Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Bernard-Henri Lévy

    Invité : Bernard-Henri Lévy, écrivain et philosophe français

    Bernard-Henri Lévy réagit à l'actualité internationale, alors qu'il publie "L'Empire et les cinq rois", où il dénonce les renoncements de l'Occident.

    Présentation : Patrick Simonin

    Transcription

    Bonjour Bernard-Henri Lévy.

    Bonjour.

    Merci d'être avec nous. Votre livre s'appelle l'Empire et les Cinq Rois, on va en parler dans quelques instants. Il est publié chez Grasset. C'est un livre événement qui suscite beaucoup de commentaires. Évidemment, l'actualité le rejoint aujourd'hui. Est-ce que véritablement vous avez le sentiment que Donald Trump et Emmanuel Macron renoncent à envoyer des bombes contre le régime de Bachar Al-Assad ?

    Je ne sais pas, (...)

    Bonjour Bernard-Henri Lévy.

    Bonjour.

    Merci d'être avec nous. Votre livre s'appelle l'Empire et les Cinq Rois, on va en parler dans quelques instants. Il est publié chez Grasset. C'est un livre événement qui suscite beaucoup de commentaires. Évidemment, l'actualité le rejoint aujourd'hui. Est-ce que véritablement vous avez le sentiment que Donald Trump et Emmanuel Macron renoncent à envoyer des bombes contre le régime de Bachar Al-Assad ?

    Je ne sais pas, mais ce dont je suis sûr c'est que comme je le dis dans le livre, Donald Trump, ce n'est pas Auguste, c'est Augustulus, le dernier empereur romain. Augustulus, qui était le fossoyeur de l'empire romain et qui était occupé, je vous le rappelle, nous raconte Suétone, à pépier dans son poulailler avec ses poules. Il pépiait avec ses poules. Et pépier, ça veut dire twitter. Pépier, ce que faisait Romulus Augustule, ça s'appelle twitter.

    C'est à dire, il envoie un tweet qui dit "On va vous envoyer des missiles, attention ils arrivent".

    Il envoie un tweet où il dit "J'ai un plus gros bouton, un plus gros missile que le vôtre, je suis un matamore, vous allez voir ce que vous allez voir", et puis il renvoie un tweet le lendemain en disant que peut être pas… Etc.

    Il dit "On interviendra tôt ou peut être pas si tôt que ça".

    Pour un ami de l'Amérique, pour un ami de la démocratie, pour un ami des droits de l'Homme comme je suis, il y a là un spectacle absolument navrant. Je ne suis pas surpris parce que c'est ça que j'ai décrit, c'est ça que j'ai raconté. Mais en effet, on en a l'illustration accablante en ce moment.

    Et d'un autre côté, Emmanuel Macron, qui s'est exprimé tout à l'heure depuis une école en France, dit que la France a la preuve que ce sont bien des armes chimiques qui ont été utilisées par le régime de Bachar Al-Assad.

    Dans ce cas, on est de nouveau dans la situation de l'été 2013 lorsque François Hollande était prêt à punir Bachar Al-Assad et qu'il s'est arrêté parce qu'Obama avait fait volte face. Trump est en train, peut être, de faire volte face comme Obama avait fait volte face. Les perdants de cette affaire, ce sont les Syriens, ce sont les derniers enfants de la Ghouta qui n'ont pas été encore gazés.

    Emmanuel Macron dit "La France interviendra au moment utile et efficace". Ça veut dire quoi, on suit les Etats-Unis ?

    Si vraiment cela était avéré, cela veut dire qu'on renonce à être nous-mêmes, que l'on renonce à ce que la France ait une voix, V. O. I. X. et V. O. I. E. Ça veut dire qu'on renonce à la grandeur de la France. La grandeur de la France, elle est de dire le droit et de le défendre. Il y a une loi qui est inscrite dans les principes des Nations Unies depuis quelques années, qui est la responsabilité de protéger. Et ça, c'est plus important que les petites chicaneries, les vétos, au Conseil de sécurité. Ça, c'est désormais une loi fondamentale : la responsabilité de protéger. La communauté internationale a le devoir de se porter au secours d'enfants gazés par des armes interdites. La France est, avec les autres, garante de cette loi. Je serai consterné que une nouvelle fois, elle se dérobe.

    Vous pensez qu'il serait possible aujourd'hui que la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis bombardent les moyens chimiques de Bachar Al-Assad ? Est-ce que ça ne serait pas la porte ouverte à un nouvel engrenage ?

    Il n'y a qu'un engrenage, qui est véritablement inquiétant parce qu'il a fait 500 000 morts. C'est l'engrenage qui se déroule, qui se déploie depuis sept ans en Syrie. Et dont les deux opérateurs sont Bachar Al-Assad et Daech. Voilà l'engrenage. La vraie machine à engrenages, c'est Bachar et Daech qui sont une sorte de broyeur à deux mâchoires qui a broyé la Syrie, qui a broyé 500 000 corps de petits enfants, de femmes et d'hommes. 500 000 morts, c'est l'équivalent pour la France, par exemple mon pays, de deux millions de morts. C'est comme ci depuis sept ans, le gouvernement français avait assassiné deux millions de Français. C'est beaucoup de monde, c'est ça l'engrenage.

    Ce qui n'est pas déjà presque trop tard, on voit la Ghouta est tombée, les Rebelles ont perdu leur bastion, Bachar Al-Assad a gagné, il est désormais incontournable.

    Il a gagné par la faute de qui ? Par la faute de notre lâcheté, par la faute de notre démission. Oui, est-ce qu'il est trop tard ? Il n'est jamais trop tard. Il y a encore des enfants qui ne sont pas morts. Bachar Al-Assad n'a pas tout à fait fini son travail de fou. C'est un paranoïaque, c'est un fou. Un homme sain d'esprit ne peut pas tuer 500 000 personnes et en déplacer 10 millions. Il n'est pas trop tard pour essayer de ramener un fou à la raison. Il n'est jamais trop tard.

    Q'est-ce que vous répondez, Bernard-Henri Lévy, à ceux qui vous accusent d'avoir poussé le président Sarkozy à rentrer en guerre en Libye et qui aujourd'hui, je voyais un article dans Mediapart, qui vous qualifie, je le cite, de "VRP de la guerre" ?

    Je leur répond que si j'ai vraiment joué ce rôle auprès du président Sarkozy, j'en suis très fier parce que j'ai évité à la Libye de devenir une autre Syrie, voilà. Si vraiment j'ai joué ce rôle, a été évité deux Syrie. Aujourd'hui, on n'aurait pas une Syrie, on en aurait deux. Et la Syrie, c'est la honte de notre génération.

    Il y a les Kurdes. L'ancien président François Hollande qui dit "Comment ce peuple a été littéralement abandonné ?" C'est le point de départ de ce livre, c'est ça qui vous touche aujourd'hui.

    Ce qui me touche, ce sont les Kurdes, et c'est d'une manière générale l'Islam éclairé, l'Islam démocratique, l'Islam des droits de l'Homme. Celui là, ou bien nous l'abandonnons, ou bien nous l'encourageons. C'est ça la question. Les Kurdes, c'est l'exemple même de cet Islam éclairé, comme l'Islam de Bosnie Herzégovine, c'est l'Islam éclairé. Comme l'Islam…

    … un état Kurde, c'est ça que vous souhaitez ?

    Comme l'Islam marocain, c'est l'Islam éclairé. Comme l'Islam de Mohamed V, grand résistant qui avait refusé que les juifs de son royaume portent l'étoile jaune. Tout ça, c'est l'Islam de paix, l'Islam des lumières, l'Islam de savoir, l'Islam de culture. Est-ce qu'on défend cet Islam ? Est-ce qu'on l'aide ? Il se défend tout seul. Est-ce qu'on l'aide à se défendre ou est-ce qu'on finit de le décourager en donnant la main à Daesh ou aux totalitaires et autoritaires du genre Bachar Al-Assad ? C'est vraiment la question de notre époque, c'est la question de notre génération. Vous savez, il y a une chose dans la vie que j'ai apprise à détester, tout au fil de ma vie, ça s'appelle le chantage. Le chantage, c'est atroce. Les cinq rois dont je parle, leur point commun, c'est que ce sont tous les cinq des maîtres chanteurs. Ils ont tous les cinq un pistolet braqué sur la tempe de l'Europe, de l'Occident, mais encore une fois des hommes libres en général. Les Turcs, leur pistolet c'est les migrants. Les Chinois, leur pistolet c'est les futures matières qu'on appelle les terres rares avec laquelle on fabriquera bientôt nos téléphones portables. Les Russes, leur chantage, le pistolet c'est qu'ils ont les moyens de manipuler et de truquer nos élections. Les Iraniens, leur chantage c'est la bombe atomique, puisqu'ils sont au bord de la bombe atomique. Et l'Arabie Saoudite ou d'autres, c'est le fait qu'ils ont financé Al Qaida, qu'ils ont inspiré Daech et qu'ils pourraient être à l'origine de la troisième vague de terrorisme. Donc les femmes et les hommes libres du monde sont sous le coup de cinq chantages. Qu'est-ce qu'on fait face au chantage ? Est-ce qu'on cède, est-ce qu'on se couche ? Ou est-ce qu'on essaye d'y faire face ? Moi je dis qu'il faut y faire face. Mais y faire face, je ne dis pas que ça veut dire faire la guerre, je ne suis pas aussi simple que ça. Mais en tout cas, faire face, refuser le chantage. Voilà ce qui n'est pas suffisamment fait aujourd'hui car pour l'instant sur chacun de ces terrains, nous reculons. Et le dernier exemple en date, c'est cette malheureuse Syrie, ce sont ces malheureux enfants de la Ghouta qui en feront les frais, si cela devait se confirmer, qui feraient les frais de notre lâcheté.

    Merci Bernard-Henri Lévy. Ça s'appelle l'Empire et les Cinq Rois, votre nouveau livre. C'est absolument incroyable de lire ça, inspiré du film aussi Peshmerga, que vous aviez réalisé du terrain et qui nous ramène cette expérience et ce témoignage. On était heureux de vous recevoir aujourd'hui.

    Merci.

    Voir plusmoins
    00:08:11
    Tous publics
    Tous publics