli. Cette maman qu'elle a tellement pleurée parce qu'elle l'a perdue, elle aussi, à 16 ans, qui ne lui parlait pas beaucoup, qui la grondait souvent parce qu'elle était remuante, parce qu'elle était garçon manqué, parce qu'elle avait toujours une mauvaise note en conduite alors quelle était la première en classe. Et là aussi, cette mère qu'elle a tellement pleurée pendant des années dit-elle, pendant 20 ans, jusqu'à ce qu'elle se remémore le regard de confiance que posait sur elle sa maman et qu'elle se remémore combien sa maman lui avait transmis des choses par imprégnation. Pas par des discours incroyables, par imprégnation, par l'exemple.

    Juliette Gréco vous raconte comment, un jour, sa mère lui dit "Tu es le fruit du viol". Petite enfant, elle se dit "C'est un arbre".

    "C'est un arbre, le viol. "

    "Je suis le fruit de quel arbre qui s'appelle le viol ?"

    Contrairement à Christiane Taubira tellement aimée par sa maman, ou Grimaud et plusieurs autres, elle n'était pas aimée par sa mère et s'en est trouvée une autre qui était une grande actrice et qui l'a prise sous son aile. Il y a des histoires très différentes, mais en même temps, on voit comme les premiers moments de la vie sont déterminants et sculptent le reste du personnage.

    Vous avez le témoignage d'un prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi. Elle vous dit "J'ai eu ce prix Nobel, ma vie est dévastée, mon mari est parti, tout a été vendu aux enchères, mais je ne changerais rien".

    Non, elle continue. Les convictions sont intactes. Comme le dit Joan Baez également, comme le dit Angélique Kidjo, comme le disent plusieurs de ces femmes qui ont eu des vies où elles ont été très malmenées et qui en même temps restent, d'une certaine façon, droites et debout.

    Ça veut dire, il y en a une qui le dit "Il faut rester digne jusqu'au bout et les femmes sont des hommes biens". Qui vous dit ça ?

    Je crois que c'est Juliette Gréco qui dit ça. Je pense que pas mal dirait ce genre de choses aussi. Juliette Greco est très drôle, très insolente. Je les ai rencontrées avant le phénomène Me Too, et pourtant, c'est incroyable comme le nombre de femmes qui parlent des violences, qui disent à quel point il faut résister, à quel point il faut dire non. C'est le message ultime de Juliette Gréco qui dit quel est le conseil que vous donnez aux jeunes filles, aux jeunes comédiennes, aux jeunes chanteuses "Apprenez à dire non. Envoyez bouler les producteurs qui veulent vous faire faire des choses que vous n'aimez pas. Résistez". Toutes ont un peu ce mot d'ordre à l'égard des jeunes filles : résistez, soyez vous-mêmes.

    Virginie Despentes à qui vous dites, lorsqu'elle vous raconte qu'elle s'est prostituée, ça a dû être terrible, qui vous répond "Beaucoup moins que ma première télévision".

    Elle avait l'impression d'être dépouillée d'une certaine façon, de se vendre et de perdre quelque chose qui était très personnel, mais elle a toutes les audaces et toutes les réflexions parce qu'est tellement pertinente, Virginie Despentes, tellement libre réellement.

    Comme toutes ces femmes. J'ai envie de dire, Annick Cojean, "Je ne serais pas arrivé là si…", ce livre publié chez Grasset, le monde nous dit ça des femmes aujourd'hui. Toutes ces femmes sont des femmes remarquables, mais elles représentent toutes les femmes.

    C'est vraiment un kaléidoscope. Toutes les personnalités dans tous les champs possibles, mais en même temps, c'est une belle affirmation de l'identité, de la spécificité des femmes, leurs besoins de liberté, leurs désirs. Une espèce de sororité quelques fois quand même parce qu'elles se reconnaissent entre femmes. Il y a souvent beaucoup d'appui, contrairement à ce qu'on dit, il y a souvent beaucoup de solidarité. Elles l'éprouvent. Elles éprouvent le besoin, surtout celui de parler quand elles ont, peut-être plus facilement, une femme en face d'elles.

    Merci Annick Cojean. En tous les cas, elles vous disent beaucoup, beaucoup de choses. On en apprend. Je ne serais pas arrivée là si…, 27 femmes qui vous racontent, se racontent. Merci beaucoup Annick d'avoir été avec nous.

    Merci Patrick.

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    00:08:16
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